VODUN DAYS 2026 : CE QUE LA SETLIST DIT DE LA VISION DE CETTE ÉDITION

À défaut de discours programmatique long ou de note d’intention officielle, une setlist s’exprime. Elle révèle des choix, des arbitrages, parfois des renoncements. La programmation musicale des Vodun Days 2026 n’échappe pas à cette règle : elle nous offre d’ailleurs des indices à décrypter pour comprendre la vision culturelle portée par cette édition.

À première vue, la liste des artistes annoncés marque par sa diversité : stars internationales, figures africaines établies, artistes béninois populaires, propositions hybrides, jeunes talents et même un groupe d’enfants porteurs de traditions percussives. Mais au-delà de l’éclectisme affiché, que raconte réellement cette sélection ?

UNE PROGRAMMATION PENSÉE COMME CARREFOUR PLUTÔT QUE COMME CHAPELLE
La première lecture possible de cette setlist est celle d’un refus du repli esthétique comme lieu de claustration. Les Vodun Days 2026 semblent échapper volontairement au choix (peut-être attendu ?) de n’aller que vers de la tradition dite purement authentique, ni vers la seule modernité dite globalisante. L’équipe organisatrice semble avoir opté pour une logique de carrefour, où se croisent inflexions traditionnelles des centralités vers les marges, musiques urbaines africaines, héritages traditionnels, pop internationale et expressions hybrides.

La présence de Davido et Ciara installe clairement l’événement dans un imaginaire mondialisé. Davido incarne une Afropop continentale devenue industrie, capable de remplir des stades et de parler à une jeunesse transnationale. Ciara, récemment naturalisée béninoise, symbolise quant à elle un autre mouvement : celui du retour symbolique, du lien revendiqué avec l’Afrique par des figures issues de la diaspora afro-américaine. Son inscription dans la programmation dépasse l’aspect de la performance musicale ; elle relève d’un geste politique et identitaire.

En ce sens, ces choix traduisent une chose : les Vodun Days se pensent comme un événement capable de satisfaire un public local ou régional, tout en veillant à positionner en opportunités de placements internationalisés ; puis de dialoguer d’envergure avec les grandes scènes internationales.

LE BÉNIN AU CENTRE, MAIS DANS SA PLURALITÉ
Face à ces figures dites mondiales, la programmation s’investit aussi à valoriser les artistes béninois avec une densité de perspectives. Angélique Kidjo, figure fondamentale, apparaît comme un repère charnière évident. Son parcours, sa reconnaissance mondiale et son engagement constant pour les cultures africaines en font une passerelle naturelle entre héritage, modernité et visibilité internationale. Sa présence rassure de ce qu’elle compte comme patrimoine national vivant autant qu’elle légitime l’intention des Vodun Days d’être catalyseur des forces vives de la culture béninoise à travers le monde.

À ses côtés, Vano Baby, Axel Merryl, ou encore Anna Fambo incarnent des trajectoires béninoises contemporaines, très différentes les unes des autres. Humoriste devenu chanteur pour l’un, artiste pop urbaine pour l’autre, ces profils traduisent une volonté de représenter le Bénin tel qu’il est aujourd’hui : multiple, connecté, parfois subversif, mais résolument créatif.

Le choix de Ghix & X-Time, concepteurs et porteurs de l’Adjapiano, est particulièrement révélateur. Il signale une attention portée aux dynamiques locales émergentes, à ces genres nés dans les marges sociales, nourris de traditions mais reformulés par les outils numériques et les codes de la fête urbaine. L’Adjapiano, en tant qu’esthétique, incarne précisément cet alliage entre héritage et invention.

LA TRADITION ET SA PRÉSENCE PROPORTIONNELLE SYMBOLIQUE
Au-delà des cultes, des manifestations dans l’espace publique, la question de la tradition reste modérément présente dans la programmation des concerts. A proprement observer seul Pépit’arts, groupe d’enfants percussionnistes ayant tourné à l’international est typiquement des arts traditionnels. Cela pose une question implicite : pourquoi cette faible présence du traditionnel sur scène ?

Ce choix pourrait être lu de deux manières. D’un côté, il témoigne d’une volonté de rendre la tradition visible sans l’enfermer, de la faire dialoguer avec d’autres formes musicales sur une même scène. C’est dire que dans cette sphère de l’enjoyment, la tradition est défendue sans être essentialisée. Ici, elle survient, elle converse avec d’autres formes musicales contemporaines. D’autre part, cela dénote d’une volonté à échapper au risque de folklorisation d’une scène vouée être un cadre où la tradition devient un marqueur identitaire ponctuel plutôt que le langage focal. Il s’agirait de fait de ne pas faire de la scène des concerts un musée rituélique ou une vitrine figée de la notion d’authenticité.

Reconnaissons toutefois qu’au-delà de cette présence explicitement traditionnelle incarnée par Pépit’arts, certaines propositions artistiques mobilisent l’héritage culturel de manière transformée, urbaine, contemporaine. L’on pourrait citer Ricos Campos défenseur d’une variété musicale béninoise gorgée de références traditionnelles de Hogbonou ou Yoruba. Bobo Wê quant à lui, se saisit de son gangan (tambour parlant traditionnel) pour construire une narrative urbaine d’enseignement sur les préceptes Vodun. Néanmoins ces deux artistes ne font pas figures typiques du spectre seulement traditionnel. En ce sens, il semblerait que la programmation ait volontairement préféré s’inscrire dans une dynamique de compartimentation. C’est-à-dire les arts traditionnels principalement dans le paysage des rues, des ruelles, des artères, des allées, des lieux de rassemblements publics, etc. Et les écritures hybrides musicales sur la scène de concert.

Les Vodun Days 2026 semblent assumer par cette perspective, l’ambition de privilégier la circulation et la transversalité de dialogue plutôt qu’une centralité exclusive du rituel ou du sacré sur la scène musicale. Par ce biais, le Vodun n’est plus uniquement un fait cultuel, il devient un langage de médiation culturelle.

Démarche qui se comprend, quand l’on prend en compte que les concerts sont des moments d’attractivité de masse pluriforme et intense. Autrement dit, ce qui se reflètera à travers la scène peut devenir ce qui reste dans la mémoire collective. De fait, montrer des artistes qui sont transversaux permet de corroborer la rhétorique institutionnelle qui cherche à faire du Vodun un prétexte de dialogue, d’universalité, ou de diversité depuis l’ancrage.

Le traditionnel n’est pas donc absent dans la setlist des Vodun Days, il y est présent et présenté subtilement : en filigrane, en dialogue, en hybridation.

DIASPORA, VIRALITÉ ET NOUVELLES LÉGITIMITÉS
L’inclusion de Takoumi, jeune talent de la diaspora révélé par les réseaux sociaux, apporte une autre clé de lecture. Elle indique que la programmation ne se construit plus uniquement sur des carrières longues ou des reconnaissances institutionnelles, mais aussi sur des dynamiques de viralité, d’adhésion populaire numérique, et de nouvelles formes de légitimité artistique.

Ce choix ancre les Vodun Days dans leur époque : celle où les scènes se construisent autant sur TikTok et YouTube que dans les circuits classiques. Il traduit une attention portée aux récits émergents, à condition qu’ils résonnent avec une identité plus large.
AU FINAL…

Cette setlist dessine une vision explicite : faire des Vodun Days un événement lisible à l’international, attractif pour la jeunesse (béninoise, sous-régionale, diasporique, cosmopolite), en conservant son nœud d’alliance avec les racines culturelles béninoises. Elle privilégie l’accessibilité, la diversité et le mouvement des publics.

En cela, la setlist des Vodun Days 2026 révèle au-delà de qui montera sur scène, comment le Bénin culturel se projette : ouvert, composite, connecté, et conscient que, désormais, la tradition aussi se raconte dans le langage du monde.

Cela dit, une préoccupation reste en suspens : jusqu’où cette logique peut-elle aller sans diluer l’intention originelle des Vodun Days ?

2 commentaires

  1. Mireille MISSAINHOUN ASSY KIWAH

    Et cette programmation m’a oublié encore une fois

  2. Mireille MISSAINHOUN ASSY KIWAH

    Merci Emma

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *