Leonel Zadji: L’alchimiste du verre qui sculpte la mémoire et la sensibilité

Autodidacte et pionnier d’une peinture sous verre encore marginale, Leonel Zadji façonne une œuvre où la mémoire, les rites et la famille se révèlent en transparence. Entre noir profond et éclats de couleurs, l’artiste transforme le verre en miroir des valeurs culturelles oubliées, et signe un travail aussi exigeant que sensible, à la croisée de la tradition et de l’introspection.

Il parle à voix basse, comme on manipule une matière fragile. Chez Leonel Zadji, chaque mot semble pesé avec la même précision que chaque geste posé sur le verre. Autodidacte, plasticien exigeant, l’artiste a fait de ce médium capricieux le cœur d’une œuvre où se croisent mémoire, rites et intimité familiale. Longtemps peintre avant de se laisser happer par la sculpture, Zadji s’est progressivement imposé une discipline singulière, celle de peindre à l’envers, en miroir, selon les règles strictes de la peinture sous verre. Une pratique sans repentir possible. « Quand tu travailles à rebours, chaque erreur reste. Il faut être minutieux », confie-t-il. Le verre, dit-il, ne se dompte pas mais il s’apprivoise. Et ce compagnonnage l’a transformé. « J’étais impulsif. Ce médium m’a appris la douceur, la patience, le calme. »

Noir, lumière et contrastes assumés
Ses œuvres, soigneusement encadrées pour magnifier la transparence et la profondeur, frappent d’abord par une présence du noir que certains interprètent comme une obscurité dominante. Mais l’artiste lui corrige et argue « regardez au-delà du noir. Les couleurs sont là, vives, et elles donnent une autre beauté à l’ensemble. » Plus qu’une noirceur, Zadji revendique le contraste, une tension féconde entre gravité et éclat, mémoire et vitalité. Au centre de sa démarche, la volonté de préserver et de revaloriser des traditions souvent mal comprises. Ses recherches l’amènent à explorer des cérémonies et danses cultuelles comme Avôdohôdji, Azonye (rituel ancestral fon honorant les ancêtres par chants, danses et offrandes) ou encore le Satô, danse funéraire traditionnelle. « Il y a des aspects négligés de ces pratiques que j’essaie de faire émerger », explique-t-il. À propos d’Avôdohôdji, trop souvent réduite à une libération de la veuve, il nuance : « c’est aussi un hommage rendu aux hommes disparus. » Chaque œuvre est le fruit d’une enquête, d’une immersion. « Chaque histoire trouvée me surprend et reste en moi », dit-il, refusant l’idée d’une pièce “préférée”. Chacune correspond à une expérience, à un temps précis de sa vie.

La famille comme architecture sensible
S’il y a un fil qui traverse l’ensemble de son travail, c’est bien la famille. Fragile et essentielle, comme le verre. Dans certaines compositions, l’artiste intègre sable, feuilles de tôle rouillées, grilles métalliques, plans architecturaux. Des collages qui évoquent la construction d’un domicile. « Avant même la maison, le “chez-soi” est sacré », affirme-t-il. La maison devient métaphore de la famille, valeur cardinale à protéger.

Pour Leonel Zadji, l’art dépasse la décoration. « C’est thérapeutique », tranche-t-il. Comprendre l’art, selon lui, fait grandir. Son processus créatif refuse les délais figés et opte pour une œuvre qui peut naître en une journée ou mûrir pendant un an. « Tant que je n’ai pas le résultat recherché, elle reste en chantier. » Chaque année, il présente un solo show et poursuit une ambition claire : faire reconnaître le verre comme médium artistique à part entière. « L’adhésion vient, lentement. »

Aux jeunes artistes, son message est sans détour. Il les appelle à travailler, persévérer, recommencer. Sans provocation ni effets spectaculaires, Leonel Zadji cherche l’équilibre, cette douceur complexe qui naît quand on peint à rebours pour mieux éclairer le présent. Dans le reflet du verre, se dessine aussi sa propre mue, celle d’un homme devenu, avec le temps, aussi transparent et sensible que la matière qu’il façonne.

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