Des ateliers obscurs de Dangbo au cœur de l’Île-de-France, Schadrac Aisso a fait de la rigueur du métal un langage universel. Sculptant le fer comme une matière vivante au croisement des traditions bénévoles béninoises et de l’art contemporain, ce “Compagnon du Devoir parisien” conjugue création internationale et transmission aux générations futures. Nous vous emmenons dans l’univers d’un maître ferronnier et plasticien qui transforme la force brute en poésie visuelle.
« Le métal n’est pas seulement une matière à façonner. C’est une matière à écouter. » Lorsqu’il évoque les débuts de sa passion, Schadrac Aisso réveille le souvenir d’un martèlement régulier sur l’enclume et de la chaleur vacillante des forges béninoises. Avant même ses dix ans, c’est dans l’atelier familial, au côté d’un père maître ferronnier et designer, que l’enfant apprend la discipline du geste et le respect du fer forgé. Cinq années d’apprentissage fondateur au cours desquelles il commence déjà à fabriquer de petites pièces à partir de chutes de métaux abandonnées.
Aujourd’hui, cet héritage ancestral constitue la racine invisible d’une démarche artistique contemporaine saluée à l’échelle internationale. Là où beaucoup ne perçoivent que la dureté, le poids et la froideur de l’acier, Schadrac Aisso décèle du mouvement, du souffle et une surprenante douceur. Son écriture plastique se distingue par un travail poussé sur les tensions à savoir : l’équilibre, les points centrifuges, la mémoire et la résilience de la matière.
Qu’il s’agisse d’intimes sculptures de petit format ou d’installations monumentales destinées à habiller l’espace public, l’artiste transforme le fer. Il le fait à travers le cintrage et la forge pour lui conférer une fluidité aérienne. Ses œuvres se nourrissent d’un dialogue permanent entre deux rives. Premièrement, il cultive une relation spirituelle forte à la matière. Cette dernière est marquée notamment par la figure de “Gou”, la divinité du fer et des artisans. Secundo, il a, aujourd’hui, la maîtrise de nouvelles techniques et l’ancrage dans la scène artistique contemporaine à Paris.
De l’excellence des “Compagnons du Devoir” à la transmission
Son travail voyage et résonne déjà bien au-delà de l’Hexagone. Ce dernier s’expose régulièrement du Bénin aux États-Unis, en passant par la Belgique, le Luxembourg et l’Allemagne. Installer son atelier à Paris aura aussi été l’occasion d’ajouter une exigence d’exception à sa pratique. Diplômé de la prestigieuse institution des “Compagnons du Devoir”, Schadrac Aisso a exercé dans plusieurs entreprises industrielles et d’art avant de placer la pédagogie au cœur de sa vie.
Actuellement formateur en métallerie au Btp Cfa Île-de-France, l’artiste ne sépare jamais l’atelier d’art de la salle de cours. « Transmettre me ramène à l’essentiel », confie-t-il. Une rigueur pédagogique qui porte ses fruits. En 2026, quatre de ses jeunes apprentis se sont illustrés en devenant lauréats du prestigieux concours des “Meilleurs Apprentis de France”.
Un pont toujours vivant entre les continents
Parallèlement, il assure la direction artistique de projets collaboratifs d’envergure, comme la réalisation de sculptures géantes pour le festival “Chant de Blé” dans l’Essonne ou des interventions avec la Région Île-de-France.
Toujours en mouvement, Schadrac Aisso prépare une série d’actualités majeures. L’on peut citer, entre autres, une exposition à l’Ambassade du Bénin à Paris, une présentation au grand salon “Art Mat” au Château seigneurial de Villemomble, ainsi que de nouveaux projets artistiques collaboratifs au Bénin.
Pour le sculpteur, chaque création reste avant tout un prétexte pour relier les hommes. Elle permet de traduire des histoires intimes et maintenir vivant le pont entre sa terre natale et son pays d’adoption.


