Bénin-Arts plastiques : « Déambulations urbaines » en exposition au Centre

L’espace culturel et artistique Le Centre abrite du 8 février au 9 mai 2020 à Lobozounkpa, une exposition collective issue de trois semaines de résidence avec les artistes Joannès Mawuna, Richard Di Rosa et Eric Médéda.

Les artistes Joannès Mawuna, Richard Di Rosa et Éric Médéda exposent à l’espace culturel et artistique Le Centre, à l’issue d’une résidence de création de 3 semaines. Différemment pensées et élaborées, les œuvres de cette exposition collective gravitent autour du thème : « Déambulations urbaines ». Une vidéo-performance, des sculptures, des séries de dessins et de photographie sont les composantes de cette exposition collective dont la principale muse est le quotidien.

Postées aux murs de la galerie, les œuvres du photographe béninois Joannès Mawuna suscitent curiosités et questionnements. Au-delà de sa technique exquise, l’omniprésence de femmes dans ses œuvres captive l’attention.Intitulée « Ne suis-je pas une femme ? », cette série de photos met en lumière des femmes exerçant des métiers dits d’hommes dont la soudure, la conduite de taxi-moto communément appelé « Zémidjan », la fonderie, la mécanique auto et bien d’autres métiers qui exigent l’usage de la force. A travers cette série, le photographe remet en cause la conception du rôle de la femme dans la société. Comme quoi la force vient du mental et non de la forme physique et encore moins du sexe d’une personne. Soit pour juste livrer une information ou inciter les femmes à briser des barrières, il est quand même indéniable que ces œuvres font échos au féminisme. Le titre « Ne suis-je pas une femme ? » est d’ailleurs assez évocateur. En référence à un discours prononcé en 1851 par Sojourner Truth, une abolitionniste et féministe noire américaine à la Women’s Convention de Akron. « Inciter celles qui doutent encore ou pensent qu’elles ne peuvent pas, à voir les choses autrement » dira-t-il pour expliquer sa démarche artistique.

S’illustrant de plus en plus par la performance artistique, le plasticien béninois Eric Médéda a, cette fois-ci, exploré un nouveau médium qui est ‘’la vidéo performance’’. Intitulée « Mélodie céleste », cette vidéo d’1min 56 secondes est un cri de cœur. Elle s’ouvre sur des images de mains qui jouent au piano. Mais en lieu et place de la résonance des notes de clavier, c’est plutôt des sons de fusils qui retentissent. Des retentissements assourdissants qui interpellent. Pour Eric Médéda, l’orgue est l’instrument de musique se rapprochant le plus de la thématique céleste compte tenu de sa prédominance dans la plupart des cultes religieux. Ces coups de canon font aussi le lien entre les guerres, les fléaux et autres calamités que cautionnent les dirigeants du monde, selon les dires de l’artiste béninois. Dans ce rapport de violence, Eric Médéda met en exergue l’indifférence des uns et des autres. « Nous assistons permanemment à la dévastation de ce monde, sans pour autant y remédier » se désole-t-il.

« Quand je suis venu, j’ai essayé d’avoir un esprit neutre. C’est-à-dire ne pas avoir de projet. Ça a vraiment été de la déambulation parce que je me suis promené dans le quartier » a confié Richard Di Rosa. Artiste sculpteur et l’un des principaux instigateurs du mouvement français « Figuration libre », celui qu’on surnomme « Buddy » n’a pas cherché loin. S’inspirant de son environnement immédiat, Richard Di Rosa s’est laissé guider par des éléments de son entourage. C’est ainsi qu’il réalise 4 sculptures et une série de dessins afin de restituer son séjour au Bénin et plus précisément au quartier Lobozounkpa. « Echelle de Buddy » en hommage à l’œuvre « Echelle de Jacob » réalisée au Centre par l’artiste béninois Niko. Aussi s’est-il intéressé à la femme. Ici, l’artiste sculpte un objet commun à tous les ménages béninois : La marmite. Installée dans la deuxième salle de la galerie au côté des photos de Joannès Mawuna, cette sculpture fait écho au rôle prépondérant de la femme dans la société.Richard Di Rosa n’a pas manqué de faire un clin d’œil au patrimoine cultuel du Bénin. Les sculptures « La Récade du Tonnerre » et « Les jumeaux » en sont la preuve. Très admiratif de cette croyance, il a tenu à la matérialiser.

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