Le Conseil National des Organisations d’Artistes (Cnoa) du Bénin a vibré, ce samedi 30 mai, au rythme du lancement officiel d’« Alitché ». Il s’agit du tout premier album de l’artiste chanteuse Somissou. Porté par le label Fifa Médiation, cet événement marque une étape décisive dans la carrière d’une voix singulière de la musique béninoise.
Après plus de dix ans à façonner son art dans l’ombre, Somissou est enfin montée sous les projecteurs pour présenter son premier opus, intitulé “Alitché”. Finaliste du concours Mtn Stars en 2007 et habituée de scènes prestigieuses telles que le Festival International des Arts du Bénin (Finab), le Prix Cultura Afrique francophone ou encore le Festival International d’Ottawa Jazz, l’artiste propose à travers cet album un voyage intime. Elle y raconte son histoire, celle d’une vie faite d’amour, de scènes, de concerts, mais aussi de nuits blanches et de doutes. Pour le label producteur “Fifa Médiation”, ce lancement revêt un caractère tout aussi symbolique. « Ce soir marque le retour de Fifa Médiation après de longues années de pause », a confié Marilyn Nelly Quenum, Directrice de production dudit label.
Forte de ses 25 années d’ancrage et d’engagement dans la culture du pays, la maison de production justifie le choix de Somissou par son « originalité » et son « authenticité ». L’ambition affichée est claire. Il s’agit de révéler ce talent au public local avant de la propulser vers l’international. Marilyn Nelly Quenum a d’ailleurs lancé un appel vibrant au public pour soutenir l’artiste, tant sur les plateformes d’écoute que financièrement.
Le chemin de la promotion artistique est loin d’être un fleuve tranquille. C’est un constat partagé par Alli Wassi Sissy, président du Conseil National des Organisations d’Artistes (Cnoa) du Bénin. Tout en saluant le courage des promoteurs dans un contexte économique difficile, il a souligné la complexité des réalités actuelles. « Aujourd’hui, avec la digitalisation, on ne peut plus se battre à deux », a martelé le président du Cnoa. Il a toutefois rappelé que la salle du Cnoa est en cours d’aménagement depuis plusieurs mois afin d’offrir aux artistes un espace adéquat pour leurs programmations ainsi que leurs spectacles.
Entre éloges des pairs et axes d’amélioration
Dans le milieu artistique, la performance et le parcours de Somissou ne laissent pas indifférents. Max Lolo, artiste chanteur et musicien, a tenu à saluer l’école de rigueur par laquelle Somissou est passée. Il s’agit notamment des cabarets, un lieu où l’on apprend véritablement. Confiant après seulement une heure de répétition en sa compagnie, il a loué une « bonne fusion » musicale portée par les percussions. Pour lui, l’avenir de Somissou réside désormais dans l’organisation des tournées.
De son côté, Jean Adagbénon, artiste chanteur et auteur-compositeur, témoin de son évolution, a rappelé le chemin parcouru. « Avant, elle ne faisait que du rock. Elle n’avait même pas de composition. Aujourd’hui, elle a de la composition », a-t-il fait remarquer. Tout en saluant son authenticité, il a néanmoins pointé du doigt un besoin de perfectionnement technique au niveau du mixage, estimant qu’un « bon dosage » est nécessaire pour marier la musique locale aux autres sonorités.
Un avis partagé avec plus d’exigence par Assy Kiwah, artiste chanteuse. Bien qu’elle reconnaisse en Somissou une « grosse pointure » vocale, Assy Kiwah s’est dite « restée sur sa faim ». Elle regrette un manque d’homogénéité dans le mixage lors du concert et s’interroge sur l’identité globale de l’œuvre. « À qui s’adresse l’album ? Quelle est la cible ? Il faut quand même quelque chose qui rassemble », a-t-elle souligné. Elle a néanmoins tenu à remercier chaleureusement Fifa Médiation d’avoir sorti l’artiste de l’univers des cabarets qui, selon elle, finit par « tuer l’artiste ».
Malgré ces critiques constructives propres au concert, l’émotion et l’espoir étaient au rendez-vous. En effet, la communauté artistique unit ses prières pour que le public béninois consomme “Alitché” « sans modération ».


