Côte d’Ivoire _ Prof Yacouba Konaté : « Le Masa 2016 a vu tous les cachets des artistes monter à hauteur de 20% »

Bilan de la 9ème édition du Marché des Arts et du Spectacle Africain (Masa 2016), impact économique de l’événement sur le continent, son circuit de financement et les innovations de l’édition de mars 2018. Ce sont les préoccupations qui ont meublé un entretien que nous a accordé à Tunis en avril 2017, le professeur Yacouba Konaté, Directeur Général du Masa. Il est le 9ème invité de notre rubrique L’Entretien de la Semaine.

Lisez l’intégralité de ses propos :

Dekartcom : Bonjour Monsieur le Directeur. Veuillez- nous faire un bilan de la 9ème édition du Masa.
Prof Yacouba Konaté : Merci pour l’occasion que vous m’offrez cher ami journaliste. Le bilan du Masa 2016 peut – être fait à plusieurs niveaux.

Au niveau des artistes, des invités, des professionnels et autres, nous avons atteint le chiffre de 2500 festivaliers parmi lesquels, nous avons plus de 300 journalistes et 345 professionnels. C’est un chiffre qui bat tous les records dans notre histoire. Cela nous amène à prendre en compte la diversité des pays qui ont été représentés. Il y a eu au total 49 nationalités à cette édition. C’est un panel assez impressionnant.

Au niveau des contenus artistiques, ce qu’il faut souligner, c’est que nous avons pour une première fois mieux articulé la dimension du marché avec les showcases , les rencontres B to B et puis de petits spectacles à l’intention des professionnels qui étaient là. Cela est venu en complément des innovations que nous avons apportées puisque dans le passé, on faisait venir les artistes et on espérait qu’avec cela le marché allait se faire. Mais on a compris qu’il ne suffisait pas et qu’il fallait accompagner et les artistes et les professionnels.

L’autre chose est que le Masa a été honoré par un certain nombre de festivals, puisque nous faisons l’effort de faire venir tous les directeurs de festivals qui commencent à émerger.

Parmi les innovations que nous avons introduites pour le Masa 2016, il y a les lectures scéniques, les spectacles Jeune Public qui ont reçu un très grand succès au sein de la jeunesse. Pour ces spectacles, il faut dire que nous avons fini par refuser certains spectateurs parce que l’audience était très forte. C’est une grande satisfaction pour nous. Monsieur le journaliste, le bilan du Masa 2016 est globalement satisfaisant.

Vous aviez aussi ouvert à cette occasion un plateau pour les marionnettes, est- ce que l’expérience va continuer ?
Non seulement, l’expérience va continuer, mieux nous avons lancé un appel à candidature destiné exclusivement pour les marionnettistes. Ce qu’on appelle Les arts de la rue et qui venaient en appoint, sont désormais intégrés comme discipline à part entière dans le Masa, ceci, compte- tenu de ce qu’ils ont apporté comme dimension nouvelle dans la manifestation.

Ce que nous avons déjà fait pour les humoristes. Dans le bilan, j’ai oublié de vous indiquer qu’il y a eu une formation dédiée aux humoristes. On leur a appris à monter des spectacles. Ce qu’ils faisaient n’était pas tellement de spectacles mais des séquences de spectacles. On avait remarqué qu’ils venaient avec une série de blagues qu’ils enchaînaient. Nous, on s’est dit qu’il faut qu’ils construisent une histoire unifiée avec des hauts et des bas. On leur a offert une formation à cet effet. Le résultat, c’est qu’au cours du Masa, ils ont fait un spectacle sur la base de cette exigence esthétique et maintenant, ils réclament de ne plus être intercalés entre des spectacles, ils veulent leur propre plateau.

Faites- nous une évaluation de l’impact économique du Masa sur l’environnement économique d’Abidjan ?
Cet impact a été objet d’une étude de l’Union Européenne pendant la dernière édition. Il y a une personne qui est venue lors de l’édition pour cette tâche. On n’a pas encore les résultats de l’étude. Mais à notre niveau l’impact est le suivant :
Vous savez que le Masa, c’est environ un milliard cinq cent millions de francs Cfa y compris les prestations de service. Le premier impact, quand on dit que le Masa est marché, c’est que le premier acheteur de spectacles est le Masa lui- même. Nous avons acheté lors de la dernière édition pour 315 millions de francs Cfa de cachets aux artistes.

Je le dis et je le souligne. Je connais beaucoup de festivals qui fonctionnent et qui invitent les groupes auxquels ils ne payent même pas un cachet, ne serait- ce que symbolique. Mais nous, nous avons les responsabilités publique, politique et morale qui nous imposent de payer les cachets. La dernière édition a vu tous les cachets des artistes monter à hauteur de 20%. Nous avons payé également 295 millions en frais d’hôtellerie. Concernant les vols, si on ajoute ce que nous avons payé à l’appui de Royal Air Maroc, les avions, c’est au moins 425 millions de francs Cfa. Tout cela, c’est de l’argent injecté dans l’économie ivoirienne, par ricochet l’économie africaine. Parce que les artistes, les invités et autres viennent d’un peu partout.

Il faut savoir que pour le transport local nous a coûté 50 millions de francs Cfa. Je veux parler des frais alloués aux autobus, aux petites voitures qui nous ont aidés pour les déplacements à l’intérieur. C’est tout cela qu’il faut considérer parce que c’est notre ambition. Lorsque nous invitons un festivalier en payant son billet, il y a au moins un autre qui va venir de par ses propres frais. Et quand je parle de festivaliers, je ne compte pas les populations ivoiriennes. L’audience journalière, c’est 20.000 spectateurs. Ceux- là, ils payent les transports, ils sont obligés de manger dans les restaurants…

Et parlant de la restauration des festivaliers, Le Masa a payé 100 millions de tickets de restaurants. Lorsqu’on parle de l’impact économique, je crois que c’est tout cela qu’il faut prendre en compte.

Il faut voir également les retombées sur tous les artistes qui ont signé de contrats, les offres de programmes que nous avons donnés aux télévisions africaines, notamment celles ivoiriennes.

Je pense que ce sont des études bien circonstanciées qui peuvent permettre d’en avoir une idée claire. L’Union Européenne a commencé l’étude, j’en profite pour adresser un appel à tous les spécialistes de la culture et de l’économie pour qu’ensemble, nous mettions au point les outils qui permettent d’apprécier l’impact économique réel de la culture et non pas seulement des festivals dans l’économie africaine. Je pense que si on se dote d’outils d’analyse, on en arriverait à mettre en évidence une présence et un impact économique qui surprendrait tout le monde à commencer par les politiques.

Quel est le circuit du financement du Masa ?
C’est une sorte d’inversion de ce qu’il était avant 2014. Avant cette année- là, le Masa était financé à presque 70% par la coopération internationale. Aujourd’hui, la situation est la suivante : le gouvernement ivoirien, c’est-à-dire le ministère de la culture, l’Etat nous donne 640 millions de francs Cfa. Le district d’Abidjan nous alloue 300 millions FCFA, l’OIF, nous attribue une subvention de 200 millions FCFA.

A côté de ces appuis, la direction générale du Masa elle-même se donne les moyens des subventions complémentaires des institutions telles que l’Uemoa, la Cedeao, Wallonie Bruxelles et avec les sponsorings des structures comme Royal Air Maroc, les compagnies de téléphonie mobile et les entreprises nationales. Nous réunissons dans ce cadre au moins 500 millions FCFA par nos propres recherches. C’est le schéma que nous essayons de diversifier. Nous pensons que l’Etat et la ville d’Abidjan nous appuient et leur contribution nous rend crédible pour aller chercher d’appuis dans le monde.

Le Masa 2016 a également connu un événement malheureux. Parlez- nous en.
Oui, c’est vraiment un événement très malheureux dont il faut tirer les leçons. On en tire les leçons en programmant les spectacles dans des périodes moins soumises aux grandes intempéries ; parce que cet événement est venu avec le grand orage qui est venu arracher les installations qui étaient au restaurant et qui a mis à nue quelques problèmes qui restaient à résoudre au niveau de ce département. C’est un problème que nous avons pris au sérieux. Nous avons eu des séances de travail très houleuses avec tous les responsables qui sont intervenus dans la chaîne d’installation du restaurant. Nous avons tiré les conséquences pour les prochaines fois.

Quelles sont les innovations prévues pour le Masa 2018?
C’est d’abord préserver les acquis. Tout ce qui a contribué à renforcer la dimension marché du Masa doit être maintenu. Les rencontres B to B, les lectures scéniques, les rencontres professionnelles… Nous travaillons pour que le Masa devienne le lieu où plus de décideurs et d’acteurs au plan culturel viennent se rencontrer. C’est une belle carte à jouer.

Nous intégrons les arts dits de la rue comme discipline à part entière dans l’événement. Nous allons ouvrir quelques plateformes en direction de certains pays. Nous allons donner une sorte de carte blanche à des professionnels du Cameroun pour qu’ils viennent installer pendant le Masa une sorte de cabaret, le village Cameroun ; on va faire autant pour les professionnels de l’Amérique latine. Quand on parle de l’Amérique latine, nous voyons seulement le Brésil alors qu’il y a des pays comme le Mexique, la Bolivie et autres qui ont beaucoup de diasporas africaines et qui sont demandeurs de spectacles africains.

Nous voulons également encourager la pratique instrumentale, c’est-à-dire, nous pensons que c’est important de mettre en évidence tous les artistes qui jouent des instruments ; la voix est un instrument. Mais je pense qu’il y a des instruments plus objectifs, plus matériels qui risquent de disparaître. Nous allons inviter certaines célébrités de ces instruments au plan africain.

Nous allons améliorer le taux de participation des artistes femmes. Nous avons fait quelques études qui nous montrent que nous sommes à 35% de participation des femmes. On peut faire mieux.

Nous allons faire de la formation dans deux domaines : la mise en scène et la scénographie. Une formation destinée aux managers, toutes catégories confondues. Nous pensons construire une nouvelle économie du Masa. C’est le thème générique de la prochaine édition. Nous ne voulons pas le traiter seulement de manière théorique ; nous allons mettre en avance notre appréhension de cette thématique. Nous travaillons davantage avec les opérateurs culturels de la sous- région.

Réalisation : Esckil AGBO / ©Dekartcom_2017

Le Centre
Lobozounkpa Commune d’Abomey-Calavi (République du Bénin)
Facebook : Le Centre
Site internet : www.lecentredubenin.com
Adresse mail : lecentreinfo.benin@gmail.com
Téléphone : (+229) 62 93 29 10 – 97 29 32 00

Le Petit Musée de la Récade
Horaires d’ouverture : 10h00-12h30/15h00-18h30
Nous rejoindre / indication : Lobozounkpa (Atrokpocodji),
Première von à gauche avant le collège ˝La Plénitude˝ en venant de Cotonou.

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