POURQUOI YEWHE YETON ET OPA MÉRITENT LE PRIX DECOUVERTE RFI ?

Chacun d’eux est le reflet d’une nouvelle intention créative actuelle du pays. En effet, la musique urbaine béninoise évolue de plus en plus avec une volonté d’hybridation stylistique que d’imitation. Les uns vont puiser dans les héritages ancestraux existants pour les transcrire (Yewhe). Les autres en hèlent les influences pour les transposer (Opa). En cela, ces deux finalistes du Prix Découvertes RFI démontrent que la scène béninoise fait coexister plusieurs dimensions contemporaines musicales et possède une maturité esthétique capable de se dénicher une place d’intérêt dans le paysage musical mondial.

YEWHE YETON OU LA VIBRATION DES ORIGINES
Son approche nous réconcilie avec le patrimoine immatériel rythmique, oral, sonore de nos contrées terreuses. Celui-ci devient la matière première de sa création qui tente d’en porter les codes, les textures, les leçons philosophiques, les valeurs idiomatiques et les quêtes d’autosatisfaction ou d’amour-propre. Sa force réside dans sa capacité à s’emparer des structures polyrythmiques et les gammes pentatoniques issues des traditions béninoises pour les déployer dans un cadre hip-hop mêlé d’atmosphères rock.

L’utilisation de percussions traditionnelles, définit le squelette de ses compositions qui se font transmetteuses de nostalgie et d’intemporalité. Son rap frénétique déferle en étant enrôbé de modulations héritées de nos chants dévotionnels, d’inflexions qui s’alignent aux fréquences ancestrales. Ainsi, sa musique incarne une dimension immersive, capable de captiver un auditoire international par la pulsation, la pulsion et l’impulsion de son intention émotionnelle.

OPA OU L’ÉQUILIBRE DES INFLUENCES URBAINES

Storytelling du coeur, voix de sensibilité intime, il incarne une vision de la musique béninoise où la fusion des nuances de genres africains contribue à preserver la suavité vocale. Ici l’Afro s’articule harmonieusement avec les nuées R’N’B. Une fusion moderne, sensuelle et rythmée, caractérisée par des mélodies douceureuses portées par des percussions sous-jacentes mais percutantes et des basses syncopées. C’est avec ce style hybride, qu’il propose des vibes entraînantes idéales pour le corps-à-corps dansé et les ambiances lounge and love.

Là où d’autres se contentent de superposer des genres, Opa fusionne les structures. On retrouve dans ses productions une intégration fluide de lignes de basse héritées du Highlife ou de l’Afrobeat, couplées à des harmonies davantage issues du jazz ou de la néo-soul. Le tout organisé autour de son élégance mélodique R’N’B aux paroles qui valorisent la musicalité des langues locales. Cette complexité harmonique restitué dans une perspective d’apparence légère permet à ses compositions de respirer, de happer une cible élargie tout en offrant plusieurs niveaux de lecture aux mélomanes avertis.

AU FINAL…
Yewhe Yeton et Opa disposent d’atouts différents pour remporter ce Prix Découvertes RFI. Partant de leurs trajectoires esthétiques, de la consolidation de leur public grandissant, de leur capacité scénique à manifester une présence communicative. L’un enracine le futur dans la puissance tellurique des ancêtres, l’autre sculpte une modernité modulée où l’intime devient universel.

Leur présence en finale est le signe que de plus en plus la musique urbaine béninoise n’est plus en quête de validation, mais surtout prête à l’exportation. Il ne reste plus qu’à savoir si les institutions et le public béninois sont prêt.e.s à contribuer à l’essor de leurs talents à la hauteur de leurs efforts ?

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