l’œuvre murale réalisée par Gérard Quenum et Rosa Vanessa

Bénin : Le Centre présente les expositions du duo Gérard Quenum – Vanessa Rosa et de Victor Boucon.

Afin de permettre au public béninois de découvrir davantage l’art contemporain, Le Centre (Lobozounkpa, Abomey-Calavi) ne cesse d’inviter des artistes d’horizons divers à participer à son programme de résidences et d’expositions. C’est ainsi que d’un coté, l’artiste Victor Boucon et le duo Gérard Quenum – Vanessa Rosa de l’autre, ont procédé ce vendredi 29 septembre 2017, au vernissage de leurs expositions.

Devant l’œuvre murale réalisée par Gérard Quenum et Rosa Vanessa durant cette treizième résidence, Dominique Zinkpè, Directeur du Centre, a présenté les artistes en résidence avant de convier les visiteurs à découvrir les œuvres. La visite à débuté par l’atelier de Victor Boucon dans lequel une installation intitulée [IN] UTILE était présentée.

C’est en réalité un atelier de soudure. De la pose à la pince à baguettes, en passant par les fils de raccordements, tout le matériel est en place et n’attend que l’intervention du soudeur. On y trouve également une unité centrale, conçue en collaboration avec le Blo Lab de Cotonou, insérée dans une caisse d’aluminium sculptée par l’artiste et un écran sur lequel tourne en boucle la projection d’une vidéo révélant le processus de création de l’artiste.

[IN] UTILE est comparable à un laboratoire dont le chercheur n’est autre que l’artiste.
Afin d’éclairer sa démarche, le jeune artiste revient sur une citation de Bernard Stiegler : « Qui donne le droit de vivre au phoque ? Qui donne le droit au Lapon de tuer le phoque pour continuer à vivre ? Un chasseur de phoque a une pratique esthétique, il marque son harpon et cette marque est capitale. C’est ce qui lui donne une existence et pas simplement une subsistance. Pour un chasseur de phoque, son souci dans la vie n’est pas du tout de manger du phoque ou de tuer des phoques, c’est – à travers la chasse au phoque – d’exister et de rendre hommage au monde dans sa relation à lui ». En effet, l’artiste à accorder une attention particulière à l’esthétique des outils qui composent l’installation.

A la fin de cette visite, Dominique Zinkpè précise : « Prenez ce centre comme tel. Ce n’est pas comme dans une galerie où l’on peut voir des œuvres bien encadrées et prêtes à la vente. Ce n’est pas cela notre challenge. C’est ce que nous vivons aujourd’hui : un laboratoire, un atelier où les chercheurs se cherchent eux-mêmes.

Cette exposition est une rencontre entre deux artistes aux horizons référentiels et aux pratiques artistiques distinctes. Plus qu’un entremêlement des œuvres dans l’espace, chacune d’entre elle incarne cette relation.

Dialogue est une série de neuf toiles réalisées conjointement par Gérard Quenum et Vanessa Rosa. Ce sont des portraits, peints en noire avec les orbites des yeux sont blancs, leurs regards se croisent et dialoguent. La couleur et la forme des personnages suscitent une interrogation sur leur nature. A ce sujet, Gérard Quenum s’explique : « Je réalise des images fantomatiques et d’ordre spirituel ». Presqu’identiques, ces personnages ne se distinguent qu’à travers leurs vêtements dont les motifs ont été réalisés avec soin par l’artiste Rosa Vanessa. Elle utilise différents motifs qui font échos à différentes cultures du monde.

Rosa Vanessa crée ses pochoirs à partir des motifs qu’elle trouve sur les textiles, les vêtements traditionnels d’Afrique de l’Ouest ou encore les broderies portugaises. « Futufuneph » est un motif qui vient du peuple ashanti au Ghana. Ce motif encore appelé « Adinkra » apparait dans la plupart des œuvres présentées par l’artiste. « C’est un système de pictogrammes présentant deux crocodiles qui se partagent un même estomac…symbole de la démocratie » a précisé Rosa Vanessa.

Elle a également utilisé ce même motif pour créer dans l’un de ses tableaux, l’architecture « Aguda » qu’elle a retrouvée à Porto-Novo.

Par ailleurs, un espace documentaire est disponible pour découvrir davantage ces deux artistes. Il présente les travaux antérieurs de Vanessa Rosa ainsi que les différentes étapes du processus de création de l’œuvre Afro Brésil et aussi des catalogues de Gérard Quenum.

Dans la deuxième salle d’exposition se dresse une étendue de poupées surmontée par une peinture de bateau. L’ensemble est bordé de sable de mer. Voyage est une installation composée d’un amas de poupées récupérées. Abimées, déchiquetées, ces poupées symbolisent la souffrance des êtres qui ont perdu la vie en tentant de traverser les mers et les océans. Gérard Quenum précise que pour lui : « Il y a la mer et un bateau à voile qui navigue sur l’âme des enfants d’Afrique morts pendant la traite négrière et de nos jours, au cours de la traversée de la méditerranée pour atteindre l’Europe. » A travers ce travail, Gérard Quenum « rend hommage à tous ceux qui ont perdu leur vie dans la mer en prenant ce risque. »

Rosa Vanessa est une artiste et historienne de l’art brésilienne qui vit à Rio de Janeiro et voyage dans le monde entier. L’artiste mène une recherche plastique autour des symboles traditionnels et des nouvelles technologies.

Le Bénin est la première destination de Rosa Vanessa en Afrique. Vanessa Rosa, Gérard Quenum et Dominique Zinkpè s’étaient rencontrés quelques années plus tôt à l’occasion d’une exposition au Brésil.

Hubert KIDJASSOU

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