Les comédiens Nongodo Ouédraogo et Hyacinthe Kabré de la pièce « Le cri de l’espoir » Ph/ Tognidaho

Fitmo 2019-« Le cri de l’espoir » : Quand le pouvoir public asphyxie l’expression artistique

Dans le cadre de la programmation de la 17ème édition du Festival international de théâtre et de marionnettes de Ouagadougou (Fitmo), le théâtre de verdure ‘’Sony Labou Tansi’’ de l’espace Gambidi  a accueilli la pièce de théâtre « Le cri de l’espoir », dans la soirée de ce mardi 29 octobre 2019. 

« Le cri de l’espoir », c’est une satire qui plonge le spectateur dans des réalités socio-politiques propres à plus d’un pays africain. Elle met à nu le calvaire des ‘’artistes engagés’’ dans des pays où la démocratie et la liberté d’expression ne sont réelles que sur papier. Cette pièce reflète également l’hypocrisie des politiciens qui, pour se maintenir au pouvoir usent de toutes les ruses possibles. La dictature, le harcèlement sexuel, la corruption, la prostitution et le népotisme sont tant de phénomènes que dénonce la pièce « Le cri de l’espoir ».

Représentée par des comédiens de la compagnie « Le Théâtre de la fraternité », cette pièce est une écriture du dramaturge burkinabè Jean-Pierre Guingané, mise en scène par Hamadou Mandé, Directeur du Fitmo. Dix comédiens ont évolué sur scène pour donner la substance de cette pièce de théâtre. Il s’agit de : Hyacinthe Kabré ; Thomas Combari, Adissa Ilboudou, Minata Diené ; Arouna Soré ; Noufou Zerbo ; Balikissa Ouédraogo ; Landry Naré ; Nongodo Ouédraogo et Mamadou Soma.

Dans une scénographie assez sobre, la scène s’ouvre sur un meeting politique et transporte le spectateur dans un pays où la dictature bat son plein. Un pays où la démagogie est perçue comme une parole d’évangile. Un pays où, seul le ‘’Président fondateur’’ est omniscient. Un pays où les médias sont le principal moyen d’abrutissement. Ici, le pouvoir public prend en otage la création artistique afin de l’utiliser à sa guise. Aucune création artistique n’est réalisable que si elle reçoit la bénédiction du ‘’Président fondateur’’. Et pour ce faire, il faut qu’elle soit une œuvre publiciste louant les ‘’grandes réalisations’’ du pouvoir qui, ne sont réelles que dans les discours de propagande.

Nongodo Ouédraogo et Minata Diené / Ph: Tognidaho

L’Art, une arme de dénonciation
Malgré ce climat hostile à la vérité et à la justice, un cinéaste ‘’engagé’’ du nom de Zida, avec l’encouragement de sa femme décide d’écrire un scénario pour tirer la sonnette d’alarme. Meurtri par les conditions de vie de plus en plus pénibles de ses concitoyens, il met à nu dans son scénario le système sanitaire défectueux, l’absence d’eau potable, l’anarchie dans l’administration publique et bien d’autres irrégularités. Zida après avoir rédigé son scénario intitulé « Ciel noir », sollicite l’appui financier du gouvernement qui, dans ses réformes culturelles prévoit un accompagnement financier pour la création cinématographique. Mais toute de suite, il se heurte à un mur car son film aussi édifiant qu’il soit ne fait en aucun cas l’éloge du gouvernement. Son dossier est purement et simplement bloqué par le Directeur de cabinet du Ministère de la Culture. Vicieux, Celui-ci propose à Zida : soit de réadapter le scénario et d’en faire une œuvre propagandiste soit de lui ‘’filer’’ sa femme pour une nuit. Sans quoi, il n’aurait gain de cause. Mais attaché à ses idéaux, ce cinéaste engagé opte pour un refus catégorique. L’abandon n’est pas une option car dira-t-il : « Ciel noir » se veut être ‘’un cri d’espoir’’. Malgré les persécutions il reste ferme dans son choix de dévoiler la vérité quel qu’en soit le prix. Zida ‘’le justicier’’ finit par tomber sur une association privée qui lui propose de réaliser son film à l’extérieur. Chose qu’il accepte. Zida opte pour l’exil et réalise « ciel noir » hors de son pays natal.Ce qui lui a valu une distinction d’envergure internationale.

Inès Fèliho

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