FIFF Cotonou 2026 : Quand les femmes reprennent la caméra et redessinent le cinéma africain

L’émotion était au rendez-vous dans la grande salle de projection du Majestic Wologuèdè (ex-Canal Olympia). Ce mardi 3 février 2026, le Festival International des Films de Femmes (FIFF) de Cotonou a officiellement lancé sa 4ᵉ édition, devant un public mêlant professionnels du cinéma, partenaires institutionnels et passionnés du septième art. Une cérémonie d’ouverture à la fois solennelle et engagée, placée sous le signe de la mémoire, de la création et de la transmission.

La soirée s’est ouverte par un hommage appuyé à la mémoire d’Alima Gadji, figure inspirante dont l’engagement continue de nourrir les combats pour la reconnaissance et la visibilité des femmes. Un moment de recueillement fort, avant la présentation du jury du FIFF 2026, présidé par Eve Guehi, aux côtés de Anne Kern, Atisso Mèdessou, Colline Toumson-Venite et Djia Mambu.

Kino Wendia, un film-manifeste
Temps fort de la soirée d’ouverture, la projection du film issu du programme Kino Wendia, l’un des piliers de cette édition, a profondément marqué le public. Réalisé collectivement par douze jeunes filles béninoises, sans expérience préalable du cinéma, le film raconte le parcours de Douwé, adolescente brillante issue d’un milieu rural. Soutenue par sa mère, elle croit en l’école comme levier d’émancipation. Mais la précarité rattrape la famille : son père l’oblige à abandonner ses études pour travailler. Épuisée par les tâches, la faim et la pression sociale, Douwé voit son avenir se briser. À travers ce récit poignant, le film pose un regard frontal sur le droit à l’éducation des filles et les inégalités de genre encore profondément enracinées. Un film sobre, sincère, et résolument politique.

Cornélia Glèlè, promotrice et initiatrice du FIFF

« Libérer sa créativité, c’est refuser le silence »
Prenant la parole, Cornélia Glèlè, promotrice et initiatrice du FIFF, est revenue sur la genèse du festival et le chemin parcouru depuis 2019. « Lorsque cette initiative est née, nous avons travaillé édition après édition pour offrir à Cotonou cet événement inédit. Il y a eu des moments où nous avions envie de jeter l’éponge, mais nous avons tenu bon », a-t-elle confié. Le thème de cette 4ᵉ édition, « Femme, libérez votre créativité », se veut à la fois un appel et une invitation.

« Libérer sa créativité, c’est refuser le silence, transformer ses blessures, ses rêves et ses combats en images et en récits », a expliqué Cornélia Glèlè. Elle a souligné que le programme Kino Wendia incarne pleinement cette ambition : sélectionnées parmi plus de 300 candidates, les participantes ont été formées pendant plusieurs mois, de l’écriture à la réalisation. « Au-delà d’un film, c’est un message fort, parfois un cri de cœur pour toutes ces filles et femmes qui peinent encore à faire entendre leur voix », a-t-elle ajouté.

Aïssa Maïga : « Un film de femme est forcément féministe »
Marraine de cette édition, l’actrice et réalisatrice Aïssa Maïga a livré un témoignage sans détour sur la place des femmes dans le cinéma.

« Pour moi, un film de femme est forcément un film féministe. Très vite, en tant que femme, on se rend compte des barrières qui se dressent devant nous », a-t-elle affirmé, évoquant les inégalités de salaires, de budgets et de visibilité. Elle a salué les luttes menées par les femmes dans le cinéma et au-delà, estimant que cette prise de conscience contribue à une véritable élévation artistique et intellectuelle. « Je suis honorée d’être la marraine de ce festival et je salue la mémoire d’Alima Gadji. Cette femme puissante a montré que la vulnérabilité pouvait devenir une force inspirante », a-t-elle conclu.

Des partenaires engagés pour la transmission
Partenaire historique du FIFF, Canal+ Bénin a réaffirmé son engagement en faveur du cinéma porté par les femmes. « Depuis 2019, nous accompagnons le FIFF avec la conviction que le cinéma africain, et particulièrement celui des femmes, mérite un soutien durable », a déclaré Yacine Alao, directrice générale de Canal+ Bénin. À travers Canal+ University, plus de mille professionnels sont formés chaque année en Afrique. En 2025, plus de 150 talents béninois ont bénéficié de ces formations. Même engagement du côté de l’Ambassade du Canada au Bénin. Pour Evelyne Dabiré, cheffe de coopération, le FIFF constitue un espace essentiel d’expression : « Le festival offre un cadre où les regards, expériences et créativités des femmes peuvent pleinement s’exprimer », a-t-elle souligné, saluant le leadership des femmes cinéastes dans un secteur encore majoritairement masculin.

Mettre en lumière les récits féminins
Pour William Codjo, directeur général de l’Agence de Développement des Arts et de la Culture (ADAC), l’originalité du FIFF réside dans cette volonté affirmée de valoriser les films réalisés par des femmes. « Lorsque les femmes prennent la caméra pour raconter leur imaginaire et leur vécu, cela mérite d’être encouragé », a-t-il déclaré, appelant à la multiplication d’initiatives similaires pour rapprocher le public du cinéma et valoriser les récits et le patrimoine béninois.

Avec une programmation riche mêlant projections en compétition, panels, rencontres professionnelles, soirée “Shorts, Shorts, Shorts” et une cérémonie de clôture aux pieds de l’Amazone, le FIFF Cotonou 2026 s’impose comme un espace majeur de création, de réflexion et de visibilité pour les femmes du cinéma africain. Le festival se poursuit à Cotonou jusqu’au 7 février 2026.

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