SATYRE LA RIME PLATE OU L’ÉCRITURE COMME CHRONIQUE DU QUOTIDIEN

Son travail se situe dans un interstice intermédiaire, où le rire, la chronique sociale et une certaine gravité cohabitent sans jamais s’annuler. Depuis plusieurs années, Ezéchiel Akomowo alias Satyre La Rime Plate construit une œuvre qui emprunte à l’oralité populaire. Son écriture cherche à s’ancrer dans la langue du quotidien. D’ailleurs, elle s’en nourrit. Les expressions familières, les références aux pratiques numériques, les habitudes de consommation, les conversations ordinaires ou les situations banales deviennent les matériaux d’une parole qui observe les transformations de la société contemporaine. Comment la manière dont il les met en voix participe-t-elle à construire une identité propre à sa personnalité ?

UNE RÉTHORIQUE QUI ASSUME LA LANGUE DU QUOTIDIEN
L’une des premières caractéristiques de l’écriture de Satyre La Rime Plate est son refus de hiérarchiser les registres de langue. Là où une certaine tradition poétique privilégie une langue travaillée, parfois éloignée de l’usage courant, lui choisit de partir de la parole ordinaire.

Les expressions populaires, les tournures propres aux réseaux sociaux, les références locales ou les mots issus de la culture urbaine constituent le tissu même de son écriture. Lorsqu’il écrit : « Je lève le majeur pour Janvier, oklm, je sniffe mon gari en fixant Février… » : le texte juxtapose des références qui appartiennent à des univers différents. « OKLM », popularisé par les cultures numériques francophones, côtoie le gari, aliment profondément ancré dans les habitudes alimentaires ouest-africaines. Cette rencontre produit une langue immédiatement reconnaissable pour son public, tout en revendiquant la légitimité lyrique d’un imaginaire quotidien.

Ce choix est significatif. Il traduit une volonté de l’artiste de rapprocher son travail d’oralité de l’expérience vécue plutôt que de l’élever au-dessus d’elle.

L’HUMOUR COMME PROCÉDÉ D’ÉCRITURE
L’humour occupe une place centrale dans son œuvre, mais il repose généralement sur un mécanisme de décalage. Le ressort comique chez Satyre La Rime Plate tient au traitement littéral des expressions. Là où le lecteur attend une réponse spécifique, son propos a tendance à le déplacer brutalement et subtilement à la fois vers un registre concret. Et c’est chez lui, cette rupture des attentes qui produit le rire.

Ce procédé est récurrent chez Satyre La Rime Plate. Ses textes exploitent souvent les ambiguïtés du langage, détournent les expressions figées ou prennent au pied de la lettre des métaphores courantes. Son humour naît ainsi moins de la plaisanterie que de la manipulation des mécanismes de la langue. Plus précisément, l’efficacité de son approche repose sur des formules courtes, immédiatement compréhensibles, mais suffisamment ouvertes pour susciter plusieurs niveaux de lecture.

LA SATIRE COMME OBSERVATION DES COMPORTEMENTS
Une autre dimension de son travail est la chronique sociale. La satire de Satyre s’adresse moins aux individus qu’aux systèmes de valeurs qui façonnent leurs comportements. En cela, son écriture utilise le particulier pour atteindre le collectif. Et son procédé consiste à rendre visible des mécanismes que le quotidien finit par banaliser. Le matérialisme. La marchandisation des relations. L’obsession de l’apparence. Les effets des réseaux sociaux. Les rapports de pouvoir dans le couple. Le culte de la réussite rapide érigée en norme sociale.

Il s’y attèle sans sentir le besoin d’enseigner une morale. Satyre La Rime Plate met les problèmes que nous tentons de mettre sous boisseaux sous les yeux du public. Car il entend son rôle de slameur comme consistant simplement à rendre perceptibles tous ces phénomènes qui existent déjà. En ce sens, son œuvre relève moins de la dénonciation que de la révélation. Dans cette perspective, le quotidien devient son terrain d’observation. Ce qui semble banal est soumis à un travail de grossissement qui en révèle les ressorts. Il construit des personnages, des dialogues, des images et des situations qui permettent de reconnaître des mécanismes sociaux sans passer par le langage de l’analyse savante. L’esthétique de proximité qui émane de son travail contribue à rendre ses textes accessibles sans pour autant les priver d’une portée critique.

UNE ÉCRITURE PROFONDÉMENT ORALE
Les textes de Satyre La Rime Plate semblent toujours avoir été écrits pour être dits. La simplicité presque simpliste, le rythme, les répétitions, les ruptures de ton témoignent d’une attention constante portée à l’oral.

Cette dimension pourrait s’expliquer en partie par son parcours d’acteur, d’animateur et de formateur à la prise de parole. Son expérience de la transmission, de l’activisme de terrain influence directement sa manière d’écrire. Les textes privilégient les images simples, les effets immédiatement perceptibles par un auditoire et les constructions susceptibles de susciter une réaction collective. Cette oralité de l’immédiateté constitue l’une des spécificités de son slam. Pour autant qu’elle tente de reproduire le plus possible la langue naturelle du parler quotidien.

ENTRE IRONIE ET MÉLANCOLIE
L’œuvre de Satyre La Rime Plate est également portée par une tonalité plus introspective qui elle, apparaît régulièrement dans certains textes : « J’irai là-bas un jour./ Là où se trouve la paix, peut-être (…)/ Mais où vraiment ? »

Ici, l’écriture abandonne presque entièrement le registre satirique. Les images deviennent sobres. Le rythme ralentit. Le texte laisse place à une interrogation existentielle où la destination demeure volontairement indéterminée.

Le « là-bas » de Satyre peut renvoyer à un idéal de paix, à un ailleurs symbolique ou à une réflexion sur la finitude. L’artiste ne tranche pas. Cette absence de résolution donne au texte une portée plus universelle. Cette coexistence entre quête de soi et mélancolie constitue l’un des autres fils conducteurs de son œuvre. Il essaie par ce biais-là de mettre en voix, un relent de mélancolie présent dans son propos, dans son langage, dans son approche à la vie. C’est alors que l’on se rapproche de la part humaine de l’artiste qui semble comme être habité par une solitude qui cherche à s’exorciser mais qui se ravise. Probablement parce qu’elle fait face aux cicatrices de l’existence, aux griefs du vécu, aux situations d’intempéries qui l’ont secoué. Ainsi, ses œuvres deviennent des réceptacles autobiographiques illustrant en filigrane les enseignements issus de son parcours personnel et professionnel. Dans plusieurs de ses textes, cette dimension se traduit par des motifs liés à l’idée de départ, de retrait ou de détachement. Ces éléments contribuent à structurer, dans l’ensemble de son travail, un imaginaire où s’articulent fragilité des liens sociaux et dynamique de résilience individuelle.

AU FINAL
Satyre La Rime Plate est un observateur du quotidien qui utilise le second sens et l’humour comme révélateur de vérités. Son esthétique consiste à faire de la langue un espace où le rire, la critique et la fragilité coexistent en se renforçant mutuellement. Derrière l’énergie de l’orateur et les formules accessibles auxquelles il fait recours, se dessine le portrait d’un artiste qui préfère les aspérités, les contradictions et les cicatrices, parce qu’elles donnent à son slam une densité humaine.

2 commentaires

  1. Régis HANTAN

    Beau travail Djamile !

  2. Idognon Ezéchiel AKOMOWO

    Merci pour ce bel article sur ma personne.
    J’en suis honoré.

    Tout le meilleur pour le rayonnement de Dekart

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