Culture au Bénin : Passage d’une économie de prestige à une industrie de croissance

Le jeudi 9 avril 2026, William Codjo, Directeur général de l’Agence de Développement des Arts et de la Culture (Adac), a dressé un bilan exhaustif de la décennie écoulée et dévoilé les chantiers de la mandature à venir. En dix ans, le Bénin a transformé son patrimoine en levier économique, avec l’ambition désormais affichée de devenir une plateforme mondiale pour les arts contemporains.

La rencontre du 9 avril, dans les locaux de la salle de fête “Le Majestic” à Fidjrossè, a servi de trait d’union entre les réformes amorcées en 2016 et la vision de continuité que pourra porter le nouveau gouvernement. Cette rencontre a eu lieu autour du thème : « Mobilisation des acteurs culturels pour l’élection présidentielle 2026 ». L’enjeu est clair. Il s’agit de sortir la culture de la simple animation pour en faire une industrie créatrice de richesses et d’emplois. Yassine Lassissi, Directrice des Arts Visuels à l’Adac, a rappelé la philosophie de cette mutation. « Depuis l’avènement de ce gouvernement en 2016, qui a pris parti de faire des arts et de la culture un levier de développement économique, nous ne pouvons ne pas vous réunir pour faire un point. Connaître qui nous sommes à travers notre culture, c’est une part de notre identité, et ce gouvernement l’a compris », a-t-elle confié.

Pour passer d’une gestion routinière à une performance industrielle, le secteur s’est structuré autour de trois piliers majeurs qu’a présentés William Codjo, Directeur Général de L’Adac. Il s’agit entre autres de l’orientation politique, la réglementation et la stimulation de l’activité. Selon le Directeur général, la culture doit désormais être perçue sous l’angle de sa contribution au Produit Intérieur Brut (Pib). « Le rapprochement de la culture et du tourisme est opéré clairement. Nous ne pouvons plus imaginer aujourd’hui un développement touristique sans un apport de la culture et des arts. Nous parlons d’industrie créative […] où l’on se base sur le travail de l’inspiration et des talents des artistes. Ce sont eux qui fournissent les matières premières », a-t-il souligné.

De la restitution à la destination Bénin
Le clou des réalisations reste la restitution des trésors royaux en 2021. Un acte qui a déclenché une dynamique diplomatique culturelle et touristique sans précédent. Ce patrimoine, autrefois pillé, sert aujourd’hui de socle à la création contemporaine. « Le patrimoine, c’est à la fois ce que nous avons reçu des anciens et ce que nos créateurs contemporains font aujourd’hui. L’ensemble doit contribuer à féconder notre économie pour créer plus de revenus pour les professionnels et ruisseler sur toute la nation », a précisé William Codjo.

Le gouvernement ne compte pas s’arrêter aux fondations. Plusieurs projets d’envergure ont été annoncés pour professionnaliser davantage le secteur et protéger les créateurs. William Codjo a notamment détaillé les innovations à venir. D’abord, il y a le programme d’excellence artistique. « Une sélection rigoureuse qui permettra à des artistes de se consacrer entièrement à leur travail pendant que leurs besoins seront couverts par une allocation », a-t-il laissé entendre. Ensuite, le “Coffre-fort pour les arts”. C’est là, a expliqué le Directeur général de l’Adac, un dispositif inspiré du modèle suisse pour sécuriser et valoriser les collections d’art contemporain au Bénin. De même, il y a la Chaire Internationale Icc. Cette institution, basée à l’Université d’Abomey-Calavi, va produire les statistiques et les recherches nécessaires à l’échelle du continent. Enfin, l’on peut parler aussi de la démocratisation de l’accès. En effet, il s’agit de favoriser la reconversion des anciens espaces de cinémas en des espaces de proximité ainsi que la création de nouvelles Maisons de la Culture.

Il faut comprendre que la stratégie nationale vise à augmenter la part de marché du Bénin dans les Industries Culturelles Mondiales. C’est un marché estimé à 2 250 milliards de dollars, où l’Afrique n’occupe encore que 3 %. Pour William Codjo, ce défi sera relevé par la « méthode » et la « rigueur » de la continuité gouvernementale.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *