En septembre 2026, deux artistes béninois ont inscrit leur Adjapiano dans le paysage culturel belge, entre rencontres pédagogiques, expérimentations musicales et coopération des territoires. Une étape qui invite à penser la comme un espace de transmission et de dialogue.
C’était les 11 et 12 septembre, à Visé, en province de Liège, X-Time et Ghix étaient au programme de deux soirées organisées par l’Académie royale César Franck, en collaboration avec le centre culturel Les Tréteaux. Le 27 septembre, ils se produisaient à Roeselare, en Flandre-Occidentale, dans le cadre des relations de coopération entre cette ville belge et Dogbo, leur ville d’origine au Bénin. Trois rendez-vous, deux villes, et une même question en filigrane : que devient une musique béninoise lorsqu’elle quitte son territoire d’émergence pour rencontrer d’autres oreilles, d’autres pratiques et d’autres imaginaires ?
À VISÉ, LA RENCONTRE EN PLUS DE LA REPRÉSENTATION
Le programme imaginé à Visé avait ceci d’intéressant offrait deux soirées qui reposaient sur une mise en relation avec les pratiques musicales enseignées au sein de l’Académie royale César Franck.
Le vendredi 11 septembre, les sonorités traditionnelles et percussives devaient dialoguer avec la classe de djembé de M. Bodarwé et la classe de formation musicale de M. Flamand. Le lendemain, la classe de guitare rock de Mme Pietquin était appelée à rejoindre X-TIME et GHIX pour une rencontre entre les guitares amplifiées et les pulsations de l’Adjapiano. L’annonce de ces concerts, publiée dans la programmation culturelle de Visé, inscrivait explicitement ces deux dates dans un projet d’échange international avec le Bénin.
L’intérêt de cette démarche tient à ce qu’elle déplace la place habituellement accordée aux musiques dites traditionnelles. Au-delà de la perception d’être des vestiges patrimoniaux, elles entrent dans une relation vivante à la fois avec d’autres instruments, à travers de nouveaux apprentissages et en s’appuyant sur de nouvelles façons de composer.
Le dialogue entre les percussions et la guitare électrique mène, à cet égard, à un terrain d’expérimentation particulièrement fécond. Notamment en rendant possible la mise en abîme de leurs différences. Comment une structure rythmique issue du Gogohoun peut-elle se déployer dans un environnement instrumental qui vient d’une autre esthétique musicale ? Que conserve-t-elle de sa force première lorsqu’elle se transforme au contact de l’Amapiano et des sonorités du rock ? Et qu’est-ce que cette rencontre apprend, en retour, aux musiciens qui y prennent part ?
Ces questions donnent à l’étape de Visé une portée de recherche pertinente. La musique y est envisagée comme une pratique qui se pense, se transforme, s’apprend et se transmet aussi au contact de l’autre.
L’ADJAPIANO, UNE IDENTITÉ EN MOUVEMENT
Pour comprendre ce que X-TIME et GHIX apportent à cette rencontre, il faut revenir à la démarche qui les réunit. Leur proposition musicale s’inscrit dans un contexte où les artistes africains circulent entre des genres mondialisés et des héritages locaux, avec la nécessité de trouver une voix qui ne soit ni un simple prolongement des tendances dominantes ni une reconstitution figée du passé.
L’Adjapiano est né de cette quête. Le Gogohoun lui fournit un ancrage rythmique et culturel ; l’Amapiano lui garantit un terrain de développement dans les musiques urbaines contemporaines. Cette rencontre donne naissance à une signature qui entend affirmer une provenance sans s’interdire les déplacements.
Le concept a commencé à attirer l’attention de la presse culturelle béninoise dès 2024. Dans un article publié par Afrik.com le 2 novembre de cette année-là, le journaliste Dah Tché présentait l’Adjapiano comme une tendance en progression dans la musique urbaine béninoise, en soulignant la place de X-TIME et GHIX dans son émergence. La même année, leur collaboration avec Fanicko sur le titre « Ziguidi Wow » témoignait de la capacité du mouvement à susciter des rapprochements avec d’autres figures de la scène musicale nationale.
Cette trajectoire importe parce qu’elle permet de comprendre les concerts belges sont la preuve que leur proposition artistique cherche à inscrire des références béninoises dans des formes musicales contemporaines, accessibles à des publics qui n’en partagent pas nécessairement les origines.
C’est aussi l’expression de l’ambition des deux porteurs de ce mouvement. Après avoir travaillé à la viabilité du genre dans leur pays, en permettant que quelque artiste du Bénin puisse s’en emparer à sa guise ; l’enjeu semble être de faire de l’Adjapiano un genre qui s’émancipe de sa géographie de départ pour devenir, identifiable à travers le monde. Il est question de lui permettre d’exister comme une musique à part entière, susceptible d’être interprétée, discutée et réinventée au-delà des frontières béninoises.
À ROESELARE, LA MUSIQUE COMME LIEN ENTRE DEUX VILLES
Le 27 septembre, le déplacement vers Roeselare a donné à cette circulation une autre signification. Le concert de X-TIME et GHIX s’inscrivait dans les relations nouées entre cette ville flamande et Dogbo, au Bénin, liées par un accord de coopération conclu en 2010.
Dans un article consacré à cette relation, le média Het nieuws van West-Vlaanderen rapporte que les deux artistes se sont produits à Roeselare et ont travaillé, dans les jours précédant le concert, à la création d’une chanson et d’un clip consacrés au lien entre les deux villes. Le projet, commandé par la municipalité, a mobilisé les structures Afroton et Wurriversal pour la production et le montage, ainsi que des membres de l’association Dogbo-D.O.G.B.O.
La portée de cette initiative réside dans le choix du langage employé. Une coopération entre collectivités peut se traduire par des accords administratifs, des échanges institutionnels ou des projets de développement. Elle peut aussi chercher une forme sensible, capable de donner du pouvoir d’identification au-delà des cercles institutionnels et une voix qui puisse consolider les relations entretenues de part et d’autre.
La chanson et le clip s’inscrivent dans cette perspective. Les deux artistes proposent ainsi de raconter une relation entre territoires par le moyen d’une création artistique. Leur musique devient ici l’un des supports par lesquels cette histoire commune se rend perceptible, notamment auprès des jeunes générations.
En cela, X-Time et Ghix se font acteurs d’une coopération culturelle qui pourrait s’inscrire dans la pérennité structurelle, symbolique, culturelle, stratégique et relationnelle.
UNE CIRCULATION QUI SE PROLONGE AU-DELÀ DE SEPTEMBRE
Après l’étape belge, l’échange doit se poursuivre au Bénin en Juillet 2027. Notamment autour d’une création commune du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, associant de jeunes artistes, comédiens et musiciens belges et béninois, ainsi que d’un concert de X-TIME et GHIX.
Cette perspective donne une profondeur particulière aux rendez-vous de septembre 2026. Elle suggère que l’objectif est de construire une relation appelée à se poursuivre, à se déplacer et à produire de nouvelles formes de création.
En cherchant à faire entendre le Gogohoun autrement, X-TIME et GHIX parviennent à inscrire une mémoire rythmique béninoise dans les musiques urbaines d’aujourd’hui et ouvrir cette création à des rencontres qui la déplacent autant qu’elles la révèlent.

