Cotonou, nid d’artistes : une célébration de la mémoire vive et de la création béninoise

Le complexe hôtelier Novotel de Cotonou a vibré, mardi 16 décembre 2025, au rythme du lancement officiel du quatrième volume de la collection « Nid d’artistes ». Entre performances habitées, témoignages poignants et effervescence créative, l’ouvrage des Éditions Malika a été dévoilé devant une salle comble, confirmant le statut de la capitale économique béninoise comme épicentre de l’art africain.

L’effervescence était palpable bien avant le début des allocutions. Dans une salle pleine à craquer, où le hall d’entrée servait de refuge à un public nombreux n’ayant pu trouver place, l’atmosphère témoignait déjà de l’intérêt majeur suscité par l’ouvrage. Pour orchestrer cette soirée mémorable, l’illustre journaliste Robert Brazza a assuré la maîtrise de cérémonie. Avec une minutie pointilleuse et une éloquence narrative dont lui seul a le secret, il a tissé le fil rouge d’un événement placé sous le signe du partage et de l’émulation.

Une évidence nommée Cotonou
« Après Casablanca, Dakar et Abidjan, le choix de Cotonou fut une évidence. Ce choix pour la collection Nid d’artistes, (…) s’est laissé guider par un appel : celui d’une scène vivante, libre, puissante, originelle et profondément culturelle », a confié Malika Slaoui, directrice de Malika Éditions. En effet, le projet se veut être un recueil saisissant d’images et de textes portant un témoignage éloquent sur la ville et ses proximités. Pour l’éditrice, ce livre est une immersion faite d’écoutes et de rencontres : « Il ne prétend pas figer une scène, mais témoigne d’un moment, d’une énergie, d’un souffle. Semer quelques graines, tel était mon but. »

Si le choix de Cotonou s’est imposé, c’est qu’il répond à une urgence de transmission. « C’est aussi préserver des gestes, des visions, des voix. Les inscrire durablement dans une histoire partagée. Cotonou est un laboratoire vivant où la création dialogue entre héritages ancestraux et écritures contemporaines », a-t-elle ajouté.

Le performeur Prince Toffa

La scène : un carrefour d’émotions et de transes
La soirée a été marquée par des moments artistiques d’intensité. Le plasticien et performeur Prince Toffa a marqué les esprits par sa parade traditionnelle dansée et chantée, arborant d’hypnotiques cheveux lumineux, véritable témoignage de sa singularité esthétique.

La transition vers la réflexion s’est faite par une performance narrative restituant les humeurs de Cotonou, concoctée par le slameur Djamile Mama Gao et les chorégraphes Rachelle Agbossou et Lucrèce Atchadé. Un instant suspendu qui a fait écho aux propos d’Ousmane Alédji, auteur et écrivain de renom, qui a interrogé l’audience : « Pourquoi existe-t-il une dynamique créative aussi effervescente au Bénin ? Pourquoi ce foisonnement de talents (…) à Cotonou ? »

Pour Ousmane Alédji, cet ouvrage transcende son cadre éditorial : « Cette offre n’est pas un catalogue. D’ailleurs, nous banalisons sa portée. Parfois, le sacré, ça part de l’art. Ceci, moi, je l’appelle un carrefour. C’est un carrefour d’échanges, une porte ouverte sur le monde (…) avec ce geste, nous sommes à fond dans ce que je considère comme un geste panafricain. »

Cotonou : une mémoire en mouvement
Représentant le ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, la Directrice adjointe de cabinet, Gwladys Gandaho, a souligné la pertinence institutionnelle du projet. Pour elle, le titre même du livre est une promesse tenue : « Cotonou n’est pas seulement la capitale économique. C’est une mémoire en mouvement, une scène verte où se croisent les trajectoires humaines et les talents multiples. » Elle a rappelé comment la ville façonne les créateurs, des ateliers aux marchés, jusque dans le tumulte des embouteillages, avant de procéder au lancement officiel.

L’auteur émérite Florent Couao-Zotti, associé à cette œuvre pour dresser des portraits rhétoriques de chaque artiste mis en valeur, a salué l’engagement des Éditions Malika : « C’est une aventure qui m’a permis de fusionner toutes les expressions artistiques. Il s’agit de voir l’excellente trajectoire des artistes béninois, toutes disciplines confondues. »

Vue d’ensemble, organisatrise, artistes et partenaires

Une clôture en apothéose
Pour clore cette célébration, la chanteuse Pépé Oléka, accompagnée de trois musiciens virtuoses, a offert un mini-concert inédit. Un moment de musiques de recherche, de sonorités et de chants explorant les quêtes d’identités ; venu parachever une soirée où la pluralité de l’art est vécu aussi densément qu’intensément.

Désormais disponible, Cotonou, Nid d’artistes s’impose comme l’archive indispensable d’une scène artistique béninoise en pleine ébullition, prête à conquérir de nouveaux horizons.

Julien Tohoundjo

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