30 décembre 2025. Tic tac. L’après-midi et sa chaleur intensive. Bientôt seize heures. Aucune trace de l’artiste. Un brin de suspense qui ne réfrène pas la volonté des visages présents. Au contraire ! La galerie s’éprouve d’emblée par le flux. Une voiture gare à l’autre flanc de la route. Vêtu en tout-blanc, Yanick Folly en sort, le regard comme pris au dépourvu. Un mélange d’émotions qui traduit la surprise, la fierté, un brin d’embarras. Peut-être du stress ou du trac ? Quoi qu’il en soit, il s’approche. Fait mine d’une aisance spontanée qui crée aussi bien l’ambiance que la conversation.
Et à partir de ce moment-là, de seize heures jusqu’après dix-neuf heures, le lieu se remplit, se vide puis le public se renouvelle au fur et à mesure. Cette continuité du passage installe la galerie comme un point de rencontre. La diversité des profils présents indique que le lieu est à l’image de son propriétaire : il échappe exprès à un cercle fermé d’initiés, pour s’insérer dans une sociabilité plus large, faite de curiosité, de reconnaissance et d’habitude du regard.
UNE GALERIE COMME EXTENSION DU TERRAIN

Le moins qu’on puisse écrire sur Yanick Folly, c’est que son travail photographique existe déjà, circule, est identifié, reconnu dans des cadres professionnels et médiatiques. De fait, ce que la galerie apporte à sa dynamique, c’est lui donner une assise spatiale et temporelle. Ses images vont de fait dépasser les vues au fil des publications digitales, des commandes privées ou des expositions ponctuelles dans des lieux éphémères (rues, galeries, villages, etc.). Elles s’inscriront désormais aussi dans un lieu fixe, où elles peuvent être confrontées les unes aux autres, rejouées dans l’accrochage, relues par le public.
Ce qui lui permet d’emblée de reprendre la main sur sa narration esthétique. En choisissant ce qui est montré, comment cela est présenté et dans quel ordre, Yanick Folly stabilise certaines constantes de son regard : la centralité des corps ordinaires, la frontalité assumée, la mobilité comme donnée sociale, la relation continue entre humains et territoires. En cela, la galerie « Yanick Folly Expérience » renforce son imagerie et la rend lisible dans la durée. Il passe donc du reportage au mur, sans rupture de posture.
Au-delà, l’ouverture de sa galerie personnelle relève d’un choix utilitaire. Elle devient un dispositif de production et de réflexion, un espace où le photographe peut tester des accrochages, confronter des images issues de périodes différentes, observer les réactions du public. Ce lieu permet de sortir du rythme imposé par la commande ou l’actualité, et d’installer un temps plus long, nécessaire à l’analyse de son propre travail.
Le principe annoncé d’expositions cycliques, organisées par saisons trimestrielles, inscrit sa galerie dans une logique de chantier ouvert. Cela signifie aussi qu’il crée là un espace autonome de diffusion, hors des cadres institutionnels ou événementiels habituels. Sa galerie agit ainsi comme un point d’ancrage local, tout en maintenant une ouverture sur des circulations plus larges. Elle affirme que la photographie documentaire et artistique peut trouver sa place dans un lieu dédié, fréquenté, identifié.
Symboliquement, ce choix marque une étape dans la trajectoire de Yanick Folly. Il ne se positionne plus seulement comme photographe en mouvement, allant de terrain en terrain, mais comme artiste capable de structurer un espace de réception pour son travail. Cette double posture, autant sur le terrain que dans un lieu in situ ; redéfinit son rapport au public et à son propre statut.

UNE EXPOSITION EN COURS : UNE ESTHÉTIQUE DE LA PROXIMITÉ ENTRE TERRAIN ET CIMAISE
L’exposition inaugurale de Yanick Folly présente des images directement liées à son travail de terrain, en maintenant une relation frontale avec les sujets et les lieux. Les formats variés renforcent le sentiment de libre circulation entre les scènes et les temporalités. Les photographies mettent en évidence la présence humaine, la mobilité en tant qu’élément structurel de la vie quotidienne et les paysages habités, sans esthétisation excessive. La sincérité de la restitution dans l’instantané du moment de partage est l’atout de ce que dévoile l’artiste. Les portraits montrent des sujets qui en majorité, regardent directement l’appareil photo, affirmant leur participation à leur représentation et démontrant la capacité de Yanick Folly à instaurer la confiance. Un sens du lien que reflètent ses œuvres et qui traduisent à quel point l’impact à l’humain est le nœud de son travail. Et dans ce sens, l’exposition se fait récit multiforme des réalités authentiques de nos populations rurales, de nos marges sociétales, et des explorations voyageuses de Yanick Folly. Ainsi, il positionne par cette première exposition, sa galerie comme un espace d’observation partagé et un laboratoire en constante projection de nos vies ordinaires. Au-delà de la monstration, n’est-ce pas là la manière qu’a trouvée Yanick Folly de transformer son geste créatif en un véritable ressort de dialogue vivant entre l’artiste et les réalités mouvantes des populations qu’il documente ?
Djamile Mama Gao


Félicitations à l’artiste Yannik Foly