Ombre indispensable derrière de grandes productions internationales et lumière inspirante à la réalisation, Arcade Assogba multiplie les casquettes avec une rare exigence. À travers sa structure “Kiti Kili Concept Sarl” et ses modules d’enseignement, il façonne activement le paysage cinématographique béninois contemporain. Zoom sur une trajectoire exemplaire en pleine effervescence.
Dans le paysage cinématographique ouest-africain, il est des visages dont la discrétion n’a d’égal que l’impact de leur travail. Arcade Assogba fait indéniablement partie de cette catégorie. Réalisateur, producteur, enseignant et chercheur, cet enfant du Bénin s’est imposé en deux décennies comme un maillon essentiel du septième art continental. Des bancs de l’Institut Cinématographique de Ouidah (L’Ico) jusqu’aux prestigieux salons du programme Deental@Cannes en 2022. Tel est le parcours de cet artisan de l’image qui conjugue, au présent, création contemporaine et transmission mémorielle.
Si la fiction lui permet d’explorer la plasticité des récits (à l’instar de son long-métrage “L’argile” sorti en 2023), c’est à travers le genre documentaire qu’Arcade Assogba fait vibrer sa fibre la plus profonde. Son cinéma ne se contente pas de divertir. Il interroge le territoire, les hommes et le temps. Sa dernière œuvre en date, “Cotonou-Gaya : L’ombre Des Rails” (2026), co-réalisée avec Soumaïla Haïnikoye, résonne comme une métaphore de sa propre démarche. Une allure qui vise à suivre les traces, observer les mutations socio-économiques et relier les peuples (ici le Bénin et le Niger). Cette acuité esthétique s’était déjà illustrée dans la monumentale web-série “Coco 2020” (121 épisodes), un miroir tendu sur le quotidien en temps de crise globale, mené de front avec l’Allemagne.
L’Érudit au service du patrimoine
Ce qui distingue fondamentalement Arcade Assogba de ses contemporains, c’est sa double
casquette de cinéaste et de chercheur. Actuellement doctorant à l’Université d’Abomey-Calavi, sous la direction du Professeur Romuald Tchibozo, il consacre ses recherches à un pan crucial mais trop souvent négligé de l’histoire culturelle. Il s’agit du « patrimoine cinématographique du Bénin à l’époque de la révolution marxiste (1972-1990) ». Cette quête de mémoire revêt également d’autres paravents académiques. Elle irrigue ses récentes publications scientifiques, notamment ses contributions parues dans deux ouvrages majeurs. L’un consacré aux politiques d’État et au cinéma en Afrique francophone (L’Harmattan, 2020), l’autre aux productions culturelles et cultuelles dans l’Atlantique Sud (Ird, 2020), dans lequel son chapitre est consacré à l’organisation socio-territoriale de la ville d’Agoué au Bénin, mémoire vive de la traite atlantique. Pour Arcade, comprendre d’où vient l’image béninoise est le seul moyen de lui inventer un avenir solide.
On ne peut comprendre l’importance d’Arcade Assogba sans se pencher sur sa biofilmographie technique. Avant d’occuper le fauteuil de réalisateur et de producteur, l’homme a appris et continue d’impulser depuis 2008 la rigueur des plateaux en tant que premier assistant réalisateur sur des productions internationales majeures : du poignant “Adu” (Espagne, 2020) aux séries populaires de Canal+ comme “Black Santiago Club” (2023), sans oublier la très attendue série “Chills” dont la sortie est prévue pour cette année. Il a également été le “fixer” et le directeur de production incontournable au Bénin pour des documentaires primés à l’international, à l’image de “No U-Turn” d’Ike Nnaebue (2022).
Aujourd’hui, à travers sa structure “Kiti Kili Concept Sarl”, il ne produit plus seulement ses propres films, il tend la main à la nouvelle génération. En transmettant son savoir à l’Ecole Nationale des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (Enstic) et à L’Institut National des Métiers d’Art, d’Archéologie et de la Culture (Inmaac) de l’Université d’Abomey-Calavi, Arcade Assogba s’assure que la relève cinématographique du Bénin possède les armes techniques et théoriques pour affronter les défis de demain. L’homme incarne cette figure moderne du cinéaste total en tant que chercheur pour sauvegarder le passé. Il est aussi le créateur pour raconter le présent, et producteur-enseignant pour sécuriser le futur. Une trajectoire exemplaire à suivre de très près.



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