Sous le regard d’Ousmane Alédji : La culture béninoise s’impose comme le nouvel empire de l’esprit

De passage sur le plateau de l’émission “L’Entretien du Dimanche” diffusée ce 30 août 2026 sur Eden Tv, Ousmane Alédji, écrivain et dramaturge, s’est livré sans détour à l’animateur Oumar Adégnandjou. Le dramaturge a fait une analyse lucide d’une mutation artistique où la volonté politique, la rigueur professionnelle et la quête d’universalité se croisent pour façonner le Bénin de demain.

Le ton est à la fois posé et passionné. Figure incontournable de la création contemporaine, Ousmane Alédji n’hésite pas à qualifier de « véritable révolution » le tournant culturel amorcé par le Bénin depuis une décennie. Pour l’ancien chargé de mission à la Présidence de la République, cette dynamique s’explique avant tout par l’implication directe du sommet de l’État. « Nous sommes dans une réelle révolution, et l’expression n’est pas exagérée. Ce qui manquait auparavant, c’était des interlocuteurs de qualité face aux professionnels sectoriels. Depuis 2016, l’interlocuteur privilégié se trouve être le chef de l’État lui-même. Quand un président de la République porte une cause et témoigne son intérêt pour la culture, cette dynamique contamine tout le reste. C’est ce réveil général que j’appelle une révolution », précise-t-il. Selon lui, l’existence d’un interlocuteur privilégié au plus haut niveau a suscité un réveil général parmi les acteurs du secteur.

Si les événements populaires captent la lumière, Ousmane Alédji invite à ne pas confondre l’animation éphémère et la véritable structuration sectorielle. Interrogé sur la portée des “Vodun Days”, l’intellectuel remet les priorités en perspective. Pour lui, l’attractivité touristique sert de vitrine, mais l’élément fondateur réside dans la construction de grands musées modernes à Abomey, Porto-Novo ou Ouidah. Ces édifices bâtis aux normes internationales créent des emplois pérennes et posent les bases d’une économie culturelle solide.

Cette prudence s’applique également à la gestion du patrimoine spirituel et traditionnel. En évoquant la prise en charge de la fête de la Gani à Nikki par les agences étatiques, l’homme de lettres met en garde contre une présence trop étouffante des pouvoirs publics. L’État doit faciliter l’organisation puis s’effacer discrètement afin de préserver l’authenticité et le caractère sacré de ces cérémonies ancestrales. « Le Bénin possède une chance extraordinaire. Nos cultes et nos traditions constituent un vivier inépuisable pour la création. Quand un artiste béninois monte sur scène, son timbre, son rythme et le souffle de sa voix sont inimitables. Mais pour conquérir le monde, le talent et la passion ne suffisent pas : il faut l’arrogance d’aborder la création avec la rigueur d’une véritable entreprise », souligne le dramaturge.

La professionnalisation comme remède à la précocité des carrières
Le Bénin possède une identité culturelle plurielle et une musicalité singulière qui captivent les scènes mondiales. De la consécration d’Angélique Kidjo aux distinctions littéraires ou théâtrales d’artistes émergeants, les talents béninois rayonnent. Toutefois, Ousmane Alédji refuse tout triomphalisme aveugle et appelle la jeune génération à la rigueur. En effet, face au manque de projection de certains créateurs et aux dérives du misérabilisme, le dramaturge livre une charge lucide sur la réalité des carrières artistiques. « L’on n’est pas artiste parce que l’on a le droit d’être une nécessité de peser sur la République. Si ce que vous faites ne suffit pas à vous nourrir, faites autre chose à côté ou changez de métier. Un artiste se doit d’être professionnel, d’avoir de l’ambition et l’arrogance d’aller conquérir le marché mondial au lieu de s’enfermer dans son micro-terroir », explique-t-il.

L’écrivain dénonce la tendance des créateurs à s’enfermer dans des marchés communautaires réduits au lieu de concevoir des œuvres capables de séduire le monde entier. Il martèle que l’art est un métier à part entière qui exige une approche entrepreneuriale méthodique. L’État n’a pas vocation à servir de système d’assistance sociale aux artistes n’ayant pas anticipé leur carrière. L’urgence réside dans l’émergence d’une véritable industrie culturelle dotée de producteurs avertis, capables d’orienter les talents vers le marché global. « Le marché mondial est demandeur de diversité. J’ai envie de dire aux plus jeunes : ne vous enfermez pas dans de micro-marchés communautaires sous prétexte d’ancrage local. Ayez la prétention et l’arrogance d’aller à la conquête du monde avec votre identité », invite-t-il.

Un appel à l’engagement des communes et aux investissements majeurs
En abordant l’avenir du théâtre et des arts vivants, le dramaturge insiste sur la décentralisation de la création. Si l’État central déploie des programmes structurants comme les classes culturelles, les municipalités doivent désormais prendre le relais. Les communes et les arrondissements ont le devoir d’animer leurs propres territoires pour offrir des scènes permanentes aux comédiens.

Pour soutenir cet élan vital, Ousmane Alédji lance un appel vibrant aux autorités publiques et aux décideurs afin qu’ils accroissent les budgets alloués à l’animation artistique. Même si les bases d’un écosystème solide sont en train de s’implanter, le financement demeure le véritable nerf de la guerre pour permettre au Bénin d’exprimer pleinement son gigantesque potentiel culturel.

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