Virginie Ehonian, bloggeuse d’origine ivoirienne. Photo/DR

Côte d’Ivoire/ Virginie Ehonian : « Quand la politique soutiendra la culture à 100%, les choses changeront »

Virginie Ehonian est une bloggeuse d’origine ivoirienne. Elle est la fondatrice de Nooru Box, une plateforme entièrement dédiée à la promotion des arts et cultures noirs. Dans cette entrevue qu’elle a accordée à Dekartcom.net, elle nous parle des motivations qui étaient à la base de la création de son blog. Virginie Ehonian est notre invité de la semaine.

Interview

Dekartcom.net : Vous avez lancé une boîte dédiée aux cultures dont la 8e édition est prévue pour bientôt. Veuillez nous préciser le titre de ce nom et d’où est partie cette idée.
Virginie Ehonian : J’ai lancé la Nooru Box en 2016, suite à six années de blogging. Je me demandais comment construire un business autour de mon site web. Et de là m’est venue l’idée de sortir une box culturelle sur la niche des cultures noires.

Nooru signifie lumière en Swahili, donc Nooru Box veut dire boîte emplie de lumière en français.
J’ai pris des cours de Swahili à l’Inalco durant mes études, du coups, j’ai recherché un nom qui pousserait le public à s’interroger, découvrir et surtout avoir cette satisfaction et cette joie de d’avoir appris quelque chose.

Vous pouvez nous parler des coulisses de la conception de cette boîte ?
De l’extérieur, on s’imagine que je prospecte et je mets le tout en boîte… Alors que de l’intérieur ce qui m’amuse le plus et me procure le plus de joie c’est d’imaginer et d’écrire des histoires autour de ces différents produits. Le marketing a certes sa place, or sans story-telling il ne reste qu’un outil technique.

C’est d’ailleurs mon blog african links qui m’a conduit à exploiter cette piste qu’est la Nooru Box.
Tout ce n’est pas fait en 24h. Il y a eu beaucoup de réflexions, de conseils pris chez des professionnels, de la veille et je suis bien entourée de ma famille et de mes amis qui me soutiennent.

Au quotidien, la Nooru Box, c’est un mix entre des encouragements sincères, des réponses négatives et parfois pas du tout de réponses… Et de l’attente! J’ai appris à être patiente et diplomate, bien que je ne croie qu’il existe de « bons moments », justes des moments plus favorables que d’autres.

Présentez-nous-en quelques mots, votre blog african links.
African links est mon laboratoire d’écriture: j’écris du contenu qui me ressemble à la différence d’une commande d’articles. Je suis sans filtre. Art, cinéma, coups de coeur, musique, c’est au fil de mes rencontres et de mes découvertes que s’est construit le blog. Je le vois comme un journal de bord semi-personnel semi-professionnel, mon jardin culturel après avoir défriché un plus grand espace.

Quel effet ce blog pourrait avoir sur la diaspora africaine en France ?
Je ne pense pas qu’il ait de l’effet sur toute la diaspora africaine de toute la nation! (rires) Mes lecteurs viennent de partout et sont de toutes origines confondues. Cependant, J’aimerais beaucoup; or ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Si cette question se transforme en baguette magique, je répondrais alors que je souhaite qu’un jour il devienne une petite mine d’or pour les 15-24 ans, qui y piocheraient des pistes de réflexions pour rendre un devoir de classe.

Votre blog s’inscrit dans la démarche de promouvoir les cultures africaines. En tant que professionnel de ce domaine, quelle analyse faites-vous sur le visage actuel des patrimoines culturel et cultuel du continent ?
A travers african links, ce qui m’intéresse, c’est les différents ponts créés ou à créer entre les cultures du continent africain, les Caraïbes, l’Océanie, les Amériques… Et c’est ce que je poursuis avec la Nooru Box. C’est la raison pour laquelle je tiens à parler de « cultures noires » au pluriel.

Il est important à mes yeux de placer l’Afrique dans un principe d’universalité, d’où elle a été si souvent repoussée…
Sur le continent, tant que les autorités politiques ne feront pas leur part de travail, les résultats resteront minimes. Les initiatives privées se multiplient (Fondation Zinsou, les actions de Sindika Dokolo, RawMaterialCompany…) or elles nécessitent d’être soutenues par les Etats.

Quand la politique soutiendra la culture à 100%, les choses changeront: il faut rester optimiste!

Que faut-il faire pour susciter plus de regards vers ces patrimoines ?
De nouvelles générations de conservateurs, de chercheurs doivent être formées aux nouvelles pratiques afin de préserver les patrimoines. Le plus importants, c’est que ce doit être des acteurs qui résident dans la zone géographique concernée pour vivre cette réalité. Trop souvent du personnel d’un pays étranger vient réaliser ses études délaissant les objets d’études et sans pour autant assurer un suivi optimal. A ce sujet, je recommande un ouvrage « Patrimoine oubliés de l’Afrique » (2011, Editions Riveneuve ) qui compile des interventions d’un séminaire qui eut lieu le 30 novembre 2010.

Quel est votre mot de la fin ?
« Plus qu’un coffret, la culture en cadeau » c’est le slogan de la Nooru Box.

Réalisation : Ariane Nancy AGBO

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