Kancícà, une aventure audacieuse qui défie le temps

À l’occasion des Vodun Days, la Maison de la Culture de Ouidah accueille un dôme immersif dédié à la projection de Kancícà, un film d’animation co-écrit par Leïla Adjovi (Bénin) et Joséphine Derobe (France). Cette expérience artistique et mémorielle est ouverte au public jusqu’au 31 janvier 2026.

Kancícà. Un titre porteur de sens. En langue locale, il signifie « lien », un mot-clé au cœur de ce projet artistique ambitieux qui revisite l’histoire, la mémoire et la spiritualité africaines à travers une approche contemporaine et immersive. « Nous avons choisi ce titre parce qu’il renvoie au lien. Malgré le drame de cette période historique, ce lien n’a pas été rompu, il a plutôt été invisibilisé. Aujourd’hui, il est essentiel de parler de ces mémoires, de mettre en valeur la diversité et la richesse des religions africaines et afrodescendantes, notamment au Brésil. En tant que Française, je pense qu’il est indispensable que nos enfants en Europe aient aussi accès à cette culture et à cette diversité d’où nous venons tous », explique Joséphine Derobe.

Présenté sous la forme d’un conte immersif, Kancícà retrace la quête de Dotou, une jeune cartographe initiée au vodun. Elle est missionnée pour traverser l’Atlantique à la recherche des traces de la reine Na Agontimé, figure emblématique du royaume du Dahomey, déchue après la mort du roi Agonglo, réduite en esclavage puis déportée au Brésil au XVIIIᵉ siècle.

Ancré dans le contexte historique de la Traite négrière, le récit invite le public à une traversée à la fois physique, spirituelle et culturelle. Chants, rituels, mémoires et paysages oniriques dialoguent entre les deux rives de l’Atlantique, illustrant la résilience et la transformation des croyances africaines en terre américaine. « Nous avons beaucoup réfléchi aux imaginaires à transmettre, à la manière de raconter le voyage des religions et des spiritualités avec les hommes et les femmes déportés, et la façon dont ces religions ont perduré, se sont métamorphosées, tout en survivant en Amérique, principalement au Brésil », précise Joséphine Derobe.

Une diffusion sous la coupole de l’Adac

Présent à l’avant-première, William Codjo, Directeur général de l’Agence de Développement des Arts et de la Culture (Adac), s’est dit profondément marqué par l’œuvre. « J’ai découvert une œuvre bouleversante, qui met en lumière la stratégie que nous poursuivons actuellement : mobiliser divers médiums au service de la culture béninoise afin de permettre à des publics variés d’y accéder. Kancícà est le prototype même de ce que nous recherchons. C’est une histoire inspirée d’un fait historique authentique », a-t-il souligné.

Tout en saluant la portée universelle du projet, le directeur de l’Adac s’interroge toutefois sur la durée relativement courte de la diffusion, du 13 au 31 janvier. Il évoque également la possibilité de faire circuler le dôme, notamment vers Abomey, afin de toucher un public plus large.

Kancícà est en effet conçu comme un projet multiformat, combinant une projection sous dôme et une exposition en réalité augmentée. L’univers visuel, développé sous Unreal Engine, mêle animation 3D, théâtre d’ombres en 2D et cartographie dessinée à la main. De son côté, Yacine Lassissi, Directrice des Arts visuels à l’Adac, a salué la portée fédératrice et innovante du projet. « Ce projet va au-delà de la peinture et de la sculpture. Il s’inscrit dans les nouvelles technologies, un regard dont le Bénin et sa jeunesse ont besoin. Il permet de se positionner sur le monde et d’encourager les jeunes à améliorer ce qu’ils font déjà. Je suis particulièrement heureuse du travail de formation réalisé avec les jeunes régisseurs assistants. C’est un véritable transfert de compétences », a-t-elle expliqué.

Jusqu’au 31 janvier 2026, la Maison de la Culture de Ouidah invite le public à découvrir Kancícà, une œuvre immersive et rassembleuse, où l’histoire, la création contemporaine et la mémoire collective se rencontrent pour interroger le passé et éclairer l’avenir.

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