BENIN SLAM AWARDS : LE SLAM BENINOIS COMMENCE À ÉCRIRE SA PROPRE HISTOIRE

Récompenser les artistes est une chose. Reconnaître une scène, son parcours, ses œuvres et celles et ceux qui l’ont construite en est une autre. Avec les Benin Slam Awards, le slam béninois se dote pour la première fois d’un espace où il peut à la fois se célébrer, se regarder et commencer à penser sa propre histoire.

Il y a des moments où une pratique artistique change de statut sans nécessairement changer de nature. Le slam reste du texte, de la voix, du corps, de la scène et de cette relation particulière avec un public. Mais lorsqu’une discipline commence à produire suffisamment d’œuvres, de figures, d’événements et de parcours pour faire l’objet d’une cérémonie de récompenses, une évolution est évidente dans le regard que l’on porte sur elle. Et cela peu importe qu’il soit mainstream, populaire, ou draine des foules de masse ou non. L’impact d’une telle initiative se veut graduelle, progressive et s’envisage dans la durabilité.

C’est dans cette dynamique que s’inscrivent les Benin Slam Awards, initiative portée par Ezéchiel Akomowo. L’enjeu dépasse donc assez largement la distribution de trophées. Pour une scène qui s’est construite au fil des scènes ouvertes, concours, festivals, spectacles, initiatives collectives et projets individuels, disposer d’un rendez-vous consacré à sa reconnaissance revient aussi à poser une question essentielle : qu’est-ce que le slam béninois est devenu ?

UNE DISCIPLINE QUI A CHANGÉ D’ÉCHELLE
Le slam béninois s’envisage désormais au-delà de la pratique de compétition performative initiée par l’américain Marc Smith. Au fil d’une vingtaine d’années d’existence au Bénin, il s’est développé autour d’une diversité de formats et de trajectoires : joutes oratoires, scènes slam, artistes de scène, albums, singles, clips, livres, événements, collectifs, collaborations et hybridations musicales. Cette évolution a progressivement déplacé le slam d’un simple exercice de prise de parole vers un espace de création beaucoup plus vaste.

Les catégories annoncées pour cette première édition en donnent un aperçu assez concret : Meilleur album slam, Meilleur clip slam, Meilleur événement slam, Meilleur groupe Slam 229, Meilleur livre slam, Meilleur single, Meilleur slameur, Meilleur.e ambassadeur·drice du slam, Meilleure slameuse, Révélation féminine slam et Révélation masculine slam. Derrière cette liste de distinctions se dessine une scène devenue suffisamment plurielle pour que ses différentes composantes puissent être observées séparément. Ces Awards donnent ainsi, volontairement ou non, une cartographie assumée de l’écosystème actuel.

LA RECONNAISSANCE QUI PASSE AUSSI PAR LA MÉMOIRE
L’une des particularités annoncées de cet événement réside dans la volonté de distinguer également des figures d’honneur ayant participé à l’histoire du slam au Bénin. Ce choix introduit une dimension importante : celle de la transmission.

La première personnalité dévoilée est Yolande Sego, présentée par les organisateurs comme « la mère des Slameuses » et comme la première femme à avoir pratiqué le slam au Bénin. Sergent Markus, présenté comme « le soldat immortel du Slam », figure également parmi les personnalités mises à l’honneur.

Au-delà des formules utilisées pour les présenter, l’intention est intéressante : replacer les artistes d’aujourd’hui dans une continuité. Toute scène artistique finit par avoir besoin de cette mémoire. Autant pour honorer ses anciens, que pour comprendre les chemins parcourus, les ruptures, les leçons acquises, les transmissions et les héritages. La reconnaissance des pionniers permet aussi aux nouvelles générations de savoir qu’elles n’arrivent pas dans un espace vierge.

LE VRAI DÉFI SERA APRÈS LE TROPHÉE
Une cérémonie peut créer de la visibilité. Elle peut également créer de la hiérarchie, susciter du débat et donner momentanément de la lumière à certaines œuvres ou certains parcours. Mais sa portée réelle se mesure dans ce qu’elle laisse après elle.

Les Benin Slam Awards auront donc à construire leur propre crédibilité au fil des éditions. La pertinence des catégories, la transparence des critères, la qualité du processus de sélection, la représentativité des différents courants de la scène et la capacité à faire émerger de nouvelles figures seront déterminantes. Car distinguer les meilleurs est une fonction parmi d’autres.

Une cérémonie comme celle-ci peut aussi devenir un outil de structuration : donner davantage de valeur aux œuvres produites, encourager les artistes à documenter leurs parcours, stimuler la professionnalisation, favoriser la circulation des créations et contribuer à construire des archives d’une scène dont l’histoire demeure encore largement dispersée. C’est probablement là que se trouve l’enjeu le plus durable.

Le slam béninois n’a plus seulement besoin de démontrer qu’il existe. Il peut désormais commencer à documenter ce qu’il est, reconnaître ce qu’il a été et décider de ce qu’il souhaite devenir.

Les Benin Slam Awards ne feront pas cette histoire à eux seuls. Mais en créant un moment où une scène accepte de se regarder elle-même, de distinguer ses œuvres, de nommer ses figures et de rappeler ses héritages, ils participent à une étape importante : celle où ce mouvement artistique commence à prendre conscience de sa propre densité.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *