Louis Roy, Secrétaire général de l’ACCT, aujourd’hui l’OIF. Crédit photo: Azcool de porto novo

MASA 2018/ Notre invité du Jour : Jean-Louis Roy, ancien SG de l’ACCT

Il était l’un des principaux panélistes de la première journée des rencontres professionnelles, tenues hier lundi 12 mars sur le thème « Aux origines du MASA ». Jean – Louis Roy, Secrétaire général de l’ACCT, aujourd’hui l’OIF, à l’époque de la création de la biennale revient, dans cet entretien, sur les temps forts de la naissance du plus grand marché des arts du spectacle d’Afrique.

Dekartcom.net : M. Roy, on vous cite souvent comme le père fondateur du Masa. Qu’est ce qui justifie cela ?
Jean-Louis Roy : Je trouve assez prétentieux d’endosser à moi seul cette responsabilité. Nous sommes nombreux à y participer. Tout est parti d’une conférence des ministres de la culture d’Afrique à Lièges où, les ministres étaient à l’époque conviés à réfléchir autour de la création d’une télévision pour l’Afrique, en l’occurrence Tv5 Afrique, et aussi réfléchir autour d’une solution pour plus de fluidité dans la circulation des œuvres de l’esprit, en particulier, les spectacles d’arts en Afrique.

A l’issue de cette rencontre, il a été émis l’idée de l’organisation d’un grand marché de promotion et de diffusion des spectacles des arts africains. Je suis de ceux qui ont émis cette idée, et l’ont soutenu contre vents- et- marées, face à une hostilité d’un camp antagoniste, qui ne trouvait aucune objectivité à un projet de cette envergure.

Plus tard, nous avions d’abord décidé de tenir cette rencontre à Kinshasa, et au moment d’y aller, le régime du Marshall Mobutu est rentré dans une période tumultueuse avec beaucoup d’actes de vandalisme et de répression politique. C’est alors que le Togo a ensuite été pressenti pour abriter le Masa. Mais à notre grande surprise, le Togo aussi a basculé dans la violence et l’opposition réclamait le départ du Président Eyadéma.

Nous étions alors dans une impasse, quand Henriette Diabaté, alors Ministre de la culture d’Abidjan nous a proposé d’organiser le Masa à Abidjan. L’idée, nous a un peu embarrassé au départ, mais très vite, avec l’adhésion et le soutien du Président Houphouët Boigny, le Masa a vu le jour et souffle aujourd’hui sa 25ème bougie.

Au départ, nous avions voulu de marché itinérant. Mais très vite, nous nous sommes dit que ce choix, pourrait déstabiliser l’évènement.

Mieux, au départ, la question était d’ouvrir ou pas, le marché, aux pays anglophones d’Afrique. Mais sur ce point aussi, nous avions été assez stratégiques en les associant de peur, que le Nigeria, ou l’Afrique du sud avec de grands moyens n’aillent créer un marché parallèle et parviennent à nous phagocyter.

Je souligne, qu’au moment de sa création, la Francophonie était principalement le seul partenaire financier du Masa. Nous avons réussi à faire jouer Myriam Makeba à la toute première édition et presque sans rémunération. Manu Dibango, César Evora, Aicha Koné et bien d’autres pas des moindres, nous ont aidé à crédibiliser ce rendez-vous et à l’imposer comme l’unique plateforme de promotion des arts de scène en Afrique.

25 ans après avoir réussi cet exploit, êtes-vous fier de l’usage qu’en font les Ivoiriens depuis ce temps ?
Dans la vie de toutes entreprises humaines, il y a des hauts et des bas et cela est inhérent au parcours du Masa. Il y a eu beaucoup de problèmes, il est même arrivé que le festival soit suspendu. Mais l’essentiel aujourd’hui pour nous est qu’il ait survécu, et nous rassemble tous encore après 25 ans et dix éditions.

Pour cette édition, le Masa change de dénomination et devient Marché des Arts du Spectacle d’Abidjan au lieu d’Afrique. Que vous inspire cet esprit ?
Quand le Masa a été créé, nous n’avions pas de grands moyens et de grandes ambitions. Aujourd’hui, les choses vont vite avec l’avènement de l’internet.

Le champ du Masa s’est élargi, et ce petit marché africain s’est ouvert au monde et accueille tous les continents. Il urge, que la Côte-d’Ivoire prenne des dispositions pour mieux se vendre à travers son initiative. Je crois pour ma part, qu’il n’y a pas péril en la demeure. Les Ivoiriens sont prudents, et tiennent juste par cette innovation à repréciser, qu’ils sont les détenteurs du titre foncier du Masa, qui aujourd’hui dépasse l’envergure de l’Afrique et prend un élan plus impressionnant. C’est de bonnes guerres.

Que dites-vous aux acteurs et aux promoteurs du Masa ?
Je remercie tout un chacun des artistes, promoteurs, distributeurs, programmateurs, tourneurs, journalistes et autres ayant une fois au moins participé au Masa. Je remercie les uns et les autres d’avoir cru en ce projet et de l’avoir porté jusqu’à sa dixième édition. J’exhorte les pouvoirs publics de la Côte-d’Ivoire à davantage mettre de moyens dans l’organisation de ce marché, afin de lui donner plus d’ampleur à travers leur réelle implication.

J’exhorte les artistes à ne point se lasser de jouer leur partition. Et enfin, je rends un hommage bien mérité à Henriette Diabaté, grande chancelière de la Côte d’Ivoire, par qui le miracle a été possible. Sans elle, le Masa n’aurait jamais vu le jour et encore mieux à Abidjan. Merci à chacun et à tous, et que la flamme du Masa ne s’éteigne jamais.

Réalisation : Esckil AGBO, envoyé spécial à Abidjan

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