Après un moment de silence, l’Union Nationale des Professionnels de l’Action Culturelle du Bénin (Unapac) a officiellement relancé ses activités ce samedi 30 mai 2026 à la Bourse du Travail de Cotonou. Autour d’une table ronde cruciale, la corporation s’est réunie pour briser l’isolement, sensibiliser les administrations et tracer les bases d’une protection sociale digne de ce métier de l’ombre, pourtant pilier de notre mémoire collective.
C’est un vent de remobilisation qui a soufflé dans les travées de la Bourse du Travail de Cotonou ce week-end. Devant une assemblée de professionnels attentifs, de jeunes diplômés et d’invités d’honneur, l’Unapac a mis fin à une longue période d’inactivité due à des adhérents dispersés et des moyens limités. Comme l’a rappelé le discours d’ouverture, cette léthargie institutionnelle laissait place à un vide dangereux alors que le métier évolue à grande vitesse. Mais les contrats de travail restent flous et la protection sociale mal comprise. La Secrétaire Générale de l’Unapac, Christelle Djakpa, a d’emblée posé les jalons de cette renaissance avec une clarté remarquable. Pour elle, cette rencontre marque le début d’une action durable, transparente et concrète, axée sur la formation et la redevabilité.
« Aujourd’hui, nous n’avons pas tout résolu, mais nous avons fait quelque chose d’essentiel. Nous avons rappelé que le métier d’archiviste ne se limite pas aux rayons et aux dossiers. Il y a un contrat, une santé, un avenir à défendre, et cela, nous ne le défendons bien que collectivement. L’Unapac se remet en marche, pas pour faire du bruit, mais pour faire avancer des choses de façon concrète », a-t-elle expliqué.
Un métier stratégique victime d’une méconnaissance managériale
L’événement a bénéficié de l’expertise technique de Julien Fadonougbo, Secrétaire Général du Synass et cadre émérite de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (Cnss). Dans une intervention saluée par l’assistance, il a mis en lumière la valeur cardinale, quoique souvent ignorée par les dirigeants, de l’archiviste au sein des structures étatiques et privées. C’est grâce à leur rigueur dans le tri, la collecte et le rangement que la continuité du service public et la fluidité administrative sont assurées, quel que soit le volume documentaire.
Julien Fadonougbo a particulièrement insisté sur la responsabilité individuelle de chaque travailleur lors de la signature de son contrat : « L’archiviste doit pouvoir bien lire le contenu du contrat pour savoir si tout y est. Lorsqu’il y a des choses qui manquent, il doit pouvoir apporter ces aspects manquants pour sécuriser son emploi. Car, un contrat bien lu et bien conclu sécurise la trajectoire professionnelle jusqu’au licenciement ou la retraite. » Il a également appelé à une veille constante et à une sensibilisation accrue des dirigeants pour que les moyens nécessaires soient mis à disposition de ces spécialistes. Julien Fadonougbo a édifié l’assistance à travers le thème intitulé « L’archiviste au fil du temps : sécuriser son contrat, sa santé et son avenir ».
L’impératif de la protection sociale et de la retraite
Les débats, modérés avec brio par Irène Veglo, ont vivement fait réagir les participants sur les réalités du terrain. Zita Mehissou Gnidehoue, présidente de l’Association pour le Développement des Archivistes et Bibliothécaires du Bénin, a partagé une prise de conscience remarquée par beaucoup ce matin-là. Qu’ils soient fonctionnaires de l’État ou travailleurs libéraux, les archivistes ont découvert les mécanismes légaux leur permettant de cotiser à la Cnss et de s’assurer une pension de retraite décente.
« Même si c’est pour un mois de travail, il faut un contrat. Même si on s’entend sur une rémunération en dessous de ce que l’on mérite — que ce soit 80 000, 120 000 ou 150 000 FCFA —, il faut absolument un écrit pour être protégé et bénéficier un jour d’une pension. Les employés doivent avoir le courage et l’audace de l’exiger », a-t-elle souligné. Cette exigence de dignité s’adresse tout autant aux employeurs (directeurs de cabinets, archivistes seniors ou chefs d’entreprises). L’appel lancé est limpide : prendre soin de ses employés en se rapprochant de la Cnss n’est pas une charge superflue. Cela constitue un investissement direct dans la qualité et la productivité du travail rendu à la nation.
Une alliance stratégique pour l’avenir de la corporation
La grande révélation de cette journée réside sans nul doute dans la convergence des forces syndicales et associatives. Face à l’impossibilité légale pour l’Adbb (Association pour le Développement des Archivistes et Bibliothécaires du Bénin) de mener des actions de contestation ou de défense directe, un accord de partenariat se peaufine à l’horizon avec l’Unapac. Zita Mehissou Gnidehoue s’en réjouit ouvertement.
L’Association et le Syndicat vont marcher désormais main dans la main. Et ce, sur les chantiers complexes de la défense des droits, de la gestion des accidents de travail, des maladies professionnelles et de l’ajustement des carrières de tous les spécialistes de l’information documentaire. Avec un répondant syndical solide incarné par Christelle Djakpa, la corporation des archivistes béninois prouve qu’elle est bien décidée à prendre son destin en main, fidèle au nouveau mot d’ordre inscrit sur les fiers dépliants de l’union : « Se former aujourd’hui, c’est sécuriser demain. »


