De la gauche vers la droite Germaine Sikota, Meïmouna Coffi et Nathalie Hounvo Yèkpè

Représentation à l’Eitb : « Shameless », le porte-voix des femmes opprimées

L’Ecole internationale de théâtre du Bénin (Eitb) a accueilli dans la soirée du mardi 15 décembre 2020, la représentation de la pièce théâtrale « Shameless ». Rencontre entre plusieurs disciplines artistiques, cette pièce met en lumière des abus et injustices dont sont victimes des femmes oppressées par le poids écrasant des normes sociétales.

« Shameless » s’intéresse à l’inégalité grandissante dont sont victimes les femmes dans le monde malgré les nombreuses luttes menées jusque-là. C’est une pièce ‘’féministe’’ qui raconte surtout le quotidien de la femme africaine. Celle-là même qui est sensée subir toutes les misères du monde tout en jouant pleinement le rôle qui lui est assigné par la société.Mise en scène par la comédienne et danseuse bénino-allemande Meïmouna Coffi, la pièce « Shameless » est inspirée du roman du même nom écrit par l’écrivaine sud-africaine Futhi Ntshingila. Dans une scénographie assez sobre, les chorégraphies de Germaine Sikota, Nathalie Hounvo Yèkpè et Meïmouna Coffi, les projections vidéos et images concoctées par Lena Müller et Judith Gamm ainsi que les notes du saxophone de Joselito Atchadé fusionnées au texte s’unissent pour traduire plus d’une situations et transmettre de l’émotion.

La scène s’ouvre sur 3 jeunes femmes dans une boite de nuit dont l’effervescence est écourtée à cause d’un morceaude R Kelly, un chanteur impliqué dans plusieurs scandales sexuels. Tandis que l’une d’elle s’offusque des agissements de ce dernier, les deux autres semblent totalement indifférentes. Ce désaccord interrompt leur réjouissance et plante le décor. Entre monologues et dialoguesd’un tableau à un autre, les rôles changent et elles incarnent plusieurs personnages.

Avec un film documentaire dénonçant les abus sexuels du chanteur afro-américain R Kelly et des images du mouvement ‘’Me too’’ (campagne médiatique contre le harcèlement sexuel), le spectacle « Shameless » met un accent sur l’indifférence des gens et plus encore sur le mutisme qui cloitre la femme abusée et la prive d’une quelconque justice. Le regard négligeant de la société face aux peines de la gente féminine, la désinvolture de la presse qui traite les sujets d’abus sexuels comme des faits divers sont tant d’aspects abordés dans ce spectacle.

« Une femme sans mari est comme une rivière sans poisson ».

Nathalie Hounvo Yèkpè

Au-delà des abus sexuels, la pièce plonge le spectateur dans bien de réalités oùla femme est confinée, bafouée voir oppressée car le sexisme est la norme selon des règles préétablies. « Une femme sans mari est comme une rivière sans poisson », « une femme forte ne pleure pas » ; « l’homme est un mal nécessaire ». Ces phrases tirées du monologue de Nathalie Hounvo-Yèkpè, rappellent combien’’ les ont dit et les qu’en dira-t-on’’ sont bien plus importantes dans nos sociétés que l’épanouissement de la femme. Néanmoins, la femme a le droit de prendre son destin en main. Il suffit qu’elle le décide. C’est du moins ce que les scènes qui succèdent ce monologue inspirent.

Dans une courte vidéo, Meïmouna incarne le rôle de la prostituée Thandiwe, personnage principal du roman « Shameless ». Et l’on perçoit ici, combien une femme qui fait ses propres choix et les assume est plus épanouie que celle dont les faits et gestes sont dictés par des règles préétablies. Comme quoi, une femme qui s’assume fait ses propres choix. Bien que forte, une femme a aussi le droit de pleurer quand elle sent le besoin. Il y va de son humanité et de sa sensibilité et non d’une vulnérabilité comme l’on se déploie à lui faire croire.Elle n’est pas obligée de jouer ce rôle de femme docile et exemplaire qui la maintient dans un état de confinement où elle se doit de sourire et de paraitre alors qu’elle est consumée de l’intérieure.

La pièce « Shameless », c’est aussi un clin d’œil à l’endroit de toutes ces femmes qui ont mené des luttes ou accompli de grandes choses et dont les exploits ont été volontairement omis dans les livres d’histoires parce qu’elles sont dites de ‘’sexe faible’’.En hommage donc à toutes ces femmes dont les luttes n’ont jamais été reconnues, les comédiennes font un saut dans l’histoire de Danhomè (grand royaume dans le Dahomey d’alors) pour réhabiliter Tassi Hangbé, la reine oubliée. Méïmouna Coffi et Germaine Sikota exécutent une chorégraphie euphorique de danses africaines avec des pirouettes comme pour extérioriser leur joie de rétablir une injustice. Elles intronisent la reine Tassi Hangbé qui régna sur le royaume de Danhomè de 1708-1711, ici représentée par Nathalie Hounvo-Yèkpè.

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