« Champs du sensible »: Charly d’Almeida et l’expérience des sens

Depuis le 14 novembre 2025, l’exposition « Champs du sensible » invite le public à une expérience esthétique singulière, où le regard dialogue avec l’odeur, la matière et le corps. Visible jusqu’au 14 mars 2026, ce projet porté par l’artiste Charly d’Almeida et orchestré par le curateur Steven Adjaï propose une plongée dans un univers profondément incarné. À mi-parcours, une conférence de presse, tenue le 5 février dernier, a permis de lever le voile sur les intentions et les lignes de force de cette exposition hors normes.

Chaque œuvre semble adresser une question silencieuse au visiteur. Comment regardons-nous le monde ? Et que faisons-nous de ce que nous ressentons ? Pour Charly d’Almeida, cet échange avec le public est essentiel. « J’aime partager ces moments avec les amoureux de l’art », confie-t-il, revendiquant une démarche où la sensibilité prime sur le discours figé. Conçue autour de trois axes, Champs du sensible s’ouvre sur le visage, envisagé comme un champ de tension. Une thématique centrale dans le travail de Charly depuis les années 2010. À travers les séries Vie commune et Les Conversations, l’artiste explore les expressions humaines, oscillant entre comédie et tragédie.

De la gauche vers la droite, le curateur Steven Adjaï et l’artiste Charly d’Almeida. PH/DR

Pour le curateur Steven Adjaï, le visage devient ici une énigme. « Le masque peut être farce et tromperie. Il se substitue au visage ». Loin de toute référence spirituelle, l’artiste interroge plutôt ce qui se joue entre le voir et le dire, entre ce que l’on montre et ce que l’on dissimule. « Mon discours se situe entre la drôlerie et la tragédie », précise Charly, laissant au spectateur la liberté de ressentir avant de comprendre. Le deuxième axe de l’exposition bouscule les habitudes visuelles en convoquant l’odorat et la mémoire. Ici, l’objet n’est plus banal : il devient porteur d’histoires, de traces et de temporalités. Steven Adjaï en livre une clé culturelle saisissante. « Chez les Fon, pour dire “je t’aime”, on dit : j’accepte ton odeur ».

Cette approche irrigue les séries Offrandes, Traces et Profondeurs, où des assemblages d’objets hétéroclites composent de véritables paysages sensibles. Pour l’artiste, la matière est vivante. « Je travaille avec des matières qui ont déjà une vie. Aujourd’hui, je parle d’odeur plus que de vie », explique-t-il. Ancien peintre devenu sculpteur, Charly revendique une pratique exigeante, guidée par l’intuition. « Je vais vers la matière qui me parle », reprend le plsticien.

Le corps comme espace de résonance
Le parcours s’achève sur les corps sensibles : des corps affectés, en mouvement, traversés par la parole et l’émotion. Plus qu’un thème, il s’agit d’un état. « Pourquoi est-ce dans le mouvement que Charly aborde la sensibilité ? », interroge Steven Adjaï. Une question laissée volontairement ouverte, car Champs du sensible ne livre pas de réponses définitives.

À Gallery Charly, l’art devient ainsi une expérience immersive, une invitation à ralentir, à prêter attention et à se laisser traverser. Une exposition qui ne cherche pas à convaincre, mais à faire ressentir et qui rappelle que l’art, avant tout, commence là où les mots s’arrêtent.

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