Actrice en pleine ascension, révélée par la série Askip, le collège “se la raconte”, remarquée dans Comme des adultes et attendue dans Karma, trop jeunes pour se taire (2026), Fiona Houssou incarne une génération d’artistes hybrides, à la croisée des études et de la création. De passage à Cotonou à l’occasion de la 4ᵉ édition du Festival international des films de femmes (FIFF) 2026, elle revient sur son parcours, ses choix et sa vision du cinéma au féminin.
Vous poursuivez des études en management tout en menant une carrière d’actrice. Comment parvenez-vous à concilier ces deux trajectoires ?
J’ai toujours eu un profil très académique, avec l’ambition de suivre de longues études. Mais à un moment donné, j’ai ressenti le besoin de donner une dimension concrète à ma passion pour le jeu, que ce soit au théâtre ou à l’écran. J’ai donc commencé à passer des castings, et très rapidement, une opportunité s’est présentée avec un contrat de deux ans sur une série diffusée par France Télévisions. Il n’était pas question pour moi d’abandonner mes études. J’ai donc trouvé un équilibre : l’université en période scolaire, les tournages pendant les vacances. Il m’est arrivé, à de rares occasions, de m’absenter pour des raisons professionnelles, mais j’ai toujours bénéficié de la compréhension de mes enseignants. Par la suite, j’ai également tourné les week-ends, notamment dans des courts métrages ou au sein de mon collectif artistique, Nouvoné. Ce rythme demande de la rigueur, mais la passion rend les choses plus naturelles, parfois exigeantes, mais souvent très stimulantes.
Vous revendiquez une formation “sur le terrain”. En quoi votre expérience dans la série Askip a-t-elle été structurante pour votre parcours ?
Avant cela, j’avais suivi quelques années de théâtre durant ma scolarité, mais sans formation professionnelle spécifique. Askip a été une immersion directe dans le métier. Être confrontée très tôt aux réalités d’un tournage, l’attente, la rigueur, les contraintes techniques, les imprévus m’a permis d’apprendre rapidement et efficacement. C’était aussi une première expérience d’autonomie, avec des périodes de tournage loin de ma famille dès l’âge de 18 ans. Cette immersion a été déterminante dans ma construction, tant personnelle qu’artistique. Ensuite, les projets indépendants, notamment les courts métrages réalisés avec des équipes passionnées, ont contribué à consolider ces acquis. Chaque expérience a compté dans l’actrice que je deviens aujourd’hui.
Vos expériences dans les courts métrages et dans Comme des adultes ont-elles contribué à façonner votre identité artistique ?
Absolument. Les courts métrages sont souvent sous-estimés, alors qu’ils représentent un véritable laboratoire de création. Ils sont portés par de jeunes talents, parfois autodidactes, qui s’investissent sans rémunération, uniquement par passion. Cela force le respect. Ces projets m’ont permis d’explorer des rôles très différents de celui de Victoire dans Askip ou dans Karma. Comme des adultes, par exemple, est né d’une collaboration avec des amis de lycée : nous avions 16 ans à l’époque. Aujourd’hui, nous avons grandi ensemble, et cette dynamique nous a conduits à structurer notre démarche en créant le collectif Nouvoné. Nous continuons à nous former, notamment en production, avec une vision plus affirmée de nos ambitions artistiques.
Votre participation au FIFF 2026 à Cotonou semble vous avoir particulièrement marquée. Qu’en retenez-vous ?
C’est une expérience très forte. Je suis d’origine béninoise par mon père et camerounaise par ma mère, même si j’ai grandi en France. Participer à un festival qui valorise les femmes africaines dans le cinéma a été profondément significatif pour moi. Au-delà des projections, ce sont surtout les rencontres qui m’ont marquée. J’ai pu échanger avec des figures inspirantes comme le professeur et comédien Atisso Médessou, l’actrice Aïssa Maïga, la réalisatrice Kismath Baguiri, ou encore l’acteur Djomion. Sans oublier Cornelia Glèlè, à l’initiative du festival. Ces échanges ont renforcé mon lien avec le cinéma béninois, que je connaissais encore peu. C’est une véritable fierté d’avoir pris part à cet événement.
Quel rôle jouent, selon vous, les festivals dédiés aux femmes dans l’industrie cinématographique actuelle ?
Ils sont essentiels. Ce type de festival dépasse largement le cadre du divertissement : c’est un puissant outil de visibilité et de reconnaissance. Il permet de mettre en lumière des voix que l’on entend encore trop peu, notamment celles des femmes africaines. Il est crucial que le regard féminin soit pleinement représenté dans le cinéma mondial. Non pas pour remplacer un autre point de vue, mais pour l’enrichir. Les perspectives féminines et masculines ne s’opposent pas, elles se complètent. Mon souhait est que les femmes occupent une place encore plus affirmée et incontournable dans cette industrie.
Comment percevez-vous aujourd’hui la place des femmes dans le cinéma ?
Il y a eu des avancées significatives ces dernières décennies, c’est indéniable. Les femmes sont plus visibles, plus présentes. Mais il reste encore du chemin à parcourir pour atteindre un véritable équilibre. Renforcer cette présence permettra non seulement de valoriser leur contribution, mais aussi d’encourager davantage de femmes à s’engager, à prendre des initiatives, à raconter leurs propres histoires.
Entre vos études et votre carrière artistique, envisagez-vous de développer vos propres projets à l’avenir ?
C’est déjà en réflexion. Je suis actuellement en année de césure à Cotonou, où j’effectue un stage dans le secteur bancaire. Cette expérience m’a permis de confirmer que je souhaite évoluer dans un environnement plus créatif. L’objectif est donc de relier mes études à ma passion. Je prévois d’intégrer un master en stratégie et innovation dans les industries créatives à Paris. À long terme, j’aimerais développer mes propres projets, que ce soit en production ou en entrepreneuriat culturel. Garder un lien fort avec le cinéma est une évidence pour moi, c’est là que je me projette pleinement.


