Le premier acte de la saison « All Stars » de “La Relève Afrique” a rendu son verdict après un marathon humoristique de trois jours d’une intensité rare. La paillote de l’Institut Français du Bénin (Ifb), transformée pour l’occasion en épicentre de la comédie francophone, a accueilli les deux vagues de demi-finales ainsi que la redoutable épreuve de repêchage des « Battles ».
Devant un public béninois jugé « formidable », « chaleureux et fair-play » par les délégations venues de dix pays du continent, les seize candidats ont rivalisé. C’est avec beaucoup d’audace qu’ils ont tenté de décrocher leur place pour l’apothéose finale prévue le vendredi 12 juin prochain. Les soirées de demi-finales des jeudi 4 et vendredi 5 juin ont placé la barre à une hauteur rarement atteinte à Cotonou. De l’avis unanime des spectateurs et des professionnels, la compétition a rapidement pris des airs de festival de maîtres. Le coach togolais, Professeur Abawoé, ne s’y est pas trompé. « Effectivement, c’était une soirée de gala. On pouvait juste mettre ces humoristes sur une affiche et ils nous auraient offert un spectacle comme celui-ci. Ils sont extraordinaires et je crois que l’Afrique de demain en termes d’humour, ça va être chaud », a-t-il confié.
Pour départager cette élite, la lourde tâche de la délibération a été confiée à un jury d’experts composé de trois professionnels de l’industrie du spectacle. Pour propulser les meilleurs vers la finale, ces derniers ont évalué les candidats selon des critères rigoureux basés sur l’originalité du texte, la présence scénique, la gestion du rythme et la puissance de la chute. À ce jeu de précision, quatre humoristes ont validé leur ticket direct pour la finale. Parmi eux, le candidat Fifi, qui foulait pour la première fois le sol béninois, a exprimé son soulagement. « C’est une pression qui est descendue et une autre monte puisque je vais à la finale. Du coup, je dois redoubler d’efforts, travailler encore plus et aller décrocher le gros lot », a-t-il précisé. La candidate camerounaise Joyce, quant à elle, a marqué son hégémonie d’entrée de jeu : « Je suis trop fière parce que j’ai fait une très belle prestation. Et je peux dire que c’est grâce à moi que le niveau de cette soirée était très élevé ».
La méthode des coachs pour polir les diamants bruts
Si les artistes ont brillé sous les projecteurs, c’est aussi grâce au travail d’orfèvre mené en amont par les mentors de l’aventure. Les coachs Juste Parfait (Congo) et Professeur Abawoé (Togo) ont tous deux réussi l’exploit de qualifier trois de leurs poulains pour la suite des festivités en s’appuyant sur une dynamique de groupe unique. « Ça n’a pas été juste mon travail, ça a été vraiment un vrai collectif en fait. Tout le monde a aidé tout le monde », s’est réjoui Juste Parfait. Les mentors ont notamment travaillé sur l’allégement des structures narratives et l’intégration des accessoires, comme ce fut le cas pour un candidat musicien. « Moi, trouver un humoriste qui vient avec un instrument… je lui dis : “ce que tu dois faire, c’est de faire corps avec ta guitare”. À un moment donné, il fallait alléger le sketch parce que le temps que le cerveau prend pour capter la vanne, si ça dure trop longtemps, tu perds un spectateur », a expliqué Juste Parfait.
Le mot d’ordre donné aux jeunes artistes pour la suite reste le même : cultiver l’authenticité africaine. Pour Juste Parfait, l’enjeu européen exige de rester vrai : « Mon conseil reste sur l’authenticité. Vous jouez, soyez vous-même. Ne vous déformez pas. Soyez original simplement ». Pour les artistes envoyés en ballottage, le week-end s’est prolongé le samedi 6 juin par l’épreuve spectaculaire et redoutée des « Battles ». C’est sur un véritable ring de boxe, sous l’animation survoltée de l’humoriste béninois Pachéco, que les candidats se sont affrontés en duel à coups de punchlines acérées. « Les battles consistaient à opposer les candidats deux à deux. Ils s’envoyaient des vannes, des punchlines. Moi, j’étais au milieu, je lançais les hostilités et je contrôlais », a détaillé Pachéco. Ce dernier est impressionné par l’émergence de cette relève. De grandes figures de la scène locale comme Baba Femelle ont d’ailleurs salué la performance : « Honnêtement, ce soir, j’ai vu des collègues, des frères avec un potentiel humoristique énorme. La relève est assurée à tous les niveaux ».
La fureur du ring de Pacheco et le verdict sans pitié des « Battles »
Au terme de cette soirée à haute tension, deux ultimes gladiateurs ont arraché leur qualification. Parmi les rescapés, Jocelyn Dogbo, candidat togolais, savourait sa victoire non sans avoir tremblé. « J’avoue que c’est une grande joie d’être qualifié après les battles. Déjà, personne ne veut passer en battles. C’est ce matin, je pense à 6 heures, que j’ai commencé à préparer les vannes. La réelle difficulté, c’était en face-à-face avec le Gabonais parce qu’il est très fort », a-t-il laissé entendre. Pour s’en sortir, Sam du Barça a dû sacrifier son sommeil. « Vu que j’avais perdu ma demi-finale hier, je n’ai pas pu dormir. Tout ce qui a été dit ce soir sur scène n’a pas été improvisé. C’était écrit. C’est l’expérience et la pression », a-t-il souligné.
Le grand vainqueur de cette soirée de joutes n’est autre que le Béninois Sam du Barça. Devant son public, l’enfant de Parakou a transformé la pression en une arme fatale. Envoyé dans l’arène après une demi-finale frustrante, il avait annoncé la couleur avec une détermination de fer : « Effectivement, j’ai donné le meilleur, mais cela n’a pas suffi. Je vais devoir redoubler d’ardeur et passer par la case des battles que je voulais éviter. Mais s’il va falloir passer par là pour aller en finale, je suis prêt. Chacun lutte pour son pays parce que nous représentons le pays au-delà de tout ».
Cap sur la grande finale du vendredi 12 juin
Après ce week-end riche en émotions, les six finalistes (dont le duo de choc qualifié par les battles, Sam du Barça et son homologue togolais) disposent désormais de quatre jours pour panser leurs plaies et se réinventer. Face au niveau affiché par les jeunes loups, même l’arbitre Pachéco a ironisé sur la menace qui pèse sur les aînés. « Si on ne fait pas attention, on risque de tomber dans le chômage. Donc là, je vais commencer à faire de nouveaux sketchs parce que les jeunes qui viennent là, ils ne veulent pas nous faire de cadeaux », a-t-il avoué.
L’objectif est désormais d’écrire l’histoire. Comme le résume le candidat Momo L’intellectuel, la course contre la montre a déjà commencé. « Ce soir, on va rentrer se reposer, savourer cette demi-finale. Penser à un nouveau sketch, parce que c’est l’objectif pour la finale. Répéter et travailler pour atteindre nos objectifs », a-t-il affirmé.
Le rendez-vous est pris ce vendredi 12 juin au Théâtre de verdure de l’Institut Français. L’enjeu est historique : une enveloppe de 5 millions de francs CFA et un ticket d’entrée pour la gloire internationale sur la scène du Montreux Comédie Festival en Suisse.


