À Abidjan, Cédric Tchinan développe une peinture attentive aux liens qui rapprochent les individus. Né en 1994, cet artiste visuel ivoirien construit un univers où la ligne, la couleur et les scènes de la vie quotidienne composent une réflexion sensible sur le collectif. Son travail place le « NOUS » au cœur de sa démarche et fait recours aux notions de la famille, l’amitié, le voisinage et la communauté. Que dit son parcours de son approche ? Et comment parvient-il à exprimer sa démarche créative ?
UNE FORMATION ANCRÉE À ABIDJAN
Formé au Lycée d’Enseignement Artistique de Cocody, Cédric Tchinan poursuit ses études à l’École des Beaux-Arts d’Abidjan, dont il sort major de sa promotion en 2020. La même année, il figure parmi les finalistes du Kuenyehia Trust for Contemporary Art et reçoit le premier prix du jury d’Abidjan au concours Super Talent Artistique.
Son parcours s’élargit ensuite à travers plusieurs expositions et manifestations à Abidjan, Paris, Lisbonne, Miami et Dakar. Ces différentes étapes accompagnent son inscription progressive dans les réseaux de l’art contemporain africain.
LA LIGNE COMME LANGAGE
Acrylique, pastel à l’huile, encre et techniques mixtes nourrissent son écriture picturale. La ligne occupe une place centrale dans cette pratique. Dans la ligne, on peut mettre la forme, le mouvement et le lien : elle contourne les corps, dessine les silhouettes, relie parfois les personnages et donne une direction au regard. Chez Tchinan, elle participe donc directement à la représentation des relations entre les êtres. Libre, dense et mobile, elle traverse les compositions et crée une continuité entre ses choix de figures.
Cédric Tchinan associe cette écriture graphique à des couleurs vibrantes et à des scènes inspirées du quotidien. Ses personnages évoluent dans des espaces de rencontre, de jeu, de partage et de proximité. Il représente ainsi des moments de vie, des groupes, et des scènes de proximité. Consacré aux relations humaines, son sens du trait devient ainsi une manière de représenter les liens qui se tissent entre les individus.
PEINDRE LE « NOUS »
Le travail de Cédric Tchinan s’intéresse aux expériences ordinaires qui construisent les souvenirs et la mémoire collective. Une réunion familiale, un groupe d’amis, des enfants en mouvement ou une scène de quartier deviennent des sujets picturaux.
La convivialité, l’affection, l’enfance et la proximité traversent ses compositions. Les gestes, les regards et les lignes organisent une circulation permanente entre les personnages. Chaque scène affirme une vision collective de l’existence, fondée sur les liens qui unissent les individus.
Cette attention au collectif inscrit son travail dans une réflexion aussi bien anthropologique, sociologique voire culturelle. Les scènes du quotidien deviennent des espaces où se racontent des manières d’être ensemble. La famille, l’amitié, le voisinage et la communauté prennent alors une dimension sociologique et culturelle. Ils témoignent d’un rapport au monde dans lequel les relations participent pleinement à la construction de l’identité. La place accordée à la communauté, à la famille et aux sociabilités quotidiennes peut entrer en résonance avec des formes de vie largement présentes dans les sociétés ivoiriennes et ouest-africaines. Il faut toutefois éviter d’en faire une caractéristique générale de « la culture africaine ».
UNE PRÉSENCE INTERNATIONALE
Depuis Abidjan, Cédric Tchinan construit sa visibilité à travers plusieurs circuits de l’art contemporain. Les galeries, les expositions collectives et les foires internationales constituent les principaux relais de cette ouverture.
En 2022, la 193 Gallery l’intègre à Babi est doux, une exposition consacrée à la création contemporaine ivoirienne présentée à Paris. La même année, la galerie porte son travail à ARCO Lisboa, au Portugal, et à Scope Miami Beach, aux États-Unis. Ces deux rendez-vous l’inscrivent dans le circuit international des foires d’art contemporain.
Cette circulation se poursuit en 2023 avec Afirika Artfest à Paris, puis en 2024 avec des projets à Dakar, Genève et Abidjan. Son parcours relie ainsi plusieurs espaces de diffusion : la scène artistique ivoirienne, les galeries européennes, les foires internationales et les réseaux consacrés à l’art contemporain africain.
Cette trajectoire donne à son travail plusieurs points d’entrée auprès des publics, des collectionneurs, des galeries et des acteurs de la scène contemporaine. Elle accompagne également la diffusion d’un langage pictural fortement associé à Abidjan et aux expériences communes qui nourrissent son œuvre.


