« Bon spectacle » à Cotonou : L’humour panafricain comme miroir social et ciment de l’unité continentale

La grande scène du théâtre de verdure à l’Institut français du Bénin (Ifb), a accueilli la soirée de gala « Bon spectacle ». Cette soirée a réuni des humoristes de premier plan venus du Congo, de la Côte d’Ivoire, du Tchad, du Togo et du Bénin. Devant un public chaleureux, ce rendez-vous s’est affirmé bien au-delà du simple divertissement.

À travers la diversité des performances, la scène s’est transformée en une tribune d’échanges politiques et sociaux. Ce qui démontre que le rire demeure l’outil par excellence pour panser les blessures, cultiver l’identité et prôner l’unité du continent. Pour la direction artistique, l’objectif de ce gala transfrontalier était d’unir les forces comiques de l’Afrique pour envoyer un signal fort de cohésion. « C’était d’avoir un humour avec tous les artistes africains qui venaient de partout. C’est rare de retrouver autant de pays sur scène pour un humour qui rassemble. Quand on travaille ensemble pour la culture, pour l’humour et pour la culture générale africaine, on ne fait que de grandes choses. Il n’y a pas de conflit là, on est tous ensemble. C’est un seul pays, one love », a expliqué Thierno Thioune, metteur en scène et directeur artistique du groupe Montreux.

Ce métissage artistique a offert au public l’opportunité de voyager à travers les réalités du continent. « Les messages, oui, c’était des messages à la fois politiques, sociaux, et ça, c’est bien. On connaît les pays à travers les spectacles. C’est comme on le dit, c’est aussi un choc culturel d’une manière ou d’une autre », a confié, Cybelline de Souza, artiste comédienne et metteuse en scène. Erina Kangni, spectatrice, a abondé dans ce sens et a souligné que le show a mis en lumière « quelques particularités de chaque pays par rapport notamment à nos habitudes ». Elle a invité les parents à y amener les enfants pour les vacances sur ces genres de spectacle.

Entre performance historique et messages chocs
Sur les planches, l’exigence technique imposait d’être percutant en un temps réduit. L’Ivoirien, Clentélex (de son vrai nom Niamké André Ouandent) a ainsi osé des thématiques lourdes. « Là, c’est dix minutes, donc il faut être percutant tout de suite et rapidement. J’ai voulu parler de politique. J’ai voulu parler de panafricanisme aussi, de dire que les humoristes ne sont pas cons. C’est pour ça que j’ai parlé de la conférence de Berlin, parce que c’est aussi ça l’histoire », a-t-il souligné.

De son côté, Divine Mandé (Congolaise) a puisé dans nos traditions pour prôner la fraternité face aux crises de son pays d’origine. « Aujourd’hui, j’ai parlé de Marabout, parce que pour moi, c’est culturel. Le rire rassemble, et je pense que nous avons tous besoin de cela ici. Que ce soit au Bénin, dans mon pays, au Congo, où il y a la guerre actuellement, nous avons besoin des scènes d’humour. Donc, le lien de sang est très fort, et nous devons rester unis », a laissé entendre Divine Mandé. Les artistes béninois ont profité de cette tribune pour rappeler l’importance des valeurs locales face aux dérives de la mondialisation. C’est le cas de l’humoriste Kadidjath Issotina alias Kady. « Je dirais à chaque béninois aujourd’hui de ne pas laisser la mondialisation, ou tout ce qui se passe sur les réseaux sociaux, nous faire oublier l’essentiel. Il faut que nous ayons l’idée de qui nous sommes, d’où nous venons, et où nous allons », a-t-elle précisé.

Judicaël Avaligbé alias Kromozom, humoriste béninois, a redéfini la fonction essentielle du comédien. « Moi je fais de l’humour, je fais rire, mais je fais surtout réfléchir sur des questions, sur des thématiques lourdes. Les plus vraies choses se disent qu’à travers le rire. Le rire, c’est le moyen par lequel nous devons dire les choses les plus graves. Nietzsche disait que l’homme souffre tellement qu’il a dû inventer le rire. Moi, je ne ris pas parce que je suis content, je ris parce que j’ai mal. En faisant ainsi, le rire me sauve de la douleur », a-t-il affirmé.

Par cette alliance de rires conscients, de leçons historiques et d’affirmation culturelle, “Bons Spectacle” s’inscrit comme un jalon essentiel de l’intégration artistique.

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