Le film documentaire est l’un des plus féconds formats du cinéma permettant de saisir des réalités sociales dans toute leur complexité. Il permet d’observer, d’écouter et de transmettre des expériences qui échappent souvent aux récits les plus visibles. Et c’est justement en ayant conscience de cela, que le réalisateur béninois Cyril Hounga s’est intéressé à la vie lacustre la plus emblématique du Bénin avec les clés d’une réalité vécue in situ.
Avec “ Entre Filets et Espoirs : Les Pêcheurs de Ganvié ”, il consacre son regard à une communauté qui occupe une place singulière dans l’imaginaire collectif. Ganvié est régulièrement présentée à travers son caractère lacustre, son attractivité touristique. Ces représentations, largement diffusées, disent peu des femmes et des hommes qui y vivent, des équilibres économiques qu’ils construisent ou des mutations auxquelles les habitant.e.s sont confronté.e.s.
En choisissant de suivre les pêcheurs de la cité lacustre, le documentaire ouvre un espace d’observation sur un métier, une manière d’habiter un territoire et une relation quotidienne à l’eau. Le film s’intéresse ainsi à une mémoire vivante, faite de gestes transmis, d’adaptations permanentes et d’aspirations contemporaines.
DES RÉCITS LOCAUX PORTÉS PAR DES REGARDS LOCAUX
Ce qu’il y a d’interpellant dans ce travail, dépasse l’intention de s’intéresser à Ganvié. Elle renvoie plus largement à la manière dont une société raconte ses propres réalités.
Longtemps, une partie des images produites sur les territoires africains/béninois a répondu à des attentes extérieures ou à des cadres d’interprétation qui ne rendaient compte que d’une fraction des expériences vécues. La multiplication de documentaires réalisés par des cinéastes du continent participe aujourd’hui à une réappropriation du récit. Autant pour proposer une lecture située de manière interne, mais aussi pour élargir les points de vue disponibles et replacer les réalités locales dans leur propre contexte.

Cette démarche contribue à enrichir notre patrimoine audiovisuel. Elle offre également aux publics béninois la possibilité de retrouver à l’écran des histoires qui leur sont proches, racontées avec des références culturelles, sociales et historiques qui leur appartiennent.
C’est justement ce qui enrichit avec pertinence l’approche de Cyril Hounga qui met en exergue la langue, les non-dits, les réalités sous-jacentes, les prismes différents des attentes institutionnelles capables de restituer l’humain dans sa vulnérabilité, dans sa sincérité de vivre. À travers ce type d’œuvre, le documentaire devient un outil de transmission autant qu’un objet de création. Il participe à documenter une époque, des pratiques transgénérationnelles et des modes de vie qui constituent une part de la mémoire collective.
UN PARCOURS QUI S’INSCRIT DANS LA DURÉE
Cette nouvelle réalisation s’inscrit dans le parcours de Cyril Hounga, dont le travail a déjà été remarqué sur la scène régionale. Son court métrage “ Le Retour” (3 min 30) a reçu une distinction lors du Festival du film européen. Le cinéaste a également bénéficié d’une bourse destinée au développement de ses futurs projets dans le cadre de Togo Créatif, un programme soutenu notamment par l’Union européenne au Togo, l’Institut français du Togo, le Goethe-Institut Togo, ainsi qu’Orabank et Voltic.
Au final, avec ce documentaire, le réalisateur Cyril Hounga rappelle l’importance des œuvres qui contribuent à construire, par l’image, une mémoire produite depuis nos propres territoires et selon nos propres grilles de lecture.


Tout simplement, MERCI.