« Danxomè-xo » du théâtre Katoulati: De la provocation pour faire jaillir la vraie histoire

A l’instar des historiens et des chercheurs, des artistes travaillent à révéler au grand jour la vraie histoire des peuples du Bénin. Le Danxomè d’hier devenu plus tard Dahomey et actuellement Bénin a traversé dans le temps et dans l’espace, de nombreux évènements pas toujours bien restitués. Le metteur en scène Patrice Tonakpon Toton y travaille déjà. Son spectacle « Danxomè-xo » en est une illustration. Tout en apportant des précisions, le spectacle ironise et bascule par endroits dans la provocation.

Par Josué F. MEHOUENOU

Trois conteurs et un percussionniste sur scène racontent pendant 60 minutes, l’histoire d’un peuple, celui du Danxomè avec les glorieuses conquêtes guerrières pour l’extension du royaume, la puissance de ses rois, la prouesse de ses amazones et la lutte contre le colonialisme. Ils racontent aussi la chute, la fin de la royauté, la victoire de l’impérialisme, l’indépendance et l’après indépendance.
Charelle Tété Hounvo, Souleman Laly, Parfait Dossa racontent au son des gongs, castagnettes et litanies écrites par Edouard Cossi Ahlonsou, l’histoire fabuleuse de cette cité. Leur conte théâtralisé vole, s’envole, roule et atterrit au Danxomè, une cité puissante dont la témérité n’avait d’égal sur les côtes d’Afrique noire d’alors et qui avait voulu annexer les quinze royaumes qui l’entouraient. Minute après minute, ils font découvrir tous les évènements majeurs qui ont marqué l’histoire de ce peuple. Ils évoquent sa genèse, comment dans le ventre de Dan, le royaume a été érigé.
Sur fond de chants guerriers et de litanies, ils déroulent la succession des rois, des moins forts aux plus puissants, sans omettre les conquérants. Ils rappellent l’avènement de Adandozan, Akaba, Glèlè, Ghézo… et en viennent au redoutable Bèhanzin, Djèhossou, roi des perles.
A cette étape du spectacle, le conte théâtralisé prend une autre tournure. Contrairement à ce qui se raconte traditionnellement, les conteurs évoquent les non-dits de l’histoire, crèvent des abcès, soulèvent des sujets qui pourraient fâcher, mais sans s’émouvoir. Il en sera de même aussi avec l’esclavage.
La triste et lugubre traite des Noirs vers l’Occident qui se raconte de plus en plus comme un commerce ordinaire, semble révolter le metteur en scène qui assène à cette partie de son conte, une dose raisonnable de satire et de critiques. D’ailleurs à ce niveau de la représentation, plus de chants, ni de danse. Dans le silence de la scène d’où émergent les voix douloureuses des trois conteurs, le spectateur les entend redire au bord de l’angoisse et de l’agonie, les épisodes successifs de la capture des esclaves, les rituels d’avant embarquement, l’embarquement, la traversée de l’océan… De quoi arracher aux yeux du spectateur, quelques gouttes de larme, tant le récit est émouvant.
Danxomè-xo est un spectacle dans le genre conte théâtralisé où la beauté du texte qui alterne légende et mythe, mais aussi vaillance, prouesse et réalité, s’associe au talent avéré des artistes, se mélange à la gestion de l’espace, des accessoires, et de la lumière, pour donner un spectacle total à la fois engagé, distractif et dynamique.
En effet, la présentation faite, il y a quelques jours au siège du théâtre Katoulati, visait à donner un avant-goût en prélude à la grande représentation prévue demain, vendredi 21 février au Café des arts chez Carine à Fidjrossè.

Une satire socio-historique pour faire reconstituer l’histoire

Mais « Danxomè-xo » à travers, Charelle Tété Hounvo, Souleman Laly et Parfait Dossa promènent leur conte dans les allées d’avant, pendant l’indépendance. Ils rappellent l’arrivée du colon déstabilisateur du royaume organisé du Danxomè avec sa bible, sa hargne et son envie de tout dominer et de tout contrôler.
Ces colons devenus maîtres des vies, des croyances et des comportements ont appris aux peuples à prier les yeux fermés, à genoux…
Leur « fameuse mission civilisatrice » est aussi passée à la loupe des artistes. Le spectacle s’étend aussi sur les lendemains de l’indépendance, les instabilités politiques, le régime du caméléon et l’avènement de l’homme à la veste bleue, représentant de Dieu sur terre. Et à cette étape, les tenues de scène changent. Soudain, on voit les quatre acteurs passer de leurs tenues artistiques à un style moderne, pantalon et chapeau au point.

Après la montée historique, ils évoquent une descente touristique et vantent les potentialités touristiques du Bénin d’aujourd’hui, descendant du royaume de Danxomè et du Dahomey d’après indépendance.
L’histoire racontée du Bénin n’est pas la même partout. Qu’on soit au pays, en Europe, en Amérique, au Brésil… elle varie et fluctue au gré des intérêts. Pourtant, il va falloir la reconstituer pour que jaillisse une version unique, la vraie. Et c’est bien ce que se propose de faire Patrice Toton en projetant au devant de la scène, ce spectacle. Pour lui, il était important de « rencontrer l’histoire, de l’interroger et de la réécrire», car ce qui a été écrit et qui se raconte est bien moins pire que ce qui s’est passé. Il faut donc, selon lui, un « débat de société » autour de la question et surtout des révélations à polémique. Et si du côté de Ouagadougou, à l’occasion du festival Yeléen, «Danxomè-xo » a fait sensation, on se demande bien quel sera son sort, une fois le spectacle servi au public local.

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