Ce vendredi 27 mars 2026, l’Institut français du Bénin (Ifb) a prêté son cadre pour le déroulement de la phase finale du concours « Mon sein en 180 secondes ». Entre performance artistique et vulgarisation scientifique, 17 finalistes venus de tout le pays ont défié le chronomètre pour briser le tabou d’un mal qui ronge le quotidien des femmes noires.
C’est un silence attentif qui a enveloppé la Paillote de l’Institut français du Bénin (Ifb) ce vendredi soir. Sur scène, un écran affiche un décompte : 180 secondes. Pas une de plus et le défi est de taille. Il s’agissait de transformer un sujet de santé publique complexe et douloureux qu’est le cancer du sein en une prestation artistique percutante. Inspiré du concours « Ma thèse en 180 secondes », l’événement a réuni une jeunesse béninoise résolument engagée. Sur près de 100 candidatures, seuls 17 finalistes ont convaincu le jury pour s’affronter à la finale. Ces derniers, représentant l’ensemble des universités du Bénin, ont accédé à cette arène oratoire. A l’issue de cette compétition, trois lauréats ont été primé. Il s’agit de Shakespeare Sefou, Morel Koutangni et Fabrice Kouthon. Ils ont reçu respectivement le premier, deuxième et troisième prix du jury. L’enjeu est vital, comme le rappelle Freddy Gnangnon, enseignant-chercheur en cancérologie et membre du jury. « 70% des femmes atteintes de cancer dans notre pays sont diagnostiquées au stade tardif de la maladie. Il s’agissait de sensibiliser les femmes à cette redoutable maladie au travers de ce projet », confie-t-il.
Coorganisé par le Ministère de l’Enseignement Supérieur, l’Université d’Abomey-Calavi (Uac), l’Ambassade de France, l’Agence Universitaire de la Francophonie (Auf) et l’Institut de Recherche pour le Développement (Ird), ce concours ne se contente pas de divertir. Il s’agit d’un « outil d’action collective et de santé publique », selon Sylvie De Chacus, représentante du ministre de l’Enseignement supérieur. Pour elle, l’événement célèbre une science qui sort des laboratoires. « Produire des savoirs ne suffit pas. Il faut savoir les trouver, car la science qui ne circule pas est une science incomplète. Ce concours en est l’un des outils les plus vivants, les plus créatifs et les plus innovants », fit-elle remarquer. Les règles sont strictes. Trois secondes de préparation, puis le décompte démarre dès l’entrée en scène. La notation, rigoureuse, s’articule autour de trois axes : la qualité oratoire (clarté, fluidité, voix), la qualité de la sensibilisation (vulgarisation et impact) et la structure logique du propos.
Quand l’art diagnostique l’ignorance
Si le slam a dominé les échanges, la poésie et le chant ont également eu leur place. Nadège Chouat, Ambassadrice de la France près le Bénin, a tenu à souligner l’efficacité de ce format. « Ce format adapté à “Mon sein en 180 secondes” prouve qu’en seulement 3 minutes, la performance proposée peut valoriser la science, éveiller les consciences et l’engagement citoyen, et en final, espérer sauver des vies », rassure-t-elle. Au terme d’une soirée riche en émotions, le jury, composé de six membres, et le public ont rendu leur verdict. Parmi les lauréats, une figure s’est distinguée : l’unique femme du palmarès, étudiante à l’école supérieure des assistants sociaux à la Fss de Cotonou. Alliant son profil professionnel à son talent de slameuse, elle a su toucher l’audience par sa justesse. « En tant que seule femme parmi les lauréats, c’est vraiment un plus pour moi. Un avantage pour dire à la gent féminine que tout est possible. Nous avons notre place et notre mot à dire », souligne Shakespeare Sefou avec humilité. Pour elle, la scène est une extension de son futur métier : « L’assistance n’est pas uniquement dans les bureaux. Elle peut être aussi la scène pour montrer la vulnérabilité de ceux qui sont derrière et que l’on cherche tous les jours comme cas dans nos bureaux. »

Le concours ne s’arrête pas à la remise des quatre prix. Fawaz Taïrou, représentant de l’Auf au Bénin, voit déjà plus loin. « L’après de ce concours c’est d’utiliser ce que nous avons comme dispositif au niveau de l’agence universitaire de la francophonie, notamment un studio d’enregistrement, pour éventuellement enregistrer les meilleures prestations et pouvoir utiliser ces capsules vidéo dans le cadre de la communication autour du cancer du sein », précise-t-il.
Sous la Paillote, vendredi soir, la science n’était plus une affaire de spécialistes en blouse blanche, mais un cri du cœur, rythmé, rimé et, surtout, partagé.

