Patrimoine Mondial de l’Unesco : Des risques de déclassement pèsent sur le Bénin

Bonne nouvelle pour la ville d’Abomey au Bénin. L’un de ses palais royaux sera dans les mois à venir mis en valeur. L’association des Centres Culturels de Rencontre Internationale (une organisation qui prône la valorisation des sites patrimoniaux) y érigera son premier centre de l’Afrique subsaharienne. Une nouvelle énergie dans la sauvegarde et la valorisation du patrimoine culturel de l’ex Dahomey. Vendredi des Patrimoines et du Tourisme (VPT), bienvenus dans le 26ème numéro. Enquête…

Janvier Nougloï, acteur culturel béninois

Janvier Nougloï, acteur culturel béninois

Les choses se précisent et les Béninois, singulièrement les filles et fils d’Abomey peuvent se réjouir d’être choisis bénéficiaires directs du premier Centre Culturel de Rencontre Internationale (CCRI) d’Afrique noire. Cet avantage, ils le doivent à l’un des leurs, Janvier Nougloï.

Le porteur de ce noble projet se confie à votre site : « j’ai découvert l’association des CCR pendant ma formation à l’Université Paris Dauphine. C’est un professeur qui nous en a parlé. Au terme du cours, j’ai poussé ma curiosité et je suis allé à la découverte de ladite association. J’ai pris les contacts et notre collaboration a démarré par la suite. Au fil des mois, l’idée de construire le centre est née et comme c’est une association qui priorise la sauvegarde et la valorisation des sites patrimoniaux, j’ai pensé à Abomey. Vous n’êtes pas sans savoir qu’Abomey, ce puissant royaume est rempli de sites et vestiges patrimoniaux ».

Avec ses partenaires, membres de l’association, Janvier est parvenu à monter le projet. S’en est suivi la réalisation de la maquette. Tout ceci au prix d’une série de va- et- vient entre le Bénin et Paris.

L’initiative séduit l’Etat béninois
Le lundi 29 mai 2017, au cours d’une réunion ayant connu la participation, du Ministre d’Etat chargé du plan, Abdoulaye Bio Tchané, son collègue du Tourisme et de la Culture, Ange Nkoué, de plusieurs cadres des deux ministères et du Maire d’Abomey, Blaise Ahanhanzo, Janvier Nougloï et ses partenaires Isabelle Battioni, Déléguée générale de l’association des Centres Culturels de Rencontres, Bernard Lesterlin, député français et Président du groupe d’amitié France/Benin ont exposé aux représentants de l’Exécutif béninois la pertinence et les modalités de la mise en œuvre du projet.

Abdoulaye Bio Tchané et sa suite, à cette occasion, ont approuvé la nouvelle et ont promis étudier le dossier en Conseil des Ministres. Un acte qui aboutira sur la signature de conventions entre les différentes parties devant intervenir dans l’exécution du projet.

D’ores et déjà, le Ministre d’Etat rassure de la contribution aussi bien technique que financière de gouvernement.

Hangbé, Glèlè et Akaba : quel palais pour l’édifice ?
Selon les explications de Janvier Nougloï, la « mise en œuvre de ce projet inscrira le Bénin dans le cercle fermé des pays francophones qui intègrent dans leur politique culturelle, des espaces culturels originaux dont la construction intègre dans le plan architectural, le respect des styles traditionnels ouverts sur la modernité. Les matériaux locaux tels que le bois, l’argile, la paille… serviront de matières premières pour les œuvres de construction réalisée en parfaite harmonie avec les enjeux de la durabilité et de l’environnement. C’est un véritable centre culturel éco, moderne et fidèle à l’architecture ancienne du royaume d’Abomey qui se sera érigé d’ici à quelques mois dans la ville ».

Le député français Bernard Lesterlin vient l’appuyer en rassurant les uns et les autres en ces termes : « je suis très respectueux de l’histoire du Bénin et Abomey est le lieu où toutes ses histoires sont résumées à traves son architecture et ses palais royaux…. Notre objectif est d’être dans le développement durable qui est une nécessité pour nos pays dans l’utilisation des ressources naturelles, locales et dans le respect de la planète et de l’environnement. Nous devons être futuristes dans la réalisation de ce projet et très fidèles à l’architecture des 17ème et 18èmesiècles. L’aspect extérieur du CCRI sera le même que celui des palais royaux d’Abomey, ces terres rouges. Faire des toits de pailles, de chaume dans une démarche très moderne ».

Plus de doute donc sur la structure de l’édifice. Cependant, il y a encore des incertitudes sur le site qui va abriter le joyau. Entre les palais des Souverains Glèlè, Akaba et celui de la Reine Hangbé, le choix semble difficile pour les décideurs.

En effet, selon nos recoupements, c’est le palais de la Monarque Hangbé qui a été choisi au départ. Par la suite, le Maire Blaise Ahanhanzo – Glèlè, approché par les initiateurs du projet s’est opposé au choix du palais Hangbé et a proposé à son tour le palais privé du Roi Glèlè.

Ce changement en plein montage du projet a failli, selon une source digne de foi, faire échapper au Bénin la construction du centre. N’eût été la prudence et le dynamisme de Janvier Nougloï, on n’en serait, peut- être, pas à cet aboutissement peu ou prou heureux.
Jamais deux sans trois. Aux dernières nouvelles, on apprend, de source proche du gouvernement, que le CCRI sera érigé au palais du Roi Akaba. Les deux premiers sont, à en croire la nouvelle source, des palais privés et il n’est pas bienséant d’injecter des fonds publics dans le privé.

Des risques de déclassement pèsent sur le Bénin
Le palais du Roi Akaba est classé dans le patrimoine mondial de l’Unesco. De ce fait, au-delà d’une propriété du Bénin, il appartient au monde entier. Le ‘’toucher’’ nécessite des dispositions conventionnelles que les différentes parties intervenant dans ce projet, notamment l’Etat béninois devra respecter.

Franck Ogou, spécialiste des patrimoines et Conservateur du Jardin des Plantes et de la Nature (JPN)

Franck Ogou, spécialiste des patrimoines et Conservateur du Jardin des Plantes et de la Nature (JPN)

Approché par rapport à la question, Franck Ogou, gestionnaire de patrimoine explique : « aucune nation, à priori ne peut construire un édifice sur un site classé dans le patrimoine mondial de l’Unesco. Toutefois, il faut voir ce qui va être construit en misant sur l’architecture, les matériaux… afin de s’assurer que cela ne porte point atteinte à l’intégrité physique et l’authenticité du site. Mais l’Unesco et la communauté des professionnels du patrimoine sont toujours frileux quant à la construction de nouveaux équipements sur un site classé. Par contre si c’est la réhabilitation ou des travaux de confort sur les édifices, cela passe. En tout état de cause, il faudra requérir l’avis de l’Unesco sinon le risque de déclassement est grand et l’effet immédiat ».

Si on s’en tient aux explications de Janvier Nougloï, lesquelles ont été corroborées par Bernard Lesterlin, on peut tenter de dire qu’il n’y a pas de craintes à exprimer. Le choix définitif du site revient au gouvernement béninois, a-t- on appris. Celui-ci, après étude du dossier en Conseil des Ministres devra retenir le palais bénéficiaire.

Or, selon les propos du Ministre d’Etat Abdoulaye Bio Tchané, le lundi 29 mai dernier, cet examen ne tardera pas. L’homme avait d’ailleurs donné un délai de quinze jours (à compter du lundi 29 mai) pour vider le dossier.

En amont à cette étude, l’Exécutif béninois devra joindre l’Unesco au sujet du palais Akaba au cas son choix porterait sur ce site. Cette démarche permettra à l’équipe gouvernementale de s’informer sur les dispositions à prendre avant d’engager les travaux.
Autrement, le risque est grand. Le site sera déclassé. Point.

Esckil AGBO, Dekartcom – juin 2017

Le Centre
Lobozounkpa Commune d’Abomey-Calavi (République du Bénin)
Facebook : Le Centre
Site internet : www.lecentredubenin.com
Adresse mail : lecentreinfo.benin@gmail.com
Téléphone : (+229) 62 93 29 10 – 97 29 32 00

Le Petit Musée de la Récade
Horaires d’ouverture : 10h00-12h30/15h00-18h30
Nous rejoindre / indication : Lobozounkpa (Atrokpocodji),
Première von à gauche avant le collège ˝La Plénitude˝ en venant de Cotonou.

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