Ce jeudi 20 août 2026 s’ouvre la première édition de la “Foire Littéraire Paris attendra”. Elle va se dérouler au cœur de la bibliothèque “Bénin Excellence” de Godomey. Pensé sur deux jours comme une célébration pluridisciplinaire où la littérature dialogue avec la musique, la mode et l’entrepreneuriat, cet événement promet de transformer le rapport au livre. À quelques heures du coup d’envoi, l’auteur, enseignant-chercheur en musicologie et slameur Ezin Pierre Dognon (alias Myster Ezin) nous livre les coulisses et les enjeux majeurs de ce rendez-vous culturel.
Pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas encore, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ainsi que votre parcours aux multiples facettes ?
Je m’appelle Ezin Pierre Dognon. Écrivain, docteur en musique et musicologie, enseignant-chercheur et slameur sous le nom de Myster Ezin, mon parcours s’articule autour d’un fil conducteur unique : l’écriture. Qu’il s’agisse de mes ouvrages (comme Dullah, la grosse énigme _distingué en 2015_ ; Désolé madame, j’épouse mon portable, 2017 ; Les Dames du Castellet, 2021 ; ou le récent Paris attendra), de la scène ou de mes travaux de recherche, l’intention reste la même. La musique et le slam, illustrés notamment dans mon album EspoirS, prolongent cette passion pour le mot. En réalité, je ne change pas de voie : j’affine la voix.
Monsieur Dognon, la “Foire Littéraire Paris attendra” s’ouvre dans très peu de temps. Quelle est la vision centrale qui a motivé la création de cet événement ?
L’aventure a démarré avec la parution de “Paris attendra”, le 7 mai dernier. Très vite, plus d’une vingtaine de chroniques passionnées, des retours enthousiastes de lecteurs, une attention médiatique soutenue et l’engagement de plusieurs partenaires ont donné une résonance particulière à l’ouvrage. Il est devenu évident que le texte dépassait le cadre du simple livre. La Foire est née de cette dynamique créative. Mon ambition était d’offrir au Bénin un espace d’expression unique où la littérature dialogue avec ce qui la nourrit au quotidien. L’on peut citer entre autres la musique, la mode, l’entreprise, les médias, la jeunesse, les artistes et, avant tout, le public. Plutôt que de déplorer un prétendu désintérêt pour la lecture, j’ai choisi d’agir. Qu’avons-nous véritablement inventé pour réenchanter le rapport au livre ? “La Foire Littéraire Paris attendra” est ma réponse concrète à cette interrogation.
Concrètement, comment le programme des 20 et 21 août à la bibliothèque “Bénin Excellence” de Godomey a-t-il été pensé pour marquer les esprits ?
Je refusais la monotonie d’un simple salon où l’on se contente de feuilleter des ouvrages. Réconcilier les publics avec la lecture exige de l’audace et de l’événementiel. C’est pour cette raison que la bibliothèque “Bénin Excellence” propose, les 20 et 21 août, une programmation foisonnante qui allie échanges littéraires, défilé de mode, interventions artistiques et des temps fort avec nos partenaires. En insufflant cette dynamique festive autour du livre, nous provoquons des passerelles inattendues. C’est là, toute la magie de ces collisions heureuses. Il s’agira d’amener chacun vers des œuvres pour lesquelles il ne se serait jamais tourné spontanément.
La foire porte le nom de votre dernier roman : en quoi les thématiques du livre, entre exil et résilience, reflètent-elles l’esprit de cette rencontre ?
Paris attendra prend sa source dans la rupture. À travers la trajectoire de “De Medeiros”, soudainement fauché dans son élan vers Paris par l’incarcération, le récit explore cette vérité universelle : nos agendas ne gouvernent pas nos destins. Pourtant, au-delà de l’injustice, le roman s’attache à ce qui subsiste quand on vous dépouille de tout : la pensée, la capacité d’aimer, l’imagination et la création. La résilience réside précisément dans cet espace inaliénable. Il y a d’ailleurs un paradoxe saisissant à voir ce récit d’un homme à l’arrêt devenir aujourd’hui le catalyseur d’un rassemblement de milliers de personnes autour du livre et de l’entrepreneuriat. Dans la fiction, Paris s’efface temporairement. Et dans le réel, l’œuvre impulse un élan collectif majeur. Au-delà de l’exil géographique, la lecture de ce soir prolonge cette quête centrale au cœur de mon travail : sonder l’exil intérieur, réaffirmer la dignité humaine et construire un pont solide entre plusieurs mondes, sans jamais se fragmenter.
Vous portez une double casquette d’écrivain et de docteur en musicologie. De quelle manière votre sensibilité musicale et de slameur nourrit-elle votre écriture littéraire ?
Je n’écris pratiquement jamais une ligne sans l’entendre préalablement résonner. C’est sans doute l’empreinte conjuguée du musicologue et du slameur. Une phrase a beau afficher une perfection grammaticale irréprochable, elle peut malgré tout sonner faux. Mon travail consiste à traquer le souffle et la cadence, à déceler l’instant précis où le texte s’accélère, celui où il respire, ou encore le moment où la retenue s’impose.
La scène m’a enseigné cette rigueur implacable. Si le lecteur conserve le privilège de revenir en arrière sur le papier, l’auditeur, lui, ne pardonne aucun faux pas. Dans Paris attendra, certains mouvements se déploient d’ailleurs comme une véritable partition, jouant sur les motifs, la tension dramatique et les silences. Pour autant, il ne s’agit pas de convertir le roman en une scansion ininterrompue, car l’exigence romanesque réclame du temps et de la maturation. En réalité, la musique aiguise mon écoute face au texte, tandis que la littérature donne toute sa profondeur à ce que j’entends.
Le grand écrivain Olympe Bhêly-Quenum signe la préface de votre ouvrage en parlant d’une « écriture-chant ». Qu’est-ce que ce compagnonnage symbolise pour vous ?
Évoquer le doyen Olympe Bhêly-Quenum suscite immédiatement en moi une vive émotion. Notre histoire dépasse le cadre de Paris attendra et remonte à 2017, lorsqu’il m’a appelé après avoir lu une interview où je parlais de lui. Imaginez l’impact, pour un jeune auteur béninois, de recevoir le coup de téléphone d’un tel monument de nos lettres. Certaines rencontres ne remplissent pas un simple carnet d’adresses. En effet, elles déplacent fondamentalement le cours d’une vie.
Par ailleurs, la parution de mon ouvrage en 2026, l’année de son centenaire, revêt une portée symbolique à laquelle je tiens profondément. Lorsqu’un homme ayant traversé un siècle parle à mon sujet d’« écriture-chant », le musicologue et le slameur en moi reçoivent ces mots avec une résonance toute particulière. Au-delà du compliment, j’y perçois le passage d’un témoin. Sa génération a dû conquérir de haute lutte sa place dans la littérature francophone, tandis que nous écrivons aujourd’hui au cœur des réseaux numériques et des identités multiples. Nos trajectoires diffèrent, mais nous partageons cette même exigence d’habiter la langue plutôt que de la manier banalement. Un tel héritage oblige et rappelle que la littérature transcende nos éphémères parcours.
Quel impact et quel héritage durable souhaitez-vous laisser auprès des auteurs, de la jeunesse et des partenaires mobilisés pour cette édition ?
Organiser deux belles journées d’échanges constitue une première réussite, mais mon ambition dépasse ce simple cadre événementiel. Je veux ancrer un héritage durable. Pour les auteurs, cette Foire doit être un déclic : un écrivain va à la rencontre de son public et le livre ne reste plus confiné aux étagères des bibliothèques. Pour la jeunesse, c’est la preuve vivante que la culture est un espace vibrant, au croisement de la création, de l’entrepreneuriat et de l’innovation économique, tout en restant fidèle à la pensée. Soutenir la culture ne relève pas de la simple philanthropie pour nos partenaires. C’est un levier stratégique puissant qui leur permet d’affirmer leurs valeurs, de toucher leur cible et d’engager leur public. C’est toute la philosophie du Narrative Placement™ que j’expérimente dans mon ouvrage Paris attendra. Le livre y questionne la frontière entre art et économie : le partenaire s’intègre à l’œuvre et le lecteur devient acteur à part entière de l’histoire.
En somme, l’héritage que je vise se résume en une ambition : décloisonner. Rapprocher les livres, les créateurs, le monde de l’entreprise et les lecteurs pour révéler tout le champ des possibles de leur rencontre.
Si vous deviez adresser un mot final aux passionnés de culture pour les inviter à vous rejoindre les 20 et 21 août, quel serait-il ?
Ne faites pas le déplacement uniquement pour mon livre ou pour ma personne. Venez plutôt guidés par la curiosité, avec la soif d’explorer l’inconnu. Franchissez nos portes pour aller à la rencontre d’un auteur émergent, écouter une voix artistique inédite, découvrir des initiatives inspirantes ou échanger tout simplement en famille. Pendant deux jours, nous faisons le pari audacieux de placer la création au cœur de la cité. Les 20 et 21 août, de 9 heures à 17 heures à la “Fondation Bénin Excellence” de Godomey, nous façonnons une expérience collective unique. À ceux qui ont déjà arpenté les pages de Paris attendra, je réitère mon invitation : ne vous contentez plus de le lire, habitez-le et complétez-le. Ces deux journées nous offrent l’occasion de le faire vibrer ensemble, en transformant le roman en un véritable espace de vie et de rencontres.

