Couverture du livre: Vodún Tɔ̀xɔ́sú-Nɛ̀súxwé : une esquisse de la musique sacrée chez les Fɔ̀n

Bénin/ Bertrand Ananou : « Nous voulons rendre honneur à notre culture cultuelle »

Bertrand Ananou est un jeune Consultant culturel, spécialiste des sujets liés à la valorisation des patrimoines béninois. Auteur – essayiste, il lance le samedi 23 décembre 2017 à Abomey son 3ème ouvrage intitulé : Vodún Tɔ̀xɔ́sú-Nɛ̀súxwé : une esquisse de la musique sacrée chez les Fɔ̀n. Volontiers, il s’est donné à notre jeu de questions- réponses sur son livre. Bertrand Ananou est l’invité de Dekartcom de cette semaine.

Interview

Dekartcom.net : Vous lancez le 23 décembre prochain un ouvrage que vous avez écrit sur certaines divinités du Bénin. Veuillez nous préciser le titre du livre et nous dire d’où est parti ce rêve.
Bertrand Ananou : L’ouvrage que nous lançons le samedi 23 décembre 2017 au Centre des Jeunes et Loisirs d’Abomey est un essai intitulé Vodún Tɔ̀xɔ́sú-Nɛ̀súxwé : une esquisse de la musique sacrée chez les Fɔ̀n. L’idée de rédaction de ce livre est partie de loin et rentre en ligne de compte pour un vaste projet dont nous sommes porteur et pour lequel nous nous évertuons pour la concrétisation depuis plusieurs années déjà.

En effet, nous nous inscrivons dans une dynamique de dissipation des préjugés erronés qui ont été vilipendés sur la religion traditionnelle des peuples du Golfe du Bénin : le Vodún. Ainsi, notre engagement pour cette cause noble nous a conduit en 2012 à la publication d’un premier essai sur la pratique du Vodún dans un contexte global de religiosité. Cet ouvrage que nous avons titré Le Vodún : la religion traditionnelle du Danxomɛ̀ est suivi en 2015 d’un deuxième qu’est Le Vodún Xɛ̀viòsò : culte du principe cosmique transmetteur du Feu. Cette année, nous voici avec le troisième chef-d’œuvre d’une série nombreuse. Et plaise à Dieu et aux Mânes des Ancêtres, nous mettrons bientôt à la portée du lectorat d’autres œuvres consacrées à l’épistémologie des cultes endogènes.

Parlez-nous des coulisses de la rédaction de l’ouvrage ?
Écrire et lire concourent à une grande passion dont nous nourrissons notre vie. C’est dire qu’entre la plume et notre cœur vit une histoire d’amour pour laquelle la lexicographie n’a forcément pas les éléments plausibles pour expliquer. Cette prédisposition naturelle juxtaposée à notre désir de mettre en lumière le savoir fondamental, lequel est avant tout et après tout endogène et universel, produit un art non gratuit. C’est ce qui diversifie nos champs d’actions dans plusieurs genres savants et littéraires : essai, slam-poésie, nouvelle, etc.

De façon pratique, l’ouvrage que nous lançons le 23 décembre 2017 est le fruit de plusieurs années de recherche sur les cultes traditionnels de notre pays. Sa restitution ne déroge pas aux directives d’enquêtes de terrain et aux principes rédactionnels en vigueur dans les sciences.

Présentez-nous en quelques mots ce livre ?

Bertrand Ananou auteur de l’ouvrage : Vodún Tɔ̀xɔ́sú-Nɛ̀súxwé : une esquisse de la musique sacrée chez les Fɔ̀n

L’ouvrage intitulé Vodún Tɔ̀xɔ́sú-Nɛ̀súxwé : une esquisse de la musique sacrée chez les Fɔ̀n est divisé en deux parties. D’une part, la première titrée « Vodún Tɔ̀xɔ́sú-Nɛ̀súxwé et les fondamentaux de la musique sacrée » comprend trois chapitres. Ainsi, le premier de ceux-ci fait l’épistémè du culte avec une explication qui prend un aspect, à la fois ésotérique et exotérique, mythique et historique, socioculturel et linguistique, etc. Le deuxième chapitre traite de l’importance de la musique sacrée dans les rituels de Vodún en général et de Tɔ̀xɔ́sú-Nɛ̀súxwé en particulier. Le chapitre trois aborde la théorie de la poétique de la chanson traditionnelle en pays fon.

D’autre part, la deuxième partie a rapport aux expressions du sacré dans les œuvres musicales des Tɔ̀xɔ́sú-Nɛ̀súxwé royaux. Cela est également étudié en trois chapitres. Ainsi, le chapitre quatre de l’ouvrage fait une herméneutique des chants des Nɛ̀súxwé royaux. Le chapitre cinq restitue les panégyriques musiqués des Tɔ̀xɔ́sú royaux. Le chapitre six inventorie les langages tambourinés exécutés pour les parades dansantes des initiés chevauchés.

Quel effet cet ouvrage pourrait avoir sur son lecteur ?
Cet ouvrage entend sonner le déclic de retour à la source et au fondamental sans lesquels le développement individuel et collectif ne saurait être véritable dans notre société. C’est un chef-d’œuvre qui ôte le mythe de diabolisation systématique par lequel certains ont voulu pendant longtemps nous enfoncer par le truchement de l’acculturation, du snobisme, etc. Pour ce faire, il dévoile dans la mesure du possible la métaphysique, le symbolisme et le mysticisme vodún.

Il révèle une part considérable du Haut Savoir Hermétique de la spiritualité endogène que les Grands Maîtres enseignent par tradition orale dans les temples et couvents. Pour y parvenir, il se fonde sur l’exotérisme et l’ésotérisme du culte de Vodún Tɔ̀xɔ́sú-Nὲsúxwé.

Outre la méthodologie à laquelle il se réfère dans son approche épistémologique et musicologique, il constitue pour l’Initié et celui qui désire connaître, un support majeur qui renseigne profondément sur l’aspect sacré, authentique et universel du Vodún Tɔ̀xɔ́sú-Nὲsúxwé.

Votre livre s’inscrit dans la démarche de promouvoir le patrimoine béninois. En tant que professionnel de ce domaine, quelle analyse faites-vous sur le visage actuel des patrimoines culturel et cultuel du Bénin ?
Nous constatons que des efforts se déploient. Mais, en toute honnêteté, il reste beaucoup à faire. Et pour cela, il est souhaitable que tout le monde mette la main à la pâte pour sortir notre pays de l’ornière. C’est ensemble que nous pourrons véritablement œuvrer pour la protection et la valorisation de la culture puis développer et promouvoir les patrimoines culturel et cultuel tout en participant au bien-être civique, social, humanitaire, moral, environnemental, etc.

Que faut-il faire pour susciter plus de regards vers ces patrimoines ?
Admettant la définition contenue dans la Déclaration de Mexico (1982) sur les politiques culturelles, nous dirons que : « La culture, dans son sens le plus large, est considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. »

Cela étant, l’état de la culture peut être anthropologiquement un excellent indicateur de l’état de développement de notre société, de son degré d’émancipation, de pluralité, d’innovation, d’intégrité, de cohésion, etc. À ce titre, l’état de la culture au Bénin – en soi et en comparaison avec d’autres – n’est pas indifférent. Son amélioration doit constituer un objectif primordial au service du développement humain durable.

Toujours est-il que le Bénin, comme tous les pays du monde entier, ne peut s’affranchir de ses référents culturels dont le rôle est largement reconnu tel un ferment de développement : tout développement humain durable doit accorder autant de place de choix à la culture qu’à la croissance économique.

Quel est votre mot de la fin ?
Nous aimerions que les nôtres, c’est-à-dire nos concitoyens, rendent honneur à notre culture cultuelle en rentrant dans la dynamique évolutive de l’humanité qui n’entend plus consigner seulement le savoir dans la tradition orale. C’est pourquoi, nous exhortons les uns et les autres à accepter la transcription, dans la mesure du possible, de nos valeurs fondamentales. Dans cette perspective, nous invitons tout le monde à lire sans modération le nouvel ouvrage que nous mettons à la librairie. C’est ensemble que nous gagnerons le pari de la culture à travers les livres.

Réalisation : Esckil AGBO / @dekartcom 2017

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