L’effervescence était totale ce vendredi 12 juin au Théâtre de verdure de l’Institut français du Bénin. Le public, rassemblé massivement, assiste au dénouement de la saison « All Stars » de La Relève Afrique 2026. À l’issue d’une soirée riche en rires et en rebondissements, le jury rend son verdict.
Ange Boris monte sur la plus haute marche du podium. Le prodige ivoirien signe une victoire historique pour son pays dans la compétition « All Stars » de La Relève Afrique 2026. Ouvrir une finale n’est jamais une mince affaire. C’est pourtant la lourde tâche qui a incombé à Ange Boris, dont le passage a de surcroît été perturbé par un incident technique en plein milieu de son sketch. Malgré ce coup du sort, le jeune Ivoirien fait preuve d’un sang-froid et d’une maîtrise scénique remarquables. Pour Grégoire Furrer, initiateur de l’événement et membre du jury, le triomphe est total. « Le nouveau talent Ange Boris est incroyable. Je suis très content que ce soit un Ivoirien qui ait gagné, parce que c’est la première fois depuis le début. Ange a vraiment fait un super boulot. C’est un beau vainqueur », confie Grégoire. Conscient que cette victoire lui ouvre les portes du “Montreux Comédie Festival” en Suisse, le lauréat garde les pieds sur terre et se projette déjà vers les exigences internationales.
« Nous allons beaucoup travailler, parce que là, nous changeons carrément de continent. Jouer en Europe et jouer en Afrique, ce n’est pas la même chose. Nous allons travailler la diction et le texte avec les coachs là-bas pour acquérir les codes adéquats et adapter le spectacle », indique Ange Boris. Au-delà de la performance, Ange Boris a ému l’assemblée en révélant les coulisses de l’aventure, marquée par un fort esprit de cohésion. « Malgré le stress et la peur, nous avons développé un esprit de famille que nous avons décidé de partager l’argent de la bourse entre nous », exprime-t-il en joie. Son dauphin, le champion béninois Sam du Barça, salue ce sacre avec beaucoup de fair-play, le qualifiant d’artiste « émérite » et « super ».

Un niveau « incroyable » à départager
Face à la diversité et au talent des six finalistes, la tâche du jury (composé de Axelle Frida Elisha, Lionel Talon, Manel Ben Salah et Grégoire Furrer) n’a pas été de tout repos. Axelle Frida Elisha, l’un membre du jury, lève le voile sur les coulisses de l’évaluation. « Nous n’y sommes pas allés à la hâte. Nous avons pris notre temps pour discuter et échanger nos avis. Ce soir, nous avons statué sur trois critères précis : le thème, la diction et l’interaction avec le public », précise-t-elle. Bien que son coup de cœur personnel se soit porté sur le parcours sans faute de Sam du Barça, elle réaffirme que le grand gagnant a « vraiment mérité » sa victoire. Un avis partagé par son confrère Lionel Talon, également assis à la table des jurés. Ce dernier salue l’excellence globale du plateau. « Il y avait un niveau incroyable, nous avons passé une très bonne soirée et beaucoup rigolé. Personne n’a démérité, les artistes ont offert de superbes performances », souligne-t-il. Grégoire Furrer abonde dans ce sens en notant qu’aucun numéro n’était faible. Il illustre ainsi toute la puissance de l’humour africain contemporain.
Présent lors de cette phase finale pour soutenir cette nouvelle vague, l’humoriste béninois Dieudonné Agassounon connu sous le pseudo “Gros” n’a pas tari d’éloges sur la qualité du spectacle. Adoptant une posture de confrère plutôt que d’aîné, il témoigne : « Ce soir, je n’ai pas vu de jeunes frères compétir, mais des collègues. Ils sont extrêmement talentueux, et cela prouve que le jury des demi-finales a fait un excellent travail. Tous méritaient de gagner, mais la règle reste la même. Nous avons là une magnifique génération et nous allons marcher ensemble pour faire de grandes choses ».
Les maitres ont peur
Si les demi-finales et l’épreuve des “battles” avaient déjà mis le feu à la paillote la semaine dernière, la grande finale au Théâtre de verdure a franchi un cap technique impressionnant. Venus encadrer cette promotion « All Stars », les coachs chevronnés de l’Afrique francophone n’ont pas caché leur surprise (et parfois leur vertige) face à la virtuosité des candidats. Professeur Abawoé, coach venu du Togo et l’un des mentors de l’aventure, livre un diagnostic sans détours sur cette évolution fulgurante. « Le bilan de ce soir est tout simplement exceptionnel. Nous avons assisté à une finale digne des plus grands maîtres de l’humour. Pour être tout à fait honnête, le niveau était si élevé que nous, les aînés, avons eu peur. Même un artiste comme Moussa Petit Sergent, avant de monter sur scène, se demandait s’il allait pouvoir tenir le rythme face à une telle performance. C’est l’évolution que nous appelons de nos vœux », dévoile-t-il.
Cette maturité s’est particulièrement ressentie dans la structure des sketchs. Loin de la simple succession de blagues, les finalistes ont fait preuve d’une maîtrise parfaite du “storytelling” et des techniques de récit. « Certes, la pression a été fatale à certains qui avaient brillé en demi-finale, car la gestion d’une finale est un exercice à part entière. Mais globalement, nous avons vu des artistes beaucoup plus mûrs, qui ont appris à structurer le récit comique », analyse le coach togolais, Professeur Abawoé.
La Sobebra célèbre le Bénin comme source mondiale de créativité
Dès l’ouverture de la soirée, l’effervescence était palpable. Prenant la parole devant une foule survoltée, Alain Heraibi, Directeur général de la Sobebra, a rappelé le rôle stratégique du pays dans le déploiement de ce projet continental. « Cotonou, on le sait, est une terre d’inspiration, de culture et d’art. Elle se devait d’accueillir l’édition 2026 avec Grégoire Furrer et toute son équipe. Je suis doublement reconnaissant car, grâce à ce partenariat initié avec Castel Beer depuis 2020, ce projet valorise l’humour à travers des acteurs extrêmement créatifs », confie-t-il.
Le directeur général a également profité de cette tribune pour saluer le génie local en félicitant publiquement Ingrid Ahouissou, jeune créateur béninois et vainqueur du concours de design “Beaufort lager”. « Il a relevé le défi en réalisant le plus beau visuel pour la future bouteille Beaufort commercialisée avant la fin de l’année. Le Bénin est définitivement une source de créativité », précise-t-il.


