La 14ᵉ édition du Marché des Arts du Spectacle Africain (MASA), clôturée ce 18 avril 2026 en Côte d’Ivoire, a consacré le talent béninois. Entre signatures de contrats pour les uns et triomphes scéniques pour les autres, la délégation béninoise a transformé cette vitrine continentale en une véritable rampe de lancement internationale.
Pendant une semaine, Abidjan est devenue l’épicentre de la création africaine. Le Bénin, fidèle à son rang, y a déployé une artillerie artistique diversifiée, mêlant slam engagé, danse contemporaine déconstruite, humour, théâtre et expertise en programmation. Contrairement aux festivals classiques, le Masa est un « marché », et les artistes béninois l’ont bien compris. Ils ne sont pas seulement venus pour prester, mais pour vendre l’excellence du « Made in Benin ».
Sur les planches, le slam béninois a résonné avec une puissance rare. Harmonie Dodé Byll Catarya, slameuse, repart d’Abidjan avec le sentiment d’une mission accomplie, bien au-delà de la simple performance. « Le Masa a été pour moi bien plus qu’une scène… c’était une rencontre. Une rencontre avec un public, avec des énergies, avec des regards qui écoutent au-delà des mots », confie-t-elle.
Portant haut la voix de la femme, elle a su transformer son art en message universel. « Quand je dis “la femme n’est pas un objet”, ce ne sont pas juste des mots, ce sont des vérités que je porte. Je repars avec des rencontres fortes, des connexions, des ouvertures, des passages sur des chaînes internationales… et surtout une conviction encore plus profonde : ma voix a sa place », affirme Harmonie.
La danse béninoise séduit les programmateurs
Dans le registre de la danse, la compagnie Arts Ca’Dansé a marqué les esprits avec sa pièce « Gbé miton ». Pour la chorégraphe et danseuse Carmélita Siwa, l’objectif commercial a été pleinement atteint grâce à la qualité et l’authenticité de la proposition. « C’est une expérience enrichissante parce que ce n’est pas que de faire des représentations, c’est un marché. Et en plus, tu apportes un produit sur le marché et que tu essaies de vendre au maximum. Il y avait énormément de programmateurs, de directeurs de festivals, directeurs de théâtre », déclare-t-elle.
Le succès a été tel que le bouche-à-oreille a fonctionné entre les professionnels.
« Nous avons eu de très bons retours constructifs. Il y a même eu ceux qui sont venus voir la première représentation et qui ont recommandé la deuxième à d’autres directeurs de festivals », souligne Carmélita Siwa.
Si les artistes ont brillé sur scène, l’ingénierie culturelle béninoise a également frappé fort en
coulisses. Sylviane Zannou, venue en qualité de programmeuse, a porté la voix de la création jeune public du Bénin. Forte d’un projet soutenu par l’Union Européenne depuis trois ans, elle est venue proposer un catalogue impressionnant. « Je suis partie en tant que programmeur pour vendre et acheter des produits culturels. Je suis partie avec 32 spectacles issus du processus de création. Il s’agit d’un projet culturel et créatif de la chaîne de création de spectacles jeunes publics au Bénin », explique Sylviane Zannou. Sa mission était d’ouvrir les frontières à ces troupes issues des 12 départements du Bénin. « Il faut que ces spectacles-là sortent. Voilà la raison pour laquelle j’étais sur le Masa afin de proposer ces spectacles-là aux autres programmeurs. Le but est de voir les spectacles qui pourraient venir sur notre festival pour pouvoir l’ouvrir à l’international », souligne-t-elle.
Le meilleur reste à venir
Alors que les rideaux tombent sur cette 14ᵉ édition, les regards sont déjà tournés vers l’avenir. Pour Harmonie Dodé Byll Catarya, le Masa n’était qu’une « étape » vers le développement de son label. Carmélita Siwa, quant à elle, se concentre déjà sur « Éclipse », le nouveau bébé de sa compagnie, tout en gérant les retombées de « Gbé miton ».
Une chose est certaine : le Bénin ne s’est pas contenté de participer. Il a imposé sa marque, son rythme et sa vision. Ce qui confirme que le pays est aujourd’hui l’un des exportateurs les plus dynamiques de culture en Afrique de l’Ouest.



