Le samedi 22 août 2026, le stade de Goho à Abomey a accueilli le lancement de la deuxième édition de la Ligue Nationale Scolaire. Une occasion pour la capitale historique du Bénin, cité des Amazones, de rayonner sur l’estrade nationale. Rendez-vous majeur du sport scolaire béninois, cette compétition réunit l’élite des jeunes talents venus des douze départements du pays. Le public a également pu assister à un spectacle inaugural d’envergure, mis en scène par l’éminent metteur en scène Dine Alougbine.
Rêve d’Amazone raconte l’histoire d’une jeune fille qui ambitionne de faire carrière dans le sport, mais qui voit son rêve contrarié par sa mère, devenue le principal obstacle à l’épanouissement de la jeune Amazone. Le spectacle se déploie à travers plusieurs tableaux mêlant danse, musique, roller, acrobaties et cavalerie. Enfants et adultes y évoluent ensemble dans une scénographie dynamique, portée par un encadrement pluri-artistique qui donne à chaque séquence sa cohérence et son intensité.
La fin du spectacle met en scène les rêves et les aspirations de la jeune fille, dans une évocation qui rappelle, par sa force symbolique, la célèbre formule de Martin Luther King : « I have a dream ». Le rêve individuel devient alors une parole universelle, une projection vers l’avenir et une affirmation de la volonté face aux obstacles.

Rêve d’Amazone : entre volonté et décision, une fable qui questionne
Avec le spectacle Rêve d’Amazone, Dine Alougbine propose une véritable peinture du noyau familial. Il est encore presque naturel, dans certaines familles béninoises, de voir des parents et particulièrement des mères, s’opposer aux ambitions sportives de leurs jeunes filles. Cette réalité persiste et demeure profondément ancrée dans nos sociétés. Certains parents peinent encore à reconnaître la valeur professionnelle du sport. Pour eux, la pratique sportive reste secondaire : il faudrait nécessairement exercer un « vrai métier », distinct d’une carrière dans le domaine sportif.
C’est précisément cette problématique que le metteur en scène soulève à travers le traitement dramatique de sa création. La mère, qui poursuit et contrarie sa fille, est construite comme l’opposante au projet de carrière sportive de la jeune fille. Mais au-delà de son efficacité narrative, cette fable possède une grande valeur esthétique. Par la simplicité et la force de son conflit, elle transforme une réalité sociale en matériau poétique et théâtrale. La confrontation entre la mère et la fille devient une image symbolique, capable de faire dialoguer le réel et l’imaginaire et le désir d’émancipation.
Toute la beauté de la fable réside ainsi dans sa capacité à suggérer sans tout expliquer. À partir d’une histoire familiale apparemment simple, Dine Alougbine ouvre un vaste espace de lecture et d’interprétation. Les corps en mouvement, les danses, la musique, les tableaux et les images scéniques prolongent cette narration et donnent au rêve de la jeune Amazone une dimension presque universelle. La fable devient alors une œuvre esthétique à part entière : elle ne se contente pas de dénoncer ou de questionner, elle crée des images, suscite des émotions et offre au public de multiples perspectives narratives. C’est dans cette alliance entre la force du propos et la beauté de la représentation que réside toute la richesse artistique de Rêve d’Amazone.

