Né de l’initiative de quatre stand-uppers béninois, Un soir pour oublier franchit une nouvelle étape en 2026. Après trois rendez-vous organisés entre mai 2025 et février 2026, l’événement s’est déployé sur plusieurs journées, avec une masterclass, un comedy club et une grande soirée scénique. Une évolution qui raconte aussi les transformations d’une scène humoristique béninoise en pleine mutation, en consolidation de sa structuration, de sa visibilité et d’expansion à de nouveaux publics.
QUATRE HUMORISTES POUR UNE MÊME VISÉE
Cette histoire débute avec Amour Aiou, Belronde Adjaho, Samuel Sabin et Cheoma Sossou. Quatre artistes qui pratiquent tous.tes le stand-up. Chacun.e possède déjà l’expérience d’un spectacle individuel.
Labellisé sous forme de collectif dénommé “VBH GROUP PLUS”, l’équipe choisit une logique de mise en commun. Réunir les énergies. Mutualiser les publics. Créer une soirée consacrée au rire pour faire vivre une expérience itérative.
Le premier rendez-vous a lieu le 31 mai 2025. Deux autres suivent, les 6 septembre 2025 et 14 février 2026. Ces trois dates ont suffi à installer une habitude. Le public découvre un rendez-vous régulier. Les organisateurs, eux, disposent d’un terrain d’expérimentation. Cette phase aura permis surtout d’affiner leur proposition. Faire rire un public construit autour de leur dynamique est le point d’entrée. Faire croître l’exigence de qualité de la scène locale en représente le challenge crucial.
DU SPECTACLE AU FESTIVAL
La quatrième édition marque un changement de dimension. Programmée du 1er au 5 septembre 2026, elle répartit les activités sur trois journées. Le programme associe transmission, découverte et spectacle.
Le 1er septembre, l’humoriste Pacheco anime une masterclass consacrée à la création de contenu. L’initiative ouvre le festival à une problématique devenue centrale pour les artistes : développer une présence au-delà de la scène.
Trois jours plus tard, le Comedy Club réunit les talentueux.ses Barboza, Auriol, La Souriante, Martial, Dah Coutonouton et Mab l’humoriste. Le format privilégie la proximité. Il offre aussi une place à plusieurs profils de la nouvelle génération humoristique béninoise.
Le 5 septembre arrive l’apothéose. Hermano Premier et Belronde Adjaho occupent le haut de l’affiche pour une grande soirée d’humour.
La programmation dessine une progression qui favorise une gradation pédagogique et créative. Apprendre. Découvrir. Monter sur scène. Puis réunir artistes et spectateurs autour d’un spectacle de plus grande ampleur.
UNE SCÈNE QUI CHERCHE ENCORE SON MODÈLE
Cette évolution intervient dans un contexte où l’humour béninois s’autonomise de plus en plus et avance progressivement vers ses propres moyens ou cadres de développement. C’est à cet endroit que l’expérience d’Un soir pour oublier devient intéressante. Le défi concerne la capacité d’un collectif à installer une marque culturelle, à renouveler ses formats et à construire une relation durable avec son audience.
L’équipe semble consciente du fait que le stand-up béninois a besoin de rendez-vous réguliers ; que les artistes locaux ont besoin de lieux pour s’exprimer ; que les nouveaux talents ont besoin de premières scènes pour exister ; et surtout, que le public doit pouvoir identifier des rendez-vous capables de revenir dans le temps pour pouvoir s’attacher au genre.
La quatrième édition d’Un soir pour oublier semble vouloir y contribuer à plusieurs échelons. Une journée de formation. Une scène dédiée à la découverte. Une affiche réunissant des artistes confirmés et émergents. C’est l’archétype d’une vision structurelle envisagée à long terme. Si l’initiative est encore à ses prémices, sa consolidation dépendra désormais de sa régularité, des moyens disponibles ou obtenus et de sa capacité à élargir son audience.
L’AMBITION D’UNE RECONNAISSANCE INTERNATIONALE
Le collectif affiche également une ambition plus étendue : renforcer la place des artistes béninois sur leur propre territoire afin d’être compétitifs en dehors. L’objectif touche à une question familière dans les industries culturelles africaines. Comment construire une reconnaissance locale suffisamment forte pour permettre ensuite une circulation internationale ?
Pour VBH GROUP PLUS, la réponse passe par la qualité des rendez-vous proposés au public béninois. D’après l’équipe, une scène locale solide représente le premier espace de légitimation d’un artiste. Cette exigence suppose surtout de construire dans la durée. D’autant qu’un public se fidélise par la régularité. Quant à une scène, elle gagne en identité lorsqu’elle devient un rendez-vous attendu. Et puis, les artistes, eux, progressent lorsqu’ils disposent d’espaces où présenter, tester et affiner leur travail.
L’enjeu consiste donc à installer une présence continue. Se saisir de cette programmation ponctuelle pour créer un événement. Une activité régulière pouvant créer une scène fiable et viable. C’est cette deuxième étape que le collectif semble désormais davantage vouloir explorer : faire d’Un soir pour oublier un rendez-vous capable de vivre dans le temps, de faire circuler les artistes ici comme ailleurs et de donner au public béninois des habitudes de fréquentation autour de l’humour.
L’histoire du Jamel Comedy Club offre, à cet égard, un précédent intéressant. D’abord la célèbre troupe d’humoristes, ensuite l’émission de télévision, puis une salle de spectacle parisienne fondées par l’humoriste et acteur Jamel Debbouze en 2006 : un tout qui aura servi à installer un espace identifiable pour une génération d’humoristes français, avant que plusieurs d’entre eux ne développent une carrière bien au-delà de ce premier cercle. Des initiatives comme le Marrakech du Rire ont ultérieurement montré comment l’humour pouvait changer d’échelle, passer du cercle restreint à un rendez-vous national jusqu’à une manifestation internationale capable d’attirer des artistes et des publics venus de plusieurs horizons.
Le contexte béninois possède évidemment ses propres réalités. Le pari va consister à construire progressivement un écosystème adapté au territoire béninois. Une programmation régulière. Des artistes accompagnés. Des collaborations. Des espaces de diffusion. Une relation durable avec les publics. Puis, lorsque les conditions seront réunies, des passerelles vers d’autres scènes africaines et internationales.
Cette ambition implique une certaine exigence artistique. La visibilité extérieure se construit à partir de plusieurs spectacles bien huilés. Elle repose sur un catalogue d’artistes, une identité éditoriale, une qualité de production et une capacité à inscrire les rendez-vous dans le temps.
À cette échelle, Un soir pour oublier apparaît comme une première brique. Le festival donne à voir une volonté de structuration. Sa pérennisation permettrait d’aller plus loin.
FAIRE DU FESTIVAL LE MOTEUR D’UN ECOSYSTEME
Cela dit, le développement d’un festival révèle des besoins qui dépassent son organisation. La communication crée de la visibilité. La production professionnalise les spectacles. Les partenariats facilitent l’accès aux moyens techniques. Les médias élargissent l’audience. Les entreprises peuvent, de leur côté, associer leur image à des initiatives culturelles capables de toucher une génération particulièrement présente sur les plateformes numériques.
Cette stratégie suppose un écosystème. Des producteurs. Des partenaires. Des médias. Des salles. Des diffuseurs. Des publics. C’est ce que le collectif espère susciter par sa proposition.
Et dans cette perspective, l’humour constitue un terrain intéressant. Sa production repose sur des formats relativement souples. Un spectacle peut vivre dans une salle, circuler sur plusieurs scènes, être extrait en séquences pour les réseaux sociaux ou toucher de nouveaux publics grâce aux plateformes numériques. Cette capacité de déclinaison ouvre plusieurs espaces de collaboration autour d’un même contenu.
Le cas d’Un soir pour oublier permet de percevoir les possibilités d’impact à en tirer. Le changement d’échelle de l’initiative fait apparaître aussi une réalité évidente : l’organisation progressive de ce festival ouvre un terrain fertile pour des collaborations fructueuses et pour une économie culturelle propice à se développer.

