Souvenir de l’esclavage/ Talon, Pliya et Chodaton : Ce trio pour ressusciter Ouidah 92

Souvenir  de l’esclavage/  Talon, Pliya et Chodaton : Ce trio pour  ressusciter Ouidah 92

Souvenir de la traite négrière. Photo: DR

JMC 2017

Le 33ème numéro du Vendredi des Patrimoines et du Tourisme (VPT) est un article- fiction, rédigé à partir de nos observations et investigations. Notre objectif en procédant ainsi est d’inviter d’une manière les autorités politico- administratives à attacher du prix à l’organisation de la journée internationale du Souvenir de la Traite Négrière et de son abolition.

Lisez

Vendredi 25 août 2017. Ouidah ! Esplanade du fort Français. Trois hommes assis dans un bar- restaurant, en plein air à une place publique. Ils ont pris le soin de s’installer à l’écart des autres clients de la buvette, loin du grand bruit. Peut- être, s’agit- il d’une mesure de sécurité, vu leur rang dans la société, dans la république. Leur positionnement porte à croire qu’ils sont arrivés à un rendez- vous d’affaires. Mais loin de là. Ils boivent et ils parlent de tout et de rien. Les éclats de rire sur leur visage expriment bien l’amitié et la fraternité qui les lient.

De l’autre côté, les autres clients sont aussi affairés que les trois amis. Ils le sont autant que le gérant et les servantes. Tel dans un marché, chacun s’occupe de son job.

Sagbohan Danialou, physiquement n’est pas sur les lieux. Mais il est tout de même présent. Chanteur – percussionniste célèbre du pays, les morceaux de Sagbohan font de lui un homme à don d’ubiquité. Tellement, il est présent partout dans les restaurants du pays de part sa musique. D’ailleurs, le DJ du bar manque vraisemblablement d’inspiration. Un client épuisé des agressions que lui inflige un chanteur dont tous ignorent l’origine et le type de musique intima l’ordre au gérant de la buvette de jouer un autre artiste. De préférence, un Béninois, connu de tous.

Les instants d’après, c’est la voix de l’homme orchestre qu’on entend en ces termes : « Les enfants les plus valides ont été arrachés ooh, au continent noir pour alimenter le commerce triangulaire…c’est un péché commun, entre acheteurs et vendeurs… C’est un péché commun entre Noirs et Blancs ».

La quintessence du rythme souleva une dizaine de clients de leur siège. De petits pas de danses au début, ils finissent par se rouler dans la musique. L’assistance les accompagne parfois par des ovations….

Sagbohan Danialou ne laissa personne indifférent. Les trois amis de l’autre bout observaient le spectacle offert par ces danseurs occasionnels. Ils applaudissent, eux aussi à l’instar des autres spectateurs. A leur manière quand soudain une conversation s’engage.
– Puisque Sagbohan en parle, je voudrais qu’on en parle, nous aussi, M. le président, lança Christophe Chodaton avec un brusque changement de mine.

– Parler de quoi ?, lui demanda, spontanément José Pliya…
– Tu n’entends pas le message de l’homme orchestre ? Aujourd’hui, nous sommes le 25 août. Mercredi dernier, c’était le 23 août, Journée Internationale du Souvenir de la Traite Négrière et de son Abolition.
– Et alors ?
– Et à fort !

A cet instant, Patrice Talon qui jusque – là ne s’est pas prononcé intervint.

– Christophe, je comprends le sujet que tu évoques. L’Etat n’a pas organisé une célébration officielle. C’est là, ta colère.
– Exact, M. le Président. Mais mon indignation va au – delà.
– Ah bon ! je t’écoute donc.
– Avant votre régime, celui du changement refondu a eu le même mépris par rapport à cette journée. On n’organise rien d’envergure de façon officielle pour honorer la bravoure des Noirs qui ont enclenché la révolution contre l’esclavage. Votre prédécesseur a fait cette monumentale erreur. Et vous, malgré le nom rupture que vous avez collé à votre régime, vous semblez la perpétuer.

A ces mots, un silence surgit. Les trois amis se fixent et se lancent de légers sourires.
– Christophe, j’ai appris dans les média que l’Union que tu diriges a tenu cette célébration. Il s’agit d’une organisation réussie, selon les commentaires des journalistes. L’un d’eux, intervenant sur un site web a affirmé que tu as pris la résolution avec ton association de tenir annuellement cette journée, avec ou sans l’Etat, affirme José pour relancer la discussion.

– Bien sûr ! c’est un devoir de mémoire. Et Patrice, euh, pardon, M. le Président le sait bien.

Cette année par exemple, la célébration s’est étendue sur deux jours. Au menu, plusieurs activités dont les plus importantes sont les conférences – débats, les visites sur les sites touristiques de Ouidah et la cérémonie officielle qui s’est déroulée à la Porte du Non Retour. Nos frères afro- descendants sont venus nombreux. L’un d’eux a fait un témoignage qui a donné la chair de poule à tous.

– Hounnnn, disent en chœur Patrice Talon et José Pliya.
– Raconte donc ! poursuit le Chef de l’Etat
– Ce frère afro- descendant s’appelle Emmanuel Gordien. Il est Guadeloupéen. Mais il est attaché à son histoire, à ses origines. Alors il se lança dans la recherche de ses sources. Il parcourut plusieurs pays : Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire et même le Tchad. Dans ses investigations, il sut que ses aïeux sont partis du Dahomey. Il foula alors le sol de notre Bénin. Après avoir été vainement à Allada, Zogbodomey, Ouinhi, c’est à Ifangni qu’il porta les yeux sur ses vraies origines. Cet Emmanuel Gordien est du village Zian et son vrai nom de famille est BOUHIKI. Il est un descendant de l’esclave numéro 2668, Georges Di Bouhiki. Grâce à ses recherches les familles COLIN et GORDIEN de la Guadeloupe ont désormais connaissance de leur vraie histoire COLIN et GORDIEN de la Guadeloupe ont désormais connaissance de leur vraie histoire.   Comme Emmanuel, près de 350.000.000 arrières – petits fils d’esclaves noirs sont à la recherche de leurs origines, de leurs vraies histoires. Je pense que les Etats africains ont l’obligation de leur donner des occasions de découverte de leur terre d’origine. Le 23 août de chaque année est une belle opportunité que l’Unesco nous a offerte pour cette fin.

– Aaah ! c’est touchant, son histoire. Mais, concrètement qu’est- ce que cette célébration apporterait à l’Etat et puis aux Béninois ? Pourquoi l’Etat décaisserait de sous pour juste une formalité de fête, vocifère José Pliya.

– Mais l’Etat sort de l’argent pour la fête de la musique ! Connaissez- vous comment cette fête a été instituée ? L’Etat décaisse de l’argent pour les tables rondes. L’Etat décaisse de l’argent pour les tournées de sensibilisation de son programme d’action. L’Etat décaisse…

Christophe ne termina pas cette phrase. Patrice Talon lui prit la parole :

– Le peuple béninois a besoin de tout sauf d’une fête ou d’une occasion qui lui rappellera un passé pas trop glorieux, cher Christophe.
– Vraiment ? Le 23 août est une journée pour commémorer le courage des peuples noirs ; c’est une occasion pour chanter la liberté conquise au prix du sang. C’est un passé d’honneur et de gloire. M. le Président, vous voulez faire la promotion du tourisme. Le 23 août est une période d’affaire, de bonnes affaires pour le tourisme, ne serait- ce pour nos afro-descendants. J’espère que vous connaissez les répercutions de Ouidah 92. Il faut créer, démultiplier Ouidah 92. Et cela, José devrait le savoir et vous le notifier.
– Pourquoi, moi ?
– Parce que tu es le directeur général de l’agence des patrimoines et du tourisme. Dans ton planning annuel, tu dois inscrire le 23 août. Si nous voulons faire du tourisme, c’est par là, il faut commencer. Du tourisme local pour les élèves, étudiants, enseignants, la jeunesse à la faveur de cette journée. Ton agence doit prendre des initiatives pour imprimer dans le quotidien des Béninois l’histoire vraie de leur pays. Le 23 août est une belle occasion, outre le 10 janvier. J’en ai fini. Je ne veux plus parler. Je n’ai même pas eu la présence d’un représentant du ministère du tourisme à Ouidah le mercredi passé. J’en sors meurtri et reste vraiment déçu.

Esckil AGBO

Lire aussi dans cette catégorie :