LE POÈTE BÉNINOIS RODRIGUE ATCHAOUÉ, EST PRIMÉ GRAND PRIX DE POÉSIE AFRICAINE D’EXPRESSION FRANÇAISE

Considéré comme l’un des prix majeurs consacrés à la poésie en Afrique francophone, ce Prix marque une étape notable dans le parcours de Rodrigue Atchaoué. En effet, cette distinction confère une légitimation nouvelle à un auteur dont la trajectoire littéraire s’est construite loin des stratégies d’exposition médiatique. Chez lui, l’écriture relève d’une pratique intimiste et d’une existence de retranchement. Ainsi, cette reconnaissance obtenue à Abidjan met en lumière un talent qui traverse les temps en toute discrétion et s’affirme comme une plume significative de la littérature contemporaine béninoise.

C’est lors de l’édition 2025 du Festival international de Poésie d’Abidjan (FIPA), que le Grand Prix de Poésie africaine d’expression française a été attribué à Rodrigue Atchaoué pour son recueil Des arc-en-ciel sous la cendre. La distinction a été remise en présence de l’Ambassadrice de Belgique, son Excellence Madame Carol Van EYLL. Le festival s’articulait cette année autour du thème « Le dialogue, outil de préservation de la paix et de la cohésion sociale ».

Cette récompense s’inscrit dans un espace littéraire où la poésie a davantage besoin d’être visibilisé afin d’édifier les lecteurs sur la portée expérimentale et symbolique de celle africaine d’expression française. Le recueil primé de Rodrigue Atchaoué propose une écriture resserrée, attentive à la densité des images, à la maturation des formes et aux situations de parole collective. Le poète y privilégie la tenue du langage, la matérialisation du sensible et la profondeur des transpositions avec l’expérience quotidienne.

D’ailleurs dans le quarante-quatrième poème de son recueil, le poète installe une scène de parole communautaire :
« à l’ombre du silence, les mots s’invitent,
des regards complices, des craintes qui s’effritent
à l’unisson les cris se noient
sous l’arbre à palabre les armes s’endorment »

Ainsi, l’écriture de Rodrigue Atchoué repose sur un mouvement progressif qui conduit du silence à l’apaisement. Son intention poétique tente de situer la parole dans un espace de retenue préalable, où les mots apparaissent comme des hôtes. Ses vers introduisent une dynamique douce de surgissement, avec des déplacements lexicaux qui donnent une consistance matérielle aux réalités invisibles, tout en inscrivant les émotions et les conflits dans une dynamique de transformation. Chez Rodrigue Atchaoué, la métaphore semble agir comme un outil pour rendre perceptible ce qui, d’ordinaire, échappe à la saisie directe de la parole. En plus, de nous ancrer dans une mémoire politique et culturelle propre à plusieurs sociétés africaines, sa poésie met en scène un imaginaire de médiation, qui entre en résonance avec le thème du festival consacré au dialogue.

Il convient de remarquer aussi que, dans Des arc-en-ciel sous la cendre, le poète se plaît à développer une écriture au fur et à mesure fragmentée et visionnaire. Dans ce sens, il multiplie les images et les déplacements allusifs. Autant pour composer une géographie verticale où l’espace urbain rejoint une dimension spirituelle ; que pour suggérer une parole traversée par la tension et l’intensité des discordances humaines. Ces énergies finissent par s’apaiser « contre l’arc-en-ciel », figure de passage et de mutation qui donne son titre au recueil.

À la page 53 du recueil, il est justement possible d’en prendre conscience :
« des esprits se croisent, malodorants
à la croisée des ruelles qui mènent au ciel
un dialogue incendié qui s’endort contre l’arc-en-ciel
un souvenir très lointain, mais bien présent
une poignée de vents salés pour cicatriser les plaies du destin
les sept éraflures sur les côtes du temps »

De fait, la poésie chez Rodrigue Atchoué semble être une codification pluridimensionnelle qui fait recours à l’arithmosophie pour ancrer son sens du second sens, en même temps qu’elle procède par touches mémorielles. Ce qui introduit une dimension réparatrice quantique et spatiotemporelle qui nous renvoie à une perception du temps comme corps marqué par l’histoire. Or avant tout, il transparaît de la plume du poète que son écriture cherche à s’inscrire dans une temporalité stratifiée, où le passé agit sur le présent.

Ce qui a pour conséquence que l’ensemble du travail de références de Rodrigue Atchoué participe à construire une poésie attentive aux traces, aux blessures et aux gestes de réparation. Sa parole poétique circule entre mémoire collective, symboles naturels et fragments d’expérience urbaine. Le tout porté par une densité de représentations processuelles qui contribuent à donner au texte une texture méditative, où la réflexion sur le dialogue devient une matière d’humanisation et d’humanisme.

Pour la scène littéraire béninoise, la reconnaissance obtenue par Rodrigue Atchaoué intervient dans un contexte de renouvellement des écritures poétiques. Depuis plusieurs années, des poètes et poétesses contribuent à maintenir vivant ce genre, encore en quête de mécanismes de valorisation plus structurés et durables. La distinction décernée à Rodrigue Atchaoué lors du Festival international de Poésie d’Abidjan vient ainsi rappeler à la génération actuelle l’importance de l’endurance et de la constance dans ce travail d’existence, d’écriture, tout en soulignant les enjeux liés à l’amélioration des circuits de diffusion de leurs œuvres. Au-delà, ce Grand Prix reçu à Abidjan vient replacer la poésie béninoise dans un réseau d’échanges francophones où les œuvres circulent entre festivals, maisons d’édition et scènes littéraires poétiques africaines.

Au final, par son travail sur l’image, la mémoire et les formes de dialogue, Des arc-en-ciel sous la cendre de Rodrigue Atchoué témoigne d’une écriture qui participe à cette évolution de la poésie contemporaine béninoise.

Un commentaire

  1. Bravo, Djamile !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *