Cap sur le Macc : Le Bénin décroche 30 millions d’euros pour ériger son futur temple d’art contemporain à Cotonou

L’arsenal de la diplomatie culturelle béninoise vient de franchir un palier décisif. Réunie en séance plénière ce vendredi 10 juillet 2026 au Palais des Gouverneurs, l’Assemblée nationale a officiellement acté la ratification de la convention de crédit liant la République du Bénin à l’Agence française de développement (Afd). Ce feu vert parlementaire marque un tournant stratégique dans la politique de grands travaux muséaux engagée par l’exécutif, transformant définitivement l’ambition artistique nationale en un projet industriel et économique hautement structuré.

Une enveloppe globale de 30 millions d’euros (soit environ 19,6 milliards de FCFA) est désormais scellée pour donner corps au futur Musée d’Art Contemporain de Cotonou (Macc). Derrière l’alignement des chiffres de cette convention (qui couple 25 millions d’euros de prêt à des conditions particulièrement concessionnelles “taux d’intérêt de 0,84 % sur 15 ans avec 5 ans de différé“ et 5 millions d’euros de subvention pure), c’est le visage de la métropole béninoise qui s’apprête à muer. Le Macc ne sera pas qu’un bâtiment de plus dans le paysage de Cotonou. En effet, il s’annonce comme la clé de voûte urbaine d’un réseau muséal d’envergure internationale qui maille déjà le territoire, aux côtés du Musée International de la Mémoire et de l’Esclavage (Mime) à Ouidah, du Musée International du Vodun (Miv) à Porto-Novo ainsi que du Musée des Rois et des Amazones du Danxomè (Murad) à Abomey.

L’examen du rapport de la Commission des affaires sociales a révélé que ce financement cible l’intégralité de la chaîne de valeur créative. Le projet s’articule autour de trois axes cardinaux. Il s’agit de la construction physique de l’infrastructure aux standards internationaux, l’appui stratégique à son lancement opérationnel, et un dispositif rigoureux de pilotage.

L’une des grandes forces de cette mouture, qui a séduit la représentation nationale, réside dans son volet humain. Le Musée d’Art Contemporain de Cotonou est pensé comme un incubateur de compétences locales en matière d’ingénierie muséale. Plus remarquable encore, le projet affiche une volonté politique claire. Celle de promouvoir activement l’emploi des femmes au sein des Industries Culturelles et Créatives (Icc), un secteur trop longtemps resté informel ou peu inclusif.

L’exigence de rentabilité au cœur des débats parlementaires
Si l’enthousiasme était unanime au Palais des Gouverneurs, quant à la portée mémorielle du projet, les députés des deux blocs parlementaires n’ont pas manqué de jouer leur rôle de garde-fou. Les débats ont mis en exergue des exigences légitimes. Elles sont liées à la garantie du recours prioritaire à la main-d’œuvre locale sur le chantier et la mise en place d’un mécanisme de suivi strict pour éviter les dérives d’exécution.

Face aux élus, Yassine Latoundji, Ministre de la Culture, des Arts et du Patrimoine, s’est voulu pragmatique et rassurant. En balayant l’idée d’un investissement purement prestigieux ou contemplatif, il a défendu une vision résolument axée sur le retour sur investissement. « C’est un projet économique qui va générer du tourisme, des emplois, des activités urbaines et des revenus pour tout l’écosystème », a-t-il soutenu.

Le Soft Power béninois en orbite internationale
Pour le patron de la culture, cet accord avec l’Afd dépasse les simples briques et le mortier. L’accompagnement à long terme adossé au crédit est conçu pour positionner le Musée d’Art Contemporain de Cotonou comme une plateforme d’exportation du génie plastique béninois.

Alors que la première échéance de remboursement est fixée au 24 décembre 2030 pour s’étendre jusqu’en 2045, le Bénin fait le pari audacieux de la maturité : s’endetter pour créer de la richesse par la culture. En sécurisant ce financement historique à la mi-juillet 2026, Cotonou s’assure de devenir, à court terme, la capitale incontournable de l’art contemporain en Afrique de l’Ouest.

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