A Togbin, Les arts béninois trouvent leur maison de mémoire

À Togbin, un nouveau lieu vient d’entrer dans le paysage culturel béninois. L’École Internationale de Théâtre du Bénin (EITB) a officiellement inauguré, le samedi 24 janvier 2026, le Mémorium des Arts : une exposition culturelle permanente et payante, pensée comme un espace de mémoire, de transmission et de célébration des arts vivants et visuels du Bénin. Bien plus qu’une exposition, le Mémorium se veut un lieu habité, traversé par les œuvres, les récits et les générations.

« Allons au théâtre ». C’est autour de cette invitation simple et fondatrice qu’est né, il y a plus de vingt ans, un vaste projet artistique porté par l’EITB. Avec l’inauguration du Mémorium des Arts, ce projet franchit aujourd’hui une étape décisive : celle de la conservation de la mémoire culturelle.

Cette nouvelle phase a bénéficié de l’accompagnement de l’Agence de Développement des Arts et de la Culture (ADAC). « Nous avons soumis cette étape du projet à l’ADAC et il a été sélectionné. Nous sommes heureuses d’inaugurer aujourd’hui le Mémorium des Arts », a confié Cybelline de Souza, comédienne et metteuse en scène. Une reconnaissance institutionnelle perçue comme un signal fort en faveur de la structuration du secteur culturel béninois.

Lieu de formation et de création, l’EITB s’affirme ainsi comme un espace entièrement dédié aux arts vivants et visuels. « Le Mémorium est un lieu de transmission et de mémoire, mais aussi un espace vivant », souligne Alougbine Dine, directeur fondateur de l’EITB. Ici, les arts se croisent, dialoguent et se racontent.

Un projet collectif, ancré dans la formation et le territoire
Le Mémorium des Arts associe plusieurs institutions de formation ainsi que les étudiantes et étudiants de l’EITB, pleinement impliqués dans la mise en œuvre du projet. « Ils vont réaliser ce projet collectivement », insiste Cybelline de Souza. Une manière de faire de la mémoire un exercice partagé, et non figé.

Le projet se déploie à travers plusieurs axes, dont la diffusion du théâtre dans l’espace public. Des spectacles sont programmés dans les rues des six chefs-lieux des grands départements du Bénin, notamment à Abomey-Calavi et N’Dali. En parallèle, des représentations en salle auront lieu au siège de l’Atelier nomade.

Au programme : Pacamambo, Chasser les fantômes et d’autres créations pensées pour le jeune public. L’enfance et la jeunesse occupent une place centrale dans la démarche. « Le collège est le premier vecteur obligé pour une fréquentation démocratique des spectacles », explique Cybelline de Souza. Des actions de médiation sont ainsi organisées en amont : interventions dans les classes de cinquième et de quatrième, présentations des œuvres, échanges avec les élèves pour éveiller la curiosité.
À l’issue de chaque représentation, place au dialogue. « C’est la scène ouverte », un moment d’échange direct entre les collégiens et les artistes, où la parole circule librement. Le théâtre sort des murs, va à la rencontre des populations et s’ancre dans le quotidien.

Les spectacles de rue sont conçus en collaboration avec les acteurs culturels locaux, les mairies, les directions départementales de l’enseignement, les collèges et les groupements de femmes, renforçant ainsi l’ancrage communautaire du projet.

Quand les arts vivants rencontrent les arts visuels
Au cœur du Mémorium des Arts, un principe fondamental : ne pas oublier. « Aucun exploit d’artiste n’est conservé nulle part. Il fallait garder la mémoire », rappelle Alougbine Dine.

Le lieu rend hommage aux grandes figures de la création béninoise, à leurs parcours singuliers et à leur contribution à l’histoire artistique du pays.

« Il faut que nos enfants sachent ce qu’ils ont fait, qu’ils découvrent le son originel », insiste Cybelline de Souza. Le Mémorium devient ainsi un creuset où les noms, les œuvres et les héritages sont convoqués et transmis. Une exposition permanente, accessible au public, destinée à inspirer les jeunes générations et à offrir des repères durables.

À travers cette initiative, le secteur culturel béninois affirme une conviction forte : la création contemporaine ne peut s’inscrire durablement que dans la continuité de la mémoire. Le Mémorium des Arts en est désormais l’un des lieux vivants.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *