Le thème de l’édition 2026 du Festival Afropolitain Nomade interroge la résonance des mondes. Dans sa démarche curatoriale, le festival privilégie des œuvres ancrées dans le vécu, le territoire et le corps, inscrites dans une recherche identitaire profonde. Il s’agit de refuser le spectaculaire gratuit au profit de propositions sincères, parfois inachevées, en transformation, où le public devient témoin plutôt que simple consommateur.
Au cœur de la programmation, le Festival Afropolitain Nomade revendique un espace de dialogue autour des narrations postcoloniales. Cette orientation répond à une lecture lucide du monde contemporain. Les cultures africaines, afro-descendantes et autochtones, longtemps marginalisées dans les récits dominants, continuent pourtant de structurer nos sociétés. Les placer au centre n’est pas un geste identitaire, mais un geste de vérité, face à un monde traversé par les migrations, les héritages coloniaux non résolus et de profondes recompositions culturelles.
L’enjeu n’est pas de traiter ces narrations comme un thème figé, mais comme des dynamiques vivantes qui façonnent encore aujourd’hui les rapports sociaux, les relations à la terre, aux langues et aux corps. Trois axes structurent cette réflexion. La première, la propriété du récit, la représentation et la transmission. Qui raconte l’histoire ? Comment sortir des esthétiques folklorisées ou fétichisées ? Que choisit-on de conserver, de réinventer ou d’abandonner ? Le Festival Afropolitain Nomade se veut ainsi un lieu de désapprentissage et de remise en question, où la parole est rendue à celles et ceux qui, trop longtemps, ont été réduits au silence ou relégués au rôle de décor.

La création in situ comme choix artistique
Les résidences occupent une place centrale dans ce dispositif. Le choix de la création in situ repose sur une conviction forte et souvent partagée que les œuvres ne naissent jamais finies. Elles se construisent dans le dialogue, le doute et le frottement entre les artistes, le territoire et les partenaires. L’accompagnement des artistes est pensé de manière globale et sur mesure, intégrant un suivi artistique personnalisé, un soutien logistique et humain, ainsi que des temps de repos et d’échange non productifs. L’ambition, c’est d’offrir aux artistes un cadre où ils ont le droit d’essayer, de ne pas savoir et d’être vulnérables.
Pour cette édition 2026, le choix des artistes invitées illustre parfaitement l’esprit du festival. La rencontre entre Jahelle Bonee, artiste afro-contemporaine ivoirienne, et Anachnid, créatrice sonore autochtone, incarne cette volonté de mettre en dialogue des traditions blessées par l’histoire, mais toujours vivantes et en constante réinvention. Leur collaboration promet une expérience sensorielle intense, où textures vocales, rythmes et dramaturgie sonore ouvrent un espace tiers, ni dominant ni dominé, mais résolument neuf.
Montréal, territoire d’écoute et de tensions créatrices
Ancré à Montréal, le festival trouve dans cette ville fractale un terrain particulièrement fertile. Ville de passages, de métissages et de négociations identitaires permanentes, Montréal offre un espace d’écoute propice aux esthétiques afro-diasporiques et autochtones, tout en assumant l’inconfort nécessaire à toute véritable rencontre. Les collaborations avec des lieux partenaires majeurs tels que le Musée McCord-Stewart, Nyata Nyata et la Fonderie Darling témoignent de la reconnaissance croissante du festival au sein de l’écosystème culturel montréalais. Elles participent à inscrire durablement ces pratiques dans des espaces institutionnels tout en les reliant à des communautés souvent éloignées des circuits muséaux traditionnels.

