Etha Contest : Habib Dakpogan, de l’humour littéraire tout simplement

Etha Contest est un recueil de huit nouvelles de l’écrivain béninois Habib Dakpogan publié chez « Les Editions Plurielles » et rendu public en janvier 2016. Le livre s’étend sur 259 pages et aborde les déboires de la société. Analyse, ici, d’une œuvre écrite sous l’effet de la révolte mais qui vous immerge dans une rivière de rires.

« Je suis révolté », avait déclaré au site www.benincultures.com Habib Dakpogan, quelques jours après le lancement de Etha Contest. Ceci pour montrer ses émotions lors de la rédaction de son troisième livre. Le bouquin en mains, point de colère, on sourit et on rit sur toutes les lignes. Quand bien même son essence est : la dénonciation, le désenchantement.

Huit nouvelles aussi drôles que porteuses de messages. La première est intitulée : « Un piège à cons ». Une satire politique drôlement écrite, axée sur les manœuvres secrètes qu’organisent les dirigeants, chacun à son niveau, pour s’éterniser à un quelconque poste et continuer à duper le peuple. Usage de gris- gris, prostitution, sacrilège…, tous les éléments, connus de tous mais toujours gardés secrets ont été rudement vendus au lecteur.

Celle- ci rejoint « Le centième discours », cinquième nouvelle du livre. Ce texte relève aussi de la révolte politique car abordant, la quasi-totalité des tares dénoncées dans la première nouvelle. Mais cette- fois, l’auteur y a ajouté la colère du peuple, l’expression de leur déception. Comme satire politique dans Ehta Contest, on compte également la dernière nouvelle, « Un problème de pain ». Elle raconte une histoire de rancœur entre deux Chefs d’Etat béninois, un ancien déchu au terme de son premier mandat et son successeur en fin de mandat. Le second, tout le long du livre a cherché à comprendre ce que cache l’expression ‘’ problème de pain’’ employé par son aîné, en réponse à un journaliste.

Le président- chercheur est- il parvenu à se satisfaire ? A-t-il enfin compris le ‘’mythe’’ derrière cette expression de son doyen?

En attendant la réponse à ces préoccupations, il est nécessaire d’indiquer que les cinq autres nouvelles ont aussi traité des scènes fréquentes de la société. L’alcoolisme, la prostitution, le concubinage…

De l’humour littéraire

Habib Dakpogan, auteur de la nouvelle Etha Contest

Habib Dakpogan, auteur de la nouvelle Etha Contest

Dans l’ouvrage Habib Dakpogan, adroitement, a manié le discours, le tordant à sa manière tout en faisant recours plusieurs procédés de la rhétorique pour ‘’ provoquer ‘’ le rire chez le lecteur. On y retrouve, de même, une coexistence d’éléments textuels contradictoires, donnant au livre ou du moins à certains passages une allure poétique.

Dans la nouvelle « Etha Contest », la troisième, laquelle a d’ailleurs donné son titre à l’ouvrage, il est question d’une compétition de meilleur buveur de la bière, donc, de l’alcool. Et l’auteur y a déroulé une avalanche de citations sur l’alcool puisque le principe du jeu est : Boire et dire des citations sur l’alcool. Drôle non !

« L’alcool est le pire ennemi de l’homme mais la Bible nous enseigne d’aimer nos ennemis » p 100 ; « Un homme intelligent est parfois forcé de boire pour passer du temps parmi les imbéciles », p 101 ; « Quand un verre est plein, on le vide et quand il est vide, on s’en plaint », p 107 ; « Vaut mieux être ivre que con, ça dure moins longtemps » p 107. Autant de citations sur l’alcool pour plonger le lecteur dans une suite de rires…

Dans la septième nouvelle intitulée « Moi, moitié de moitié » qui traite du concubinage, on peut lire ceci à la page 205 : « … mieux à force d’être draguée et d’entendre des balivernes, j’avais fini par élaborer une grille des dragues pourries pour lesquelles j’avais synthétisé les réactions appropriées :
– Je t’aime plus que ma femme : viré sans observation ;
– Je veux aller loin avec toi : viré avec la question sur combien de kilomètres ?;
– Je suis marié mais ça ne veut rien dire : viré, c’est ce que tu racontes qui ne veut rien dire ;
– Je pense qu’on est adultes et qu’on va s’entraider : viré avec la mention je ne suis pas l’ONG Entraide et développement ;
– Il est de ces beautés qui secouent les couples ; viré pour secouage improbable et propos inefficacement guerriers.

En clair, dans cet ouvrage, Habib Dakpogan, bien que dénonçant les souffrances du peuple a su s’accommoder aux principes de « l’humour littéraire » pour permettre au lecteur de lire tout en riant ou de rire tout en lisant. C’est un néo-désenchantement, pensons- nous.

Esckil AGBO

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