De Ouidah à l’autre rive: le souffle intact du Gangbé Brass Band

Depuis plus de 30 ans, la fanfare béninoise, Gangbé Brass Band, diffuse sur la planète ses épopées cuivrées. Aujourd’hui, elle revient avec un 7e disque, qui prend pour berceau Ouidah, épicentre de l’esclavage, pour s’adresser en retour au monde entier. Rencontre avec le leader Athanase Obed Dehumon.

Au téléphone, la voix d’Athanase Obed Dehumon (bugle, chant) se révèle essoufflée, hésitante, mais sur les pistes de leur nouveau et 7e disque, la puissance d’attaque et l’énergie de cette joyeuse tribu de six gaillards, de 32 à 65 ans, reste intacte.

Le mythique Gangbé Brass Band, trois décennies au compteur, frappe encore : un tourbillon de grooves, de mélodies et de polyrythmies irrésistibles… Surtout, le sexagénaire continue de diriger sa fanfare béninoise d’une main de maître, avec ce qu’il faut de courage et de diplomatie. « Je suis responsable du groupe depuis sa création en nonante-quatre. Ce qui me donne davantage de devoirs que de droits, pour tenter de conserver l’harmonie entre musiciens…, explique-t-il. C’est un difficile exercice démocratique, car nous avons chacun une mission envers les autres et leur famille, qui comptent sur ce gagne-pain. Si tu échoues, c’est la catastrophe ! »

Le leader Athanase doit aussi trancher, et prendre des décisions parfois douloureuses. Par exemple, récemment, celle de supprimer le trombone au profit du sousaphone, lors du passage du nombre d’instrumentistes de 10 à 8, puis 6…

Pour le reste, le joueur de bugle se réjouit de l’évolution de la bande : humaine, d’abord, avec un gain de fluidité entre les membres ; et aussi musicale. « À nos débuts, nous n’avions pas un gros niveau. Chemin faisant, nous avons participé à de nombreux ateliers en Europe, pris des cours d’harmonie, de technique, etc. Les jeunes qui ont intégré nos rangs ont bénéficié de cette amélioration… Aujourd’hui, nous dispensons même des cours de musique à l’université du Bénin ou dans des associations », décrit-il.

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Et ce nouveau disque, ce nouveau chapitre, témoigne naturellement de cette évolution. Enregistré, au fil de plusieurs résidences, entre la France (les membres habitent entre Douarnenez et Clermont-Ferrand), le Valais suisse, et le Bénin, il s’intitule From Ouidah to another world (« De Ouidah vers un autre monde »).

Depuis la Porte du non-Retour

Car le GBB a pris comme point de départ la symbolique ville côtière au Bénin, Ouidah, épicentre de la traite négrière en Afrique de l’Ouest, place névralgique du commerce triangulaire, d’où partirent près de deux millions d’esclaves, en direction du Brésil, de Cuba, d’Haïti, etc.

Aujourd’hui, la cité constitue un important site mémoriel, avec son parcours de 4 km (« La route de l’esclave ») de la place des Enchères jusqu’à la plage, ponctué de statues et de lieux de recueillement, jusqu’à sa Porte du non-retour qui ouvre sur l’océan.

Et c’est aussi ici, à Ouidah, que le GBB, sélectionné par la communauté vaudou, a animé en 1995 une immense fête spirituelle. « Si nous avons puisé nos influences premières dans les brass bands de La Nouvelle-Orléans, nous souhaitons aujourd’hui rendre hommage à leur source : nos malheureux aïeux qui ont traversé l’Atlantique, dans la violence et le sang », éclaire Athanase.

Ainsi le GBB honore-t-il ces musiques noires, nées des souffrances, des sacrifices africains, puis construites/enrichies au fil des siècles, en aller-retour entre les deux rives de l’océan. « Nous nous sentons responsables de préserver ces héritages multiples, afin qu’ils ne soient pas dilués, qu’ils ne disparaissent jamais. Déjà, à l’intérieur de mon pays, nous jouons les rythmes des différentes régions, dit-il. Nous tenons à refléter, à conserver tout ce brassage d’influences transatlantiques, fruit d’une histoire douloureuse et commune, qui fait que même des Brésiliens de Belo Horizonte saisissent instantanément le sens de notre musique et pleurent d’émotion lors de nos concerts. »

Sur ces pistes, en français ou en fon, qui saluent les mérites de la femme et diffusent des conseils de vie aux jeunes générations, s’invitent des convives de choix, tels leur « grande sœur » et compatriote, la diva Angélique Kidjo, le guitariste de jazz béninois Lionel Louéké, ou le compositeur et claviériste français, Jean-Philippe Rykiel.

Car au creux de leurs hymnes, le monde entier danse et chante. Eux-mêmes ont diffusé leur bonne parole cuivrée aux quatre coins de la planète. Des périples avec leur lot de souvenirs : la rencontre du trompettiste Wynton Marsalis en Côte d’Ivoire, la visite impromptue d’Angélique Kidjo et Lokua Kanza à Rio de Janeiro…

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