La compagnie Miangaly théâtre de Madagascar. Photo/DR

Bénin/Fitheb 2018 « Les Voix des… », reflet des réalités socio-politiques en Afrique

14e édition du Festival international de théâtre du Bénin (Fitheb).La compagnie Miangaly théâtre de Madagascar a présenté le spectacle « Les Voix des… », le lundi 19 novembre 2018 dans la grande salle du Fitheb à Cotonou. Cette pièce, rendue dans une scénographie remarquable, est non seulement un moment de révélations mais le miroir de tout un continent.

« Ceux qui nous promettent un avenir n’ont rien à nous offrir au présent ». C’est une réalité ou du moins ce qu’on peut tirer de la pièce « Les Voix des… », présentée par la compagnie Miangaly théâtre de Madagascar dans la grande salle du Fitheb au soir du lundi 19 novembre dernier.

Plus qu’une satire, cette pièce transporte le spectateur dans son quotidien qu’il soit malgache ou pas. Bien qu’elle résulte des réalités socio-politiques de Madagascar précisément en 2013, année de campagne présidentielle, année où le pays connait une forte turbulence, la pièce porte un caractère universel.

Cette universalité est traduite dans la pièce par la dénonciation des travers propres à plus d’un pays. « C’est exactement ça ! », murmure une spectatrice tunisienne à sa voisine béninoise lors de la scène du bus en se référant à son pays. « C’est pareil chez nous » répond celle-ci avec sourire.

Scénographie symbolique.
Sur scène, on voit des panneaux de vieux journaux assimilables à des portes et qui laissent transparaître des silhouettes de personnes de tout âge. Comme pour signifier que ces personnes sont sans « volonté », elles sont représentées par des pantins. Ceux-ci attirent fortement l’attention quand bien même en filigrane. Bien qu’agréable, ce décor peut ne pas être accessible aux profanes, car symbolique. En effet, tirant profit de ce décor, qui rend fluide la transition entre les différents tableaux, les trois comédiens utilisent de simples codes pour révéler des choses assez graves. Cependant, ilne bloque en rien la compréhension.

Ce décor est soutenu par les lumières ainsi que la bande sonore qui renforcent la dramaturgie.
Grâce à un jeu remarquable impressionnant, les comédiens, Haja Ravalison, Fèla Razariarison et Bini Josoa, transportent les spectateurs dans les rues d’Antanarivo. En 45 minutes ils incarnent plusieurs situations graves mais servies avec subtilité pour faciliter la compréhension et la ‘’digestion’’.

Dans un air à la fois ironique et décontracté les comédiens dépeignent la misère, la déception et la désinvolture d’une nation assoiffée de bien-être mais contrée par le pouvoir public.

Travers de la société sont dénoncésd’un tableau à un autre. De la mendicité des enfants de rues jusqu’à l’oppression des pauvres par les riches en passant par le calvaire du transport en commun et l’absence de la jeunesse dans la vie politique du pays, l’essentiel est abordé. Et le spectateur se sent concerné voire fortement interpelé.

Ce qui pourrait s’apparenter à des dérives temporaires sous d’autres cieux est le pain quotidien des Malgaches. La police est corrompue. Quant à la jeunesse sensée contribuer à la construction de la nation, le constat est certes triste mais clair. Pas question de s’intéresser à la vie politique. L’alcool, la dépravation prennent le pas sur la faculté de jugement de la jeunesse. Cette dernière bien que consciente des exactions n’y peut rien. En témoigne, la scène des jeux de cartes. Autour de verres d’alcool, ils ironisent les déboires politiques, en jouant chacun une carte symbolisant une situation dramatique, comme s’ils jouaient à la belote.

Si la démocratie par définition est le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple, le constat est tout autre dans cette pièce. Ici, ce n’est pas le peuple qui exerce la souveraineté. La démocratie est synonyme d’anarchie et ne profite pas à tous. Le plus alarmant c’est que quand la nation, lassée, décide de prendre son destin en main, là encore, elle se voit berner. Les politiciens enchaînent des promesses mielleuses et irréalisables. Mais une fois au pouvoir le Président oublie ses promesses et se concentre sur son intérêt personnel.

« Les Voix des… » est le reflet de tous ces peuples africains qui peinent à décoller faute de mal gouvernance. La prise de conscience est là, mais les actions,quant à elles, sont souvent avortées.

Mise en scène par Christiane Ramantsoa, cette pièce est le fruit d’un agencement de textes réunis par six auteurs. Ces textes symbolisent le désir du peuple malgache de se faire entendre.

Inès Fèliho

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