« Les Archi-Textures » 2026 : Quand le théâtre redessine le quotidien du Mono

Né en 2022 de l’impulsion de l’Association “Tout Art Un Sens”, le projet « Les Archi-Textures » célèbre sa 5e édition et ce, du 20 juin au 12 juillet 2026. L’événement s’affirme comme un laboratoire incontournable d’innovation culturelle dans la ville de Comè et dans tout le département du Mono. En transformant les places publiques, les écoles et les marchés en scènes vivantes, cette initiative rapproche l’art des populations et opte ainsi pour l’insertion des jeunes. Nous vous proposons, à travers cette interview exclusive, une rencontre avec le promoteur d’un festival écoresponsable et engagé, qui place cette année la création au féminin au cœur de ses débats.

Codjo Donatien Sodegla, Président de l’Association “Tout Art Un Sens”

Pour commencer, pouvez-vous vous présenter et nous résumer en quelques mots l’histoire et la mission principale de l’association Tout Art Un Sens ?
Je m’appelle Codjo Donatien Sodegla. En tant que Président de l’Association “Tout Art Un Sens”, je porte une conviction profonde. Pour moi, la création artistique est l’un des plus puissants leviers de transformation humaine, sociale et économique pour nos territoires. À travers le théâtre, la danse, la musique et les arts visuels, notre collectif va à la rencontre des communautés pour éveiller les consciences et éduquer. Nous mettons la culture au service des grands défis de notre époque : de l’éducation à l’agriculture durable, en passant par l’équité de genre, les énergies renouvelables, l’autonomisation des femmes et des jeunes, et l’accompagnement des plus vulnérables. Notre ambition est simple mais essentielle. Il s’agit, pour nous, de faire de l’art un moteur de changement positif et inclusif.

C’est pour incarner cette mission au plus près des populations que nous avons fondé, il y a plusieurs années à Comé, le Centre Culturel “La Fabrik”. Plus qu’un simple lieu, “La Fabrik” est un espace vivant dédié à la création, à la formation, à la diffusion artistique et à l’engagement citoyen, conçu comme un véritable carrefour d’innovation pour le développement local.

Le festival fête sa 5e édition cette année. Quel bilan majeur tirez-vous de ce parcours depuis 2022 ?
Quel est le grand bilan de ces dernières années ? C’est incontestablement l’adoption du festival par le Mono et le Couffo. Depuis notre lancement en 2022, nous sommes allés à la rencontre de plusieurs milliers de personnes. Nous avons vu de jeunes talents éclore grâce à nos formations. Par-dessus tout, nous avons réussi à faire de l’art un pont solide entre les populations et les dynamiques de développement local. Aujourd’hui, “Les Archi-teXtures” n’appartient plus seulement à ses organisateurs. En effet, il fait partie intégrante du patrimoine et du cœur des communautés.

Votre concept repose sur l’investissement des espaces du quotidien comme les marchés ou les écoles. Comment réagissent les populations locales à cette forme de théâtre de proximité ?
L’accueil des populations dépasse toutes nos attentes. En sortant des salles traditionnelles pour aller vers les gens, le théâtre retrouve sa vocation première : être accessible et vibrant. Les habitants se projettent immédiatement dans les sujets que nous portons, et le spectacle se prolonge par un dialogue direct avec eux. Chez « Tout Art Un Sens », nous refusons le principe du spectacle imposé d’en haut. Nous plaçons l’humain au cœur du processus. C’est en agissant ensemble qu’ils en viennent naturellement à se dire : “C’est notre projet, c’est notre histoire”.

Pour cette édition 2026, vous annoncez la formation de plus de 50 jeunes artistes. Quels critères ont guidé leur sélection ?
Pour cette édition, la direction du comité d’organisation est confiée à la coordonnatrice Nicole Wida. Son ambition est claire : placer l’humain au centre du processus en valorisant avant tout la motivation, le potentiel artistique (qu’il soit déjà affirmé ou en devenir), la disponibilité et l’engagement citoyen des candidats. Une attention toute particulière a également été portée à l’inclusion et à la promotion du leadership féminin. Sur le plan géographique, le projet s’enracine fièrement dans les départements du Mono et du Couffo à travers la représentation de plusieurs de leurs communes, tout en s’ouvrant largement aux autres régions du pays. Cette mixité territoriale est pensée comme une invitation au voyage, favorisant une précieuse confrontation d’idées et un dialogue culturel enrichissant.

La table ronde de cette année est dédiée aux « Voies Féminines au Théâtre ». Quelle est la réalité de la place des femmes dans les métiers de la scène dans le Mono et le Couffo ?
Bien que la présence des femmes s’affirme chaque jour davantage dans le paysage culturel béninois, un plafond de verre subsiste. Elles demeurent sous-représentées dans les métiers techniques de la scène et aux postes de décision. C’est une réalité particulièrement marquée dans les départements du Mono et du Couffo. Face à ce constat, cette table ronde se veut un espace d’expression et de solutions. Elle aura pour mission de mettre en lumière les parcours de ces actrices culturelles, de décrypter sans tabou les défis systémiques auxquels elles font face, et de susciter de nouvelles vocations auprès des jeunes filles afin qu’elles osent investir toutes les disciplines artistiques. Conçu comme le véritable carrefour scientifique du festival, ce rendez-vous intellectuel est placé sous la coordination de Paterne Tchaou.

Votre démarche intègre une forte dimension écoresponsable, notamment avec le recyclage pour la scénographie et les costumes. Comment cela se traduit-il concrètement sur le terrain ?
Au cœur de nos créations, nous faisons le choix conscient de donner une seconde vie aux matières. Décors, accessoires et costumes sont ainsi pensés à partir de matériaux recyclés ou réutilisables. Plus qu’une technique de fabrication pour limiter nos déchets, c’est une invitation que nous lançons aux participants et au public à s’unir à nous pour préserver notre environnement.

Avec un budget global de 19 400 000 FCFA, parvenez-vous à couvrir l’ensemble de vos ambitions, notamment pour les 30 représentations prévues ?
Ce budget pose des bases solides pour mener à bien nos actions phares et amorcer le déploiement de notre dispositif vers de nouveaux territoires. Néanmoins, face à l’ampleur du programme et à la densité des représentations prévues, la mobilisation de nouveaux partenaires reste une priorité. Renforcer nos soutiens nous permettra d’élever encore la qualité de nos interventions et de maximiser notre impact sur le terrain.

Au-delà des trois semaines de festival, comment comptez-vous pérenniser l’impact de ce projet pour en faire un véritable service public de proximité ?
Au-delà des rendez-vous ponctuels, notre ambition profonde est de faire battre le cœur de la culture au quotidien. À travers les formations que nous transmettons, les créations que nous portons sur scène, nos élans vers les communautés et la vie qui anime le Centre Culturel “La Fabrik”, nous nous engageons à maintenir une présence artistique continue. Nous croyons fermement que le théâtre et la culture ne sont pas de simples divertissements. Pour nous, ce sont des espaces vivants de dialogue, d’éducation et de développement. Notre vœu le plus cher est de les transformer en outils permanents, accessibles et utiles, pleinement ancrés au service des populations.

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