Tassi Hangbé : Trois siècles après, Sophie Adonon relance le débat de sa réhabilitation

Restituer à Tassi Hangbé, Reine de Danxomè (1708-1711), sa considération perdue ou du moins rayée de la dynastie aboméenne. Telle est l’essence du 9ème ouvrage de l’écrivain Sophie Adonon, un essai-documentaire de 68 pages, paru en mai 2016. Monarque Hangbé : Panégyrique d’une reine biffée, notre compte- rendu de lecture, c’est par ici…

Dans ce livre, Sophie Adonon, contrairement à ses habitudes n’a pas créé d’intrigue. Elle raconte une histoire réelle, laquelle lui a été contée par des traditionnalistes d’Abomey. L’aboutissement d’une série de recherches sur Hangbé.

Monarque Hangbé : Panégyrique d’une reine biffée est un essai- documentaire dans lequel l’auteur allie histoire, analyse, commentaire et suggestions aux fins de (re)susciter le débat de la réhabilitation de la Souveraine.

Un livre d’histoire
Ce bouquin a tout pour être appelé livre d’histoire. Tassi Hangbé y est contée par l’auteur : de la signification du nom de la Monarque jusqu’à son abdication en passant par les faits marquants de son règne, ses œuvres à la tête du royaume de Danxomè, le complot de son jeune frère Yansounou (Roi Dossou Agadja), son panégyrique et ses noms forts.

« … si leur sœur n’aimait pas ou n’avait pas souvent le temps de se mêler à eux, étant femme, elle venait parfois les égayer de ses chansons. Et Houéssi chantait admirablement bien. Alors les soirées où elle ne se présentait pas, ses frères disaient : ‘’Alè é sé han gbé é’’ (littéralement : le rossignol au chant exquis : la Voix), c’est- à – dire : celle qui a la belle voix, le rythme dans le sang et la justesse de l’intonation. Ce surnom Hangbé lui est resté », laisse lire Sophie à la page 16.

« Yangodo accéda au trône sous le nom fort de Akaba. Le jumeau Houéssou Yangodo Yèwoumè désigné Vidaho, le choix incluait automatiquement Houéssi Hangbé, sa jumelle » poursuit- elle à la page 20 pour montrer la pratique effective d’une souveraineté bicéphale avant d’imprimer à la page 31 de l’ouvrage, la consécration par le Conseil royal de Tassi Hangbé, Reine de Danxomè. Ceci après la mort de son frère jumeau, Roi Akaba.

« Le Conseil royal et les chefs des armées sollicitèrent Tassi Hangbé pour suppléer à son frère disparu. Grâce à son extraordinaire ressemblance avec son défunt frère jumeau, Tassi Hangbé le remplaça aisément, d’autant qu’elle jouissait d’une autorité considérable sur l’ensemble du palais. Naturellement, fut- elle sacrée Reine à la mort d’Akaba par le Conseil royal. »

Hangbé, l’Amazone des Amazones
Sur le trône de Danxomè, Hangbé n’a pas démérité. L’exercice de son pouvoir n’a rien à envier à celui de ses prédécesseurs, hommes. La Monarque «débordait d’initiatives et de bravoures guerrières », écrit Sophie Adonon à la page 40. L’auteur continue jusqu’à la page 46 : elle « assit le célèbre corps des amazones », « initie les femmes à l’apprentissage des métiers d’hommes … et a féminisé la poterie, développe l’agriculture et instaure la gratuité de l’eau potable pour tous les sujet ».

Tassi Hangbé, selon les recherches de l’écrivain, a mené victorieusement les batailles de Lissèzou et de Wémè, parvenant, par conséquent, à étendre le royaume de Danxomè. A son actif, le Danxomè doit le culte linsouhoué et le rythme Akoto. Quant aux Amazones dont « ont hérité les rois Agadja et Guézo, elles ont été initiées par Hangbé », précise Sophie Adonon à la page 42.

Une préface contradictoire
Les prouesses de Tassi Hangbé ont été attribuées soit à son prédécesseur, Akaba ou à son successeur Agadja. C’est d’ailleurs ce dernier, selon l’essai – documentaire, qui a été « le principal instigateur du harcèlement de Hangbé ». Nourrissant avidement l’envie de prendre le trône, Yansounou devenu plus tard Dossou Agadja a conduit sa sœur aînée, reine à l’abdication en mettant fin à la vie de sa fille Sèmangblon.

L’instigateur et ses complices estiment qu’une femme sur le trône de Danxomè est une profanation, un acte qui avilit la dignité des Danxomènous.

Et c’est cette thèse que semble défendre le Professeur Jean – Roger Ahoyo dans sa préface. Un avant- propos dont les idées constituent le contre-pied de l’idée directrice du livre.

« Malgré mon désaccord avec elle sur l’effectivité de la qualité de Reine de Tassi Hangbé, elle (Sophie Adonon) a insisté pour que je préface son travail. Ce que je fais avec un réel plaisir », signale le Prof dans son introduction.

Le préfacier a développé tout le long de son texte des idées soutenant le statut de simple régente et non de Reine à Tassi Hangbé.

Et voilà qui relance le débat !

Esckil AGBO

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