Romuald Hazoumè artiste plasticien béninois . Photo/DR

Bénin-Rencontre discussion : Romuald Hazoumè à cœur ouvert au Centre de Lobozounkpa

Romuald Hazoumè, l’un des plus éminents artistes béninois de la sphère des arts plastiques, a tenu une ‘’Rencontre-Discussion’’ le mercredi 29 mai 2019 à l’espace culturel « Le Centre » sis au quartier Lobozounkpa. Devant un auditoire très attentif, il a exposé sa démarche artistique et livré sans tabous les secrets de sa réussite internationale dans le milieu artistique.

« Nous allons échanger sans protocole et je vais rester le temps qu’il faudra ». C’est avec ces mots que l’artiste béninois Romuald Hazoumè a démarré sa conférence. Inscrit dans le cadre de l’initiative « Artiste en présence » de l’espace artistique Le Centre, cette conférence (Rencontre-Discussion) vise à donner la parole à un artiste confirmé pour le partage de connaissances et d’expériences.

Devant un public majoritairement constitué d’artistes, de journalistes culturels, d’étudiants et autres amoureux de l’art, l’artiste du jour a exposé sa démarche artistique. Pour Romuald Hazoumè, la procédure formelle d’une conférence ne serait pas avantageuse pour son auditoire. Il a donc préféré ‘’s’ouvrir’’ tel un livre au public.

Parti de ses origines, Romuald a d’abord tenu à préciser son identité. Ceci, il le fait par le biais d’une courte vidéo illustrant une cérémonie du culte Vodoun. D’origine Yoruba, cet illustre artiste tient fermement aux valeurs endogènes.

Refusant toute catégorisation, Romuald Hazoumè se définit tout simplement comme un artiste qui s’inspire de son quotidien et de son identité culturelle pour créer. Les appellations peintre et sculpteur ne l’enchantent guère. « Je n’ai jamais fait de la peinture » estime-t-il, pourtant, devant l’image d’une de ses toiles. Face à cette oeuvre qui illustre des symboles exotériques de la science ancestrale qu’est le Fâ (géomancie), le plasticien estime n’avoir fait qu’une retranscription. Pour Romuald Hazoumè, nul besoin de copier Picasso, quand il a à sa portée une source intarissable de connaissances ancestrales.

Outre ses toiles, Romuald Hazoumè présente aussi son travail sur les masques. Avec pour matière principale les bidons d’essences ‘’kpayo’’ (frelatée), ces sculptures sont uniques et représentent pour la plupart des visages humains. Mais là encore, l’artiste refuse de se faire appeler ‘’sculpteur’’.

A la question de savoir pourquoi le choix des bidons, l’artiste répond en faisant la genèse du trafic de l’essence frelatée. De même leur présence dans chaque ruelle des villes, pousse le créateur à établir entre l’individu et le bidon d’essence une liaison étroite.

Au-delà du trafiquant que l’on perçoit, c’est d’abord l’humain que voit le plasticien. Des Hommes qui ont choisi l’abandon desvols à mains armées. « Des pères de familles qui, pour subvenir au pain quotidien de leur famille risquent quotidiennement leur vie » s’exclame-t-il pour témoigner sa fascination à l’endroit des commerçants du ‘’Kpayo’’.

Des recommandations pour la jeune génération.

Vue d’ensemble des participants

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« L’argent n’a jamais compté » confesse Romuald Hazoumè à l’assistance. Derrière chacune de ses œuvres se cache une plaidoirie, une dénonciation voire une satire, selon ses confidences. C’est le quotidien, le vécu de son environnement proche sa première source d’inspiration.

A la jeunesse le plasticien béninois conseille : le travail bien fait et la patience. Pour lui, 2 problèmes majeurs freinent l’essor des jeunes artistes. Il s’agit de leur avidité pour l’argent et de leur démarche artistique souvent peu consistante. A en croire le conférencier, bon nombres de jeunes artistes ne savent pas de quoi ils parlent dans leurs œuvres.

L’artiste confie combien il s’investit dans la création de ses œuvres au point d’avoir du mal à s’en détacher quand bien même les prix de vente sont alléchants.

De même, l’expert conseille une thérapie de résilience. Il dit avoir longtemps trimé pour en arriver à cette étape. « Je ne suis pas l’argent mais c’est l’argent qui me suit » se vante l’artiste.

Au-delà de ces conseils, Romual Hazoumè tient à ce que chaque artiste cherche sa propre personnalité au lieu de vouloir ressembler à une icône qui qu’elle soit. « Surtout ne cherchez pas à me ressembler. Soyez vous-mêmes », insiste-t-il à l’endroit des jeunes artistes.

Inès Fèliho

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