Née à Francfort et établie à Paris depuis 2018, Nora Kamm, saxophoniste, chanteuse et compositrice allemande, s’impose comme l’une des figures les plus captivantes de la scène jazz et électro-pop actuelle. Couronnée du grand prix “Unac Jeune Talent Compositeur” en 2024, elle façonne un univers fluide où la précision classique européenne embrasse avec ferveur les polyrythmies afropéennes. Nous vous emmenons dans l’univers d’une artiste pour qui la musique est avant tout un pont d’humanité.
Du Conservatoire allemand aux scènes parisiennes survoltées, le parcours de Nora Kamm ressemble à un voyage initiatique dont la curiosité est la seule boussole. Lauréate du prix “Selmer Soloist” en 2014, c’est en posant ses valises dans la capitale française en 2018 que la jeune instrumentiste opère sa mue. Paris lui offre le terrain de jeu cosmopolite dont elle rêvait. Nora Kamm se laisse immédiatement happer par l’effervescence de la création locale. Elle y croise la route de musiciens aux héritages pluriels.
« Je dirais que cette rencontre s’est faite très naturellement, sans calcul. J’avais envie de sortir du jazz plus traditionnel et d’ouvrir ma musique à d’autres influences. À Paris, j’ai découvert un véritable mélange de cultures, et c’est ce qui se reflète dans ma musique », confie la saxophoniste. De ce terreau fertile naît une identité hybride et chaleureuse. Son saxophone altiste devient un connecteur universel. « Mon saxophone est devenu le pont entre mon apprentissage du jazz et de la musique classique en Allemagne ainsi que les influences africaines et électro que j’ai rencontrées en France », résume-t-elle avec clarté.
L’album révélation nourri par l’Afrique
En 2023, la sortie de son premier album en tant que leader, intitulé “One”, marque un tournant décisif dans sa carrière. Salué par la critique internationale (de Jazzwise au Royaume-Uni jusqu’à Fip et Rfi), le disque s’impose par sa fraîcheur contagieuse. Le concert de lancement au New Morning, mythique club parisien, se joue d’ailleurs à guichets fermés.
Pour composer cette œuvre lumineuse, l’artiste est allée puiser à la source des musiques africaines et de la fusion légendaire des années 70. « L’écriture de “One” a commencé à mon arrivée à Paris… Je me suis inspirée des rythmes du Cameroun, du Mali, de l’afrobeat. Mais aussi de la période fusion de Miles Davis et de Weather Report, tout en restant ancrée dans le présent. À travers cet album, je voulais transmettre un message d’unité à travers la musique », explique Nora Kamm.
Cette alchimie s’est nourrie d’expériences scéniques marquantes sur le continent africain,
notamment lors du Togoville Jazz Festival au Togo, en 2024. De ces tournées, l’artiste garde une empreinte sensorielle et émotionnelle indélébile. « En Afrique, je ne me sens jamais seule. Il y a une énergie collective et une chaleur que j’aime profondément. C’est difficile à décrire, mais il y a quelque chose dans l’atmosphère, presque un parfum dans l’air, qui me touche à chaque fois que je descends de l’avion. Je pense que c’est le parfum de la terre africaine qui me rend vivante », glisse-t-elle avec émotion.
Une artiste engagée tournée vers l’introspection
Si les louanges de la presse internationale et la reconnaissance de ses pairs la touchent, Nora Kamm n’hésite pas à poser un regard lucide sur le milieu du jazz. Recevoir le grand prix “Unac” en 2024 a renforcé sa détermination à briser les chapelles institutionnelles. « À certains moments, je me suis sentie moins soutenue, voire parfois un peu ignorée par une partie de la presse jazz française. J’ai le sentiment que la scène gagnerait à s’ouvrir davantage aux croisements de styles et aux nouvelles esthétiques », remarque Nora sans détour.
En pleine tournée entre la France et l’Allemagne, la musicienne prépare activement l’avenir. Son processus créatif s’est digitalisé. Elle délaisse désormais le clavier traditionnel pour composer sur ordinateur. « Mon prochain album sera plus introspectif. En effet, après avoir beaucoup observé le monde extérieur, j’ai ressenti le besoin de me tourner davantage vers moi-même dans ma manière de créer », révèle Nora.
Parallèlement à cette quête intérieure, Nora Kamm souhaite repenser sa relation à la scène. Elle pense offrir un dialogue encore plus direct avec ses auditeurs. Nora aspire à créer des moments de communion totale où le public fait corps avec le rythme. Le voyage ne fait que commencer.


